Dans un discours liminaire majeur prononcé lors de la Semaine de l’action climatique à Londres, le chef de l’ONU a souligné que la dépendance mondiale au pétrole alimentait à la fois la crise climatique et une crise de souveraineté énergétique, cette dernière étant liée aux perturbations massives du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et au conflit opposant l’Iran, Israël et les États-Unis.
« Ces crises peuvent sembler distinctes, mais elles partagent la même origine destructrice : les combustibles fossiles. Et elles exigent la même réponse : une transition rapide et équitable vers les énergies propres, ainsi qu’un renforcement de l’adaptation, de la résilience et de la justice climatique pour ceux qui subissent déjà les effets néfastes du changement climatique », a déclaré M. Guterres, appelant les dirigeants politiques à mener à bien une transformation mondiale comparable à celle qui avait été nécessaire pour éliminer progressivement l’essence au plomb et interdire les produits chimiques responsables du trou dans la couche d’ozone.
En bref : le plan de l’ONU pour l’indépendance énergétique
- Réduire rapidement les émissions : les émissions doivent atteindre leur pic dès maintenant et parvenir à zéro émission nette d’ici 2050, notamment grâce à une initiative mondiale visant à limiter la pollution par le méthane.
- Accélérer le développement des énergies propres : il faut poursuivre le développement des énergies renouvelables, mettre fin aux subventions accordées aux projets liés aux énergies fossiles et taxer les bénéfices tirés de ces dernières afin de soutenir les communautés vulnérables et la transition énergétique.
- Assainir l’IA : exiger des grandes entreprises du secteur de l’Intelligence artificielle (IA) qu’elles divulguent l’impact environnemental de leurs centres de données et qu’elles les alimentent en énergie renouvelable d’ici 2030.
- Garantir une transition juste : veiller à ce que le passage aux énergies propres crée des emplois, soutienne les communautés et apporte des avantages en matière de développement aux pays en développement.
- Renforcer la résilience climatique : accroître les investissements dans l’adaptation, les systèmes d’alerte précoce et d’autres mesures visant à protéger les personnes les plus vulnérables aux effets du changement climatique.
- Débloquer des financements équitables : élargir l’accès à des financements abordables pour les pays en développement afin qu’ils puissent investir dans les énergies propres, l’adaptation au changement climatique et le développement durable.
- Défendre la science et la vérité : renforcer la confiance dans la science, lutter contre la désinformation climatique et protéger les journalistes environnementaux et les défenseurs des droits de l’homme.
Les phénomènes météo extrêmes liés au changement climatique provoquent des sécheresses et des inondations comme celle-ci en Thaïlande.
Les points de basculement de la Terre
Cela fait plus d’une décennie que les dirigeants mondiaux se sont mis d’accord à Paris pour limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, une remarquable démonstration d’unité internationale, sous l’égide de l’ONU. Aujourd’hui, bien que cet accord soit toujours en vigueur – et malgré le retrait officiel des États-Unis pour la deuxième fois en janvier de cette année -, les scientifiques soutenus par l’ONU avertissent que les températures annuelles moyennes risquent de dépasser ce seuil dans les années à venir.
« Chaque fraction de degré compte », a insisté le Secrétaire général, tout en mettant en garde contre les dommages irréversibles causés aux récifs coralliens, incapables de survivre dans des eaux trop chaudes, contre la fonte des calottes glaciaires qui menace de redessiner les côtes et de déplacer des millions de personnes, et contre la possibilité réelle que certains petits États insulaires disparaissent sous les vagues.
Face à ce scénario existentiel, « la tâche qui nous attend consiste à limiter strictement ce dépassement, à en raccourcir la durée et à ramener les températures en dessous de 1,5 °C aussi rapidement que possible », a fait valoir M. Guterres.
« La mère de tous les chocs énergétiques »
Tout en soulignant que « tout accord de paix est le bienvenu et apporterait un soulagement bien nécessaire », en référence à une trêve de 60 jours destinée à permettre la poursuite des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis en Suisse, le chef de l’ONU a fait remarquer que la crise au Moyen-Orient avait déclenché « la mère de tous les chocs énergétiques », comparable à la crise pétrolière des années 1970 et à l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie.
Aussi dévastatrice que la guerre au Moyen-Orient ait été pour les pays hautement industrialisés, le Secrétaire général de l’ONU a insisté sur le fait que les pays en développement avaient été encore plus durement touchés :
« C’est un choc de la dette, un choc alimentaire, un choc du développement », a-t-il affirmé à l’auditoire londonien.
Un avenir juste grâce aux énergies renouvelables
« La bonne nouvelle, c’est que – contrairement à toutes les crises énergétiques passées – nous disposons désormais d’une issue claire, d’une issue propre », a poursuivi le Secrétaire général.
Il a souligné que depuis 2010, le coût de l’énergie solaire a chuté de près de 90 %, celui de l’éolien terrestre de plus de 70 % et celui du stockage par batterie de 95 %.
Les énergies renouvelables ont permis d’éviter des émissions de dioxyde de carbone supérieures aux émissions annuelles combinées des États-Unis, de l’Union européenne et du Japon, a déclaré M. Guterres, ajoutant que les investissements dans les énergies propres attirent désormais près de deux fois plus de fonds que ceux consacrés aux combustibles fossiles.
« Il n’y a pas d’embargo sur la lumière du soleil ni de blocus sur le vent », a-t-il souligné.
