Alors que les records de chaleur tombent un à un déjà dans de nombreuses régions du monde, un nouvel acteur s’invite dans l’équation climatique. Après plusieurs années dominées par La Niña, le phénomène El Niño est désormais installé dans le Pacifique tropical et devrait rapidement gagner en puissance. 

El Niño est un phénomène climatique naturel provoqué par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial. Pour les météorologues, son retour ne marque pas seulement un changement de cycle océanique : il accroît le risque de phénomènes météorologiques extrêmes bien au-delà du Pacifique.

« El Niño donnera également un coup d’accélérateur supplémentaire aux températures mondiales », a averti vendredi Alvaro Silva, un scientifique de l’OMM, lors d’un point de presse à Genève. « Nous savons que, pendant les années El Niño, les températures mondiales atteignent généralement des niveaux records ».

Le diagnostic de l’agence des Nations Unies est sans ambiguïté. Son dernier bulletin climatique saisonnier prévoit, avec un « haut niveau de confiance », un renforcement rapide du phénomène entre juillet et septembre. Les modèles de prévision convergent : les eaux de surface du centre et de l’est du Pacifique équatorial continueront de se réchauffer fortement, avec des anomalies saisonnières dépassant les 2 °C dans plusieurs zones. C’est cette accumulation de chaleur qui perturbe les grands courants atmosphériques et redistribue les régimes météorologiques à l’échelle de la planète.

Une planète déjà sous tension

Cette annonce intervient alors que l’été ne fait que commencer dans l’hémisphère Nord et que plusieurs régions connaissent déjà des températures exceptionnelles.

« Nous sommes dans la première semaine de juillet, au début de ce qui est traditionnellement le mois le plus chaud de l’année. Pourtant, dès le mois de juin, nous avons déjà observé des températures records dans de nombreuses régions d’Europe. À titre d’exemple, l’Allemagne a enregistré le week-end dernier un nouveau record national avec 41,7 °C », a rappelé Clare Nullis, porte-parole de l’OMM.

Aux États-Unis, l’agence onusienne fait également état d’une vague de chaleur « prolongée et dangereuse » dans le centre et l’est du pays, qui doit se poursuivre jusqu’au week-end de la fête nationale américaine, selon le Service météorologique national américain.

Pour les scientifiques, El Niño ne crée pas à lui seul ces épisodes extrêmes. Mais il agit comme un amplificateur d’un climat déjà profondément réchauffé par les émissions humaines de gaz à effet de serre.

« L’intensité d’El Niño est importante, car elle accroît la probabilité de phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans différentes régions du monde… en plus du changement climatique de long terme dû aux activités humaines », a insisté Alvaro Silva.

Des impacts très inégaux selon les régions

Les conséquences attendues diffèrent fortement selon les continents. L’OMM anticipe des conditions plus sèches que la normale en Amérique centrale, dans les Caraïbes ainsi que dans certaines régions d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud. Des déficits de précipitations sont également probables dans une partie de l’Indonésie et de l’Asie du Sud-Est en pleine saison de mousson.

À l’inverse, l’Afrique de l’Est pourrait connaître des pluies supérieures aux normales entre septembre et décembre, avec un risque accru d’inondations. Cette situation pourrait être renforcée par un autre facteur climatique, le dipôle de l’océan Indien, dont le développement est jugé possible dans les prochains mois.

Les météorologues rappellent toutefois qu’aucune région n’est affectée de manière uniforme. Les effets d’El Niño varient selon son intensité, sa durée, la période de l’année et son interaction avec d’autres mécanismes climatiques. Même en période dite « neutre », des événements météorologiques extrêmes peuvent se produire.

Une fenêtre d’action qui se referme

Face à ces perspectives, l’OMM affirme avoir engagé une mobilisation « sans précédent » avec les services météorologiques nationaux et centres climatiques régionaux afin d’aider les gouvernements à anticiper les risques.

« Nous disposons encore d’une fenêtre pour nous préparer et agir de manière précoce. Mais cette fenêtre se referme dans certaines régions », a averti Alvaro Silva. Dans les pays menacés par la sécheresse, l’enjeu est notamment de garantir des réserves d’eau suffisantes pour l’agriculture, la production d’énergie et les autres secteurs essentiels.

El Niño apparaît en moyenne tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et 12 mois. Il atteint habituellement son intensité maximale entre novembre et février, tandis que ses effets sur la température moyenne mondiale se font souvent sentir avec le plus de force l’année suivante.

Si le réchauffement climatique fixe désormais un niveau de chaleur de plus en plus élevé, El Niño pourrait, dans les mois qui viennent, pousser encore davantage la planète vers ses limites.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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