C’est le paradoxe de la riposte actuelle. Les autorités sanitaires retrouvent davantage de personnes ayant été exposées au virus, mais une partie de l’épidémie continue de leur échapper. Dans son dernier point épidémiologique, publié jeudi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de chaînes de transmission non détectées, alimentées notamment par des malades qui atteignent un stade avancé de la maladie sans avoir été pris en charge.
Le danger ne s’arrête pas avec leur décès. La manipulation des corps, notamment lors des funérailles, constitue elle aussi un moment particulièrement propice à la contamination lorsque les mesures de protection ne sont pas respectées.
Cette transmission invisible est d’autant plus préoccupante que la flambée continue simultanément de s’étendre. « Ces pressions sont particulièrement préoccupantes car les analyses indiquent que la transmission se fait plus rapidement que la détection et l’isolement des cas, tandis que les capacités de recherche des contacts sont de plus en plus mises à rude épreuve », a averti l’OMS.
Des agents de santé désinfectent un véhicule dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où l’épidémie d’Ebola se pursuit.
Un épicentre qui déborde de l’Ituri
L’épidémie reste très concentrée géographiquement. Environ 90 % des cas et 80 % des décès sont recensés dans la province de l’Ituri, dans l’est du pays. Mais, à l’intérieur même de cette province, la transmission s’organise désormais autour de plusieurs foyers reliés entre eux.
Le corridor Bunia-Rwampara-Mongbwalu-Nizi demeure le principal axe de circulation du virus. D’autres foyers persistent cependant au-delà de cet épicentre. La transmission se poursuit dans la province voisine du Nord-Kivu et l’activité épidémique augmente dans le Haut-Uélé.
Au total, 53 des 140 zones sanitaires des cinq provinces touchées ont désormais signalé des cas.
Les derniers chiffres publiés mardi par les autorités congolaises donnent la mesure de cette progression : 4 449 cas confirmés et 2 061 morts, soit un taux de létalité de 46 %. Depuis le début de l’épidémie, 886 malades ont guéri.
Ces chiffres placent désormais la RDC sur une trajectoire susceptible de faire de cette flambée d’Ebola la plus importante jamais enregistrée. L’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 reste, à ce jour, de très loin la plus meurtrière, avec plus de 11 000 morts parmi plus de 28 000 cas.
Le traçage progresse, mais très inégalement
Au milieu de cette progression, un indicateur s’améliore néanmoins. Le taux de suivi des contacts a franchi pour la première fois le seuil de 85 %. Ce chiffre mesure la proportion des personnes identifiées comme ayant été en contact avec un malade et effectivement suivies par les équipes sanitaires.
La moyenne nationale masque toutefois de fortes disparités. Dans le Haut-Uélé, le taux tombe à environ 58 %, en partie, selon l’OMS, en raison de déclarations incomplètes.
Des lacunes persistent également dans le signalement des alertes, l’identification des personnes exposées et le suivi des cas confirmés. Or chaque malade qui échappe à cette surveillance peut entretenir une chaîne de contamination inconnue des autorités.
Dans le cadre de la lutte contre Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), du matériel médical est incinéré.
L’insécurité et la défiance d’une partie des communautés compliquent encore cette recherche. Certains incidents retardent les interventions des équipes sanitaires, notamment les enterrements sûrs et dignes. Pour l’OMS, l’adhésion des populations est devenue une condition centrale de la riposte : sans elle, les équipes ne peuvent ni identifier suffisamment tôt les malades et leurs contacts, ni les orienter rapidement vers les structures de soins.
L’agence appelle donc à s’appuyer davantage sur les responsables locaux et les réseaux auxquels les habitants font confiance pour rechercher les cas et leurs contacts, favoriser le recours précoce aux soins et organiser les enterrements dans des conditions limitant les contaminations.
Des centres saturés, des équipes fragilisées
Encore faut-il pouvoir accueillir les malades une fois qu’ils ont été retrouvés. Plusieurs centres de traitement et de transit en Ituri sont désormais « saturés », selon l’OMS. Au Nord-Kivu, les possibilités d’orienter les patients vers des structures spécialisées restent insuffisantes. Dans le Haut-Uélé, aucune des six zones sanitaires touchées ne dispose encore d’un centre de traitement Ebola répondant aux standards requis.
La pression atteint également les équipes chargées de la riposte. Des retards dans le paiement de certains personnels ont été signalés dans plusieurs zones affectées.
« Des difficultés liées au paiement en temps voulu du personnel d’intervention ont été signalées dans certaines zones touchées, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la motivation du personnel et la continuité des activités d’intervention, notamment les interventions communautaires et les opérations aux points d’entrée et aux points de contrôle », a souligné l’OMS.
La difficulté est désormais double. Retrouver les chaînes de contamination qui échappent encore à la surveillance tout en renforçant suffisamment les structures pour absorber les malades ainsi détectés. Tant que la transmission progressera plus rapidement que l’identification et l’isolement des cas, l’amélioration du traçage ne suffira pas, à elle seule, à inverser la dynamique de l’épidémie.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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