« Devant moi et mes enfants, ils ont égorgé mon mari et m’ont demandé : “Comment trouves-tu cela ?” »
Submergée par l’émotion, elle interrompt son récit avant de fondre en larmes. Quelques instants plus tard, elle reprend la parole pour remercier le peuple béninois de l’avoir accueillie avec ses enfants.
Son témoignage a marqué la visite, ces derniers jours, d’une délégation des Nations Unies conduite par Andrew Wyllie, Directeur régional adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et Aminatou Sar, Coordonnatrice résidente des Nations Unies au Bénin.
Depuis février, Soumalaïla vit loin de son village, aujourd’hui réduit en cendres comme de nombreuses autres localités de la région. Son souhait est désormais simple : offrir un avenir à ses enfants.
Une crise qui s’aggrave
Son histoire est loin d’être isolée.
Au cours des derniers mois, des milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile ont franchi la frontière entre le Nigéria et le Bénin pour échapper aux violences perpétrées par des groupes armés et des réseaux criminels.
Face à cet afflux, les autorités béninoises ont fait le choix de ne pas installer les réfugiés dans des camps, mais de privilégier leur accueil au sein des communautés locales.
Cette approche favorise leur intégration et préserve leur dignité, mais elle repose sur une solidarité aujourd’hui fortement sollicitée.
Des familles qui partagent le peu qu’elles possèdent
À Ségbana, de nombreuses familles ouvrent spontanément leurs portes.
Certaines hébergent plusieurs dizaines de personnes. D’autres accueillent plus d’une centaine d’adultes et d’enfants, partageant leur logement, leurs repas et leurs maigres ressources, alors qu’elles-mêmes font face à la pauvreté, au manque d’accès aux soins de santé, à l’emploi ou aux terres cultivables.
Grâce à cet élan de solidarité, des femmes, des hommes et des enfants ayant tout perdu retrouvent un sentiment de sécurité et d’appartenance.
Mais les capacités d’accueil atteignent leurs limites.
L’arrivée continue de nouveaux réfugiés exerce une pression croissante sur les infrastructures locales, les points d’eau, les centres de santé, les écoles et les moyens de subsistance.
Pour mieux identifier les besoins, l’Agence béninoise de protection civile, avec l’appui de ses partenaires, a lancé une vaste opération d’enregistrement des personnes réfugiées.
Le défi de l’école
Parmi les préoccupations les plus urgentes figure l’éducation.
Beaucoup d’enfants réfugiés étaient scolarisés dans un système anglophone au Nigéria. Ils doivent désormais poursuivre leur apprentissage dans des écoles francophones, avec des programmes et une langue d’enseignement différents.
Les autorités locales craignent que cette transition ne provoque des abandons scolaires si des solutions adaptées ne sont pas mises en place avant la rentrée 2026-2027.
Au-delà de l’accès à l’école, l’enjeu est aussi de protéger ces enfants contre les risques d’exploitation, de travail forcé ou de recrutement par des groupes armés.
À Tanguiéta, au Bénin, des femmes présentent les produits issus de leur activité génératrice de revenus, soutenue par une initiative économique inclusive.
Retrouver son autonomie
Plus à l’ouest, à Natitingou et Tanguiéta, les récits témoignent des mêmes blessures.
Un père de famille raconte avoir abandonné, il y a plus de deux ans, ses terres agricoles et ses récoltes pour sauver sa vie.
À Tanguiéta, toutefois, l’espoir renaît grâce à des projets de maraîchage réunissant réfugiés, personnes déplacées et communautés hôtes.
En cultivant ensemble des parcelles, ils retrouvent progressivement des revenus et une certaine autonomie.
« Les réfugiés ne demandent pas uniquement une assistance d’urgence. Ils souhaitent avant tout retrouver les moyens de subvenir eux-mêmes aux besoins de leurs familles, comme ils le faisaient avant la crise », a résumé l’un de leurs représentants.
Pour beaucoup, reconstruire leur vie passe moins par une aide prolongée que par la possibilité de travailler et de retrouver leur indépendance.
La Coordonnatrice résidente des Nations Unies au Bénin et le Directeur régional adjoint du HCR rencontrent des représentants des réfugiés à Natitingou, au Bénin.
Une réponse collective
Face à l’ampleur des besoins, les autorités béninoises, les collectivités locales, les organisations de la société civile et les partenaires humanitaires coordonnent leurs efforts.
Le HCR intervient dans les domaines de la protection et de l’inclