Cette nouvelle phase de violence s’inscrit dans une escalade régionale enclenchée fin février, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran. Dans leur sillage, le Hezbollah libanais – mouvement chiite armé et allié de longue date de Téhéran – a procédé à des tirs de roquettes contre Tel Aviv, entraînant une riposte israélienne de plus en plus étendue et destructrice sur le territoire libanais.

Face à cette spirale, le Secrétaire général de l’ONU a de nouveau appelé à une désescalade immédiate. « La guerre au Moyen-Orient doit cesser. La diplomatie doit prévaloir », a-t-il martelé dans une déclaration rendue publique mardi.

En l’espace de deux semaines jours, plus de 2 200 incidents armés ont été recensés par l’unité libanaise de gestion des risques de catastrophe. Une intensité qui traduit l’accélération brutale des violences – et l’alourdissement du bilan humain. Selon le ministère libanais de la santé publique, 886 personnes ont été tuées et plus de 2 140 blessées, dont au moins 111 enfants.

Mais c’est peut-être ailleurs que se mesure le plus clairement la bascule : dans les mouvements de population, d’une ampleur rarement observée dans le pays.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) soutient des familles déplacées avec des repas chauds à Beyrouth, au Liban.

Un pays déplacé

Depuis Beyrouth, le coordinateur humanitaire de l’ONU au Liban, Imran Riza, décrit un exode massif et désordonné. « Le nombre de personnes enregistrées dépasse le million, avec 1 049 000 personnes à l’heure actuelle. Il s’agit donc des personnes qui se sont enregistrées elles-mêmes. Et nous pensons que le nombre total est en réalité bien supérieur », a-t-il déclaré.

Près d’un Libanais sur cinq est désormais enregistré comme déplacé. Et le rythme ne ralentit pas. « Les déplacements de population augmentent à une vitesse incroyable. Beaucoup partent avec très peu de choses, juste les vêtements qu’elles portaient », a ajouté M. Riza.

Sur le terrain, cet exode prend la forme de départs précipités, dans la panique. Selon l’UNICEF, des centaines de milliers d’enfants ont fui leur domicile en quelques jours, souvent sans rien emporter. Certains ont parcouru des heures de route pour atteindre Beyrouth, avant de passer leur première nuit dehors, dans le froid.

« Ils sont partis parfois uniquement avec leurs habits », raconte Christophe Boulierac, porte-parole de l’UNICEF au Liban. Beaucoup trouvent refuge dans des logements déjà saturés, où « des familles vivent à 14 dans une pièce ». D’autres rejoignent les centres collectifs : environ 130 000 déplacés sont aujourd’hui hébergés dans quelque 600 sites à travers le pays.

Une enfance prise dans la guerre

Le coût humain se lit aussi dans les statistiques les plus sombres. Selon l’agence onusienne, 107 enfants ont été tués et 331 blessés depuis le début de l’escalade. « La première semaine, en moyenne, il y a eu au Liban 10 enfants tués chaque jour et 36 blessés », précise Christophe Boulierac.

Beaucoup de ces enfants sont gravement atteints, nécessitant des opérations d’urgence et un suivi psychologique lourd. Certains apprennent à leur réveil la mort de leurs proches. « C’est un grand, grand choc », souligne-t-il.

Dans les abris, les signes de traumatisme sont omniprésents. Les enfants passent « du rire aux larmes » en quelques instants. Les explosions rythment leur quotidien, « du matin au soir », y compris à Beyrouth. Et pour beaucoup, la guerre ne fait que se répéter.

« C’est la deuxième fois », insiste le porte-parole, évoquant les violences vécues 18 mois plus tôt, durant la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah. « Cette répétition va aggraver toutes les blessures psychologiques ».

Certains témoignages disent l’ampleur de cette détresse. Un enfant a demandé à porter un bracelet avec son nom, « pour être identifié s’il est tué ». Une scène qui, à elle seule, résume l’intériorisation de la violence par les plus jeunes.