Des ouvriers installent des panneaux solaires en Tanzanie.
Un plan en sept points pour l’indépendance énergétique
Dans le cadre de son plan d’action visant à rompre définitivement avec les combustibles fossiles, le Secrétaire général a défini sept mesures clés :
1 : Les émissions doivent atteindre leur pic immédiatement et baisser fortement au cours de cette décennie, pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le G20, groupe des nations riches, « doit montrer la voie » dans ce domaine, car il est responsable d’environ 80 % des émissions mondiales, a déclaré M. Guterres. Parmi les mesures ambitieuses figure un appel mondial à l’action sur le méthane visant à réduire les émissions de ce gaz qui piège environ 80 fois plus de chaleur que le dioxyde de carbone, mais qui se décompose dans l’atmosphère en l’espace d’une ou deux décennies seulement.
« Le monde a progressivement éliminé l’essence au plomb. Nous avons supprimé les produits chimiques appauvrissant la couche d’ozone. La pollution par le méthane doit être la prochaine cible », a souligné le chef de l’ONU.
2 : Il faut promouvoir les projets d’énergie propre et supprimer les subventions publiques destinées aux nouveaux projets liés aux combustibles fossiles. « Les huit plus grandes entreprises du secteur des combustibles fossiles ont déclaré avoir empoché 6,5 milliards de dollars supplémentaires rien qu’au premier trimestre de cette année… J’exhorte les gouvernements à les taxer » afin d’aider les familles et les communautés vulnérables et d’accélérer la transition vers une énergie propre et abordable, a déclaré M. Guterres.
3 : Chaque grande entreprise spécialisée dans l’IA devrait « mesurer et divulguer publiquement l’impact environnemental complet » de ses centres de données : leur empreinte carbone, leur consommation d’eau et leur empreinte foncière – et s’engager à alimenter chaque centre de données en énergie renouvelable d’ici 2030. Aujourd’hui, les centres de données dédiés à l’IA consomment déjà plus d’électricité que la plupart des pays ; « il est temps de jouer cartes sur table », a noté le Secrétaire général de l’ONU.
D’ici 2030, les centres de données dédiés à l’IA pourraient consommer suffisamment d’eau pour subvenir aux besoins fondamentaux des 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique subsaharienne pendant une année entière, a fait observer le Secrétaire général de l’ONU.
4 : « Finie l’extraction sans développement » : M. Guterres a appelé à un soutien accru en faveur de la transition vers les énergies propres, d’une manière qui profite aux travailleurs et aux communautés partout dans le monde, ainsi qu’aux pays en développement, sous l’impulsion de la Conférence des Nations Unies sur le climat – la COP31- qui se tiendra en Turquie. « La transition elle-même n’est plus remise en question », a-t-il souligné, ajoutant : « Elle sera soit maîtrisée, soit chaotique ; soit équitable, soit inégale ; soit une source de stabilité, soit une source de divisions accrues ; et ces choix nous appartiennent encore. »
5 : Il faut protéger les personnes les plus exposées aux aléas climatiques en les aidant à s’adapter, car cela « sauve des vies, préserve les foyers et les communautés, aide les économies à absorber les chocs et maintient la cohésion des sociétés », a insisté le Secrétaire général. Des systèmes d’urgence doivent être mis en place avant que les chocs ne se transforment en catastrophes humanitaires et économiques, a ajouté M. Guterres. Dans le même temps, les pays développés doivent honorer leur « engagement de longue date visant à doubler le financement de l’adaptation, avec une trajectoire claire vers son triplement », a-t-il déclaré.
6 : Soutenir un financement équitable pour accompagner l’abandon progressif des combustibles fossiles et la transition écologique à grande échelle et à un rythme soutenu : car de nombreux pays en développement sont confrontés à des coûts d’emprunt deux à trois fois plus élevés que dans les économies plus riches.
« Les pays riches en potentiel renouvelable sont exclus de la révolution des énergies propres », a affirmé le Secrétaire général de l’ONU, en citant l’exemple des pays africains qui ne reçoivent que 2 % des investissements mondiaux dans les énergies propres, alors qu’ils possèdent 60 % des meilleures ressources solaires de la planète.
M. Guterres a mis en avant la capacité de prêt supplémentaire de 600 à 800 milliards de dollars dont disposent les banques multilatérales de développement, telles que la Banque mondiale. Celle-ci devrait être utilisée « de manière dynamique » pour financer les infrastructures de demain et l’adaptation au changement climatique, parallèlement à d’autres mesures d’investissement telles que la taxation des secteurs à fortes émissions, a-t-il souligné.
De même, « les pays développés doivent tenir leurs promesses », notamment en soutenant le Fonds pour la réponse aux pertes et dommages et le Fonds vert pour le climat, a poursuivi le Secrétaire général, soulignant que les 300 milliards de dollars promis aux pays en développement devaient être versés et s’accompagner de mesures concrètes visant à mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035.
7 : Enfin, le Secrétaire général a appelé à soutenir la science en tant que fondement de la vérité et des systèmes d’alerte précoce – et à lutter contre les fausses informations sur le climat, car « la désinformation se propage délibérément pour retarder l’action climatique, consolider les intérêts particuliers et éroder la confiance ».
Les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes qui traitent des questions climatiques et environnementales doivent être protégés, et il faut renforcer la confiance dans les données et les institutions, a insisté M. Guterres, en évoquant l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, menée par l’ONU, l’UNESCO et le Brésil en faveur de cet objectif.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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