Plus de 100 jours de perturbations en raison de la guerre déclenchée fin février par des frappes israélo-américaines contre l’Iran ont laissé une empreinte qui ne disparaîtra pas avec la réouverture du détroit, par lequel transite en temps de paix un cinquième du pétrole mondial, ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié et des engrais azotés utilisés dans l’agriculture.
C’est la principale mise en garde formulée mardi par l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), dans une nouvelle étude estimant que les dégâts les plus durables ne se mesureront pas dans les salles de marché, mais dans les budgets des ménages, les récoltes et les assiettes de dizaines de pays vulnérables.
« La réouverture du détroit était nécessaire, mais elle ne suffit pas », a résumé lors d’un point de presse à Genève un porte-parole de la CNUCED, Marcelo Risi. Si les marchés de l’énergie réagissent rapidement, « les contrats de transport, les chaînes d’approvisionnement et les systèmes alimentaires mettent davantage de temps à s’ajuster ».
L’étude de la CNUCED paraît alors que le trafic reprend progressivement dans le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique à celui d’Oman. Cette reprise s’appuie sur un protocole d’accord signé le 17 juin entre Washington et Téhéran pour mettre fin au conflit, lequel prévoit notamment la réouverture de la voie maritime et la reprise de négociations concernant sa sécurité.
L’accord demeure toutefois fragile. Après plusieurs incidents militaires et l’attaque d’un navire marchand la semaine dernière, les discussions se poursuivent, notamment au Qatar, afin de consolider un cessez-le-feu encore précaire et de définir les garanties permettant un retour durable de la navigation commerciale.
Image satellite du détroit d’Ormuz, bordé au nord par l’Iran et au sud par les Émirats arabes unis et Oman.
Des coûts en baisse, mais l’inflation en hausse
Les graphiques de la CNUCED racontent deux réalités très différentes.
D’un côté, les cours internationaux du pétrole ont commencé à reculer dès l’annonce de l’accord prévoyant la réouverture du détroit. De l’autre, les coûts du transport maritime demeurent élevés, freinés par des contrats conclus pendant la crise et par des chaînes logistiques qui ne se reconfigurent pas du jour au lendemain.
Or cette inertie touche directement les produits essentiels.
Pendant plus de cent jours, les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont limité l’approvisionnement mondial en pétrole, en gaz et en engrais azotés. L’augmentation du coût de l’énergie s’est ensuite propagée au transport, puis à la production agricole, avant de se répercuter sur les prix alimentaires. Pour la CNUCED, cette succession d’effets continuera d’alimenter l’inflation bien après la fin de la crise maritime.
L’étude souligne que, depuis la pandémie de Covid-19, les économies répercutent davantage les hausses des prix de l’énergie sur l’inflation qu’auparavant, rendant les chocs énergétiques plus persistants.
61 pays en première ligne
Cette mécanique frappe d’abord les pays qui disposent des marges de manœuvre les plus limitées.
Selon la CNUCED, 61 économies vulnérables sont exposées simultanément aux hausses des prix du pétrole et des céréales. Beaucoup appartiennent au groupe des pays les moins avancés (PMA) ou des petits États insulaires en développement. Pour eux, la facture énergétique augmente en même temps que le coût des importations alimentaires, sans disposer des ressources budgétaires nécessaires pour amortir le choc.
Marcelo Risi a rappelé que parmi ces 61 pays figurent les États les plus fragiles de la planète. « Si ces pays sont frappés par une hausse des prix de l’énergie, cela les rend encore plus vulnérables qu’ils ne le sont déjà », a-t-il expliqué.
Cabo Verde illustre cette dépendance. Selon les calculs de la CNUCED, les importations nettes de l’archipel en produits pétroliers représentent près d’un quart de son produit intérieur brut, l’un des niveaux les plus élevés parmi les économies vulnérables. Dans un tel contexte, la hausse du carburant se diffuse rapidement au coût de l’électricité, des transports, de l’alimentation et, finalement, aux finances publiques.
Quand un choc énergétique devient une crise alimentaire
L’agence insiste sur un décalage moins visible encore. Celui qui sépare la baisse des cours internationaux de la réalité des marchés alimentaires.
Même lorsque les prix du pétrole ou des céréales reculent, les prix payés par les consommateurs continuent souvent d’augmenter pendant plusieurs mois, en raison des délais de transmission tout au long de la chaîne de production et de distribution. À cela s’ajoute une inquiétude supplémentaire liée à la perspective d’un important épisode d’El Niño, ce phénomène climatique naturel associé à un réchauffement inhabituel des eaux du Pacifique, susceptible de fragiliser davantage les récoltes dans plusieurs régions du monde.
La CNUCED rappelle qu’une hausse réelle de 5 % des prix alimentaires est associée à une augmentation du risque de malnutrition aiguë chez les jeunes enfants, un risque particulièrement élevé pour les enfants pauvres et ceux vivant dans des ménages ruraux sans accès à la terre.
Des marges de manœuvre qui se réduisent
Pour nombre de ces pays, le problème ne se limite plus au commerce.
La CNUCED souligne que beaucoup affrontent simultanément un endettement élevé, des pressions sur leur monnaie, un recul des transferts de fonds envoyés par leur diaspora et une diminution de l’aide publique au développement. Autant de facteurs qui réduisent leur capacité à protéger les ménages contre la hausse des prix.
L’agence appelle donc à un soutien international accru afin d’aider ces États à absorber la hausse de leurs factures d’importation, amortir les chocs sur les prix de l’énergie et de l’alimentation et renforcer leur résilience face aux prochaines perturbations.
Car si les navires recommencent à franchir le détroit d’Ormuz, les conséquences économiques de plus de 100 jours de perturbations continueront, elles, de se faire sentir bien après le retour à la normale.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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