Un bâtiment en ruines à Beyrouth, au Liban, après avoir été touché par un missile.

Un territoire fragmenté

Sur le terrain, la riposte israélienne s’intensifie et s’élargit. L’armée israélienne multiplie les frappes sur le sud du Liban, la banlieue sud de Beyrouth – bastion du Hezbollah – et certaines zones de la Bekaa, tout en émettant des ordres d’évacuation de plus en plus étendus.

Selon l’ONU, environ 1 500 kilomètres carrés – soit une portion significative du territoire libanais – sont désormais concernés.

« Il y a eu toute une série d’ordres de déplacement. Nous en recevons désormais presque quotidiennement. Ils couvrent une partie de plus en plus grande du territoire libanais, ce qui exerce une pression considérable sur les communautés d’accueil qui tentent elles aussi d’aider les personnes déplacées », a expliqué M. Riza.

À cette pression s’ajoute l’intensification des frappes aériennes, parfois menées sans avertissement préalable. « Beaucoup de ces opérations ont eu lieu sans avertissement, sans ordre d’évacuation… et de nombreuses communautés craignent donc que des personnes susceptibles d’être prises pour cible ne se trouvent dans certaines de ces zones [touchées] ».

Le spectre d’un déplacement forcé

À Genève, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme met en garde contre les implications juridiques de cette dynamique. Le déplacement forcé de population, tel qu’observé dans le sud du Liban, est interdit par le droit international humanitaire.

Ces derniers jours, Israël a étendu ses ordres d’évacuation à l’ensemble du sud du pays, notamment à la zone située entre le Litani et le Zahrani. Au total, au moins 15 % du territoire national est concerné.

« Ces déplacements entraînent toute une série de problèmes liés aux droits de l’homme, tels que le manque de soins de santé adéquats, de nourriture et d’eau potable en quantité suffisante, tandis que les infrastructures civiles continuent d’être détruites », a déclaré Thameen Al-Kheetan, porte-parole du Haut-Commissariat.

L’agence onusienne s’inquiète également de discriminations visant les déplacés sur le marché locatif et d’une montée des discours haineux en ligne.

Elle dénonce en outre des déclarations de responsables israéliens évoquant la possibilité de « faire subir au Liban des destructions comparables à celles de Gaza », des propos jugés « totalement inacceptables ».

« Cette rhétorique […] exacerbe la peur et l’angoisse profondes qui règnent parmi la population libanaise », a souligné Mme Al-Kheetan.

© Unicef/Ramadhan Sulayman

Des personnes déplacées traversent la frontière du Liban vers la Syrie, à Homs.

Survivre, soigner, apprendre

Au-delà de l’urgence, les besoins sont multiples et immédiats. « Ces enfants ont besoin de tout », résume Christophe Boulierac.

Accès aux soins, à l’eau potable, continuité des traitements pour les maladies chroniques : l’UNICEF a déployé des cliniques mobiles pour éviter l’interruption des campagnes de vaccination et prendre en charge les cas les plus graves. Le froid et la pluie aggravent encore les risques sanitaires, notamment les infections respiratoires.

L’éducation, elle aussi, est profondément perturbée. Une grande partie des écoles publiques sont fermées, certaines transformées en abris. Des dispositifs d’enseignement à distance ont été mis en place, mais leur portée reste limitée.

Or, insiste l’UNICEF, l’école ne se résume pas à l’apprentissage. Elle offre aux enfants « une certaine structure, une certaine normalité » – deux repères aujourd’hui largement effondrés.

Un patrimoine menacé

Au-delà du front humanitaire, le conflit érode aussi le patrimoine et les infrastructures civiles. L’UNESCO, l’agence onusienne pour la culture et l’éducation, indique que plusieurs sites culturels ont déjà été endommagés, tandis que d’autres sont exposés à un risque élevé en raison de leur proximité avec les combats.

L’éducation n’est pas épargnée : au moins 65 écoles ont été endommagées, et des attaques contre des établissements scolaires et universitaires ont fait des victimes parmi les enseignants et les élèves.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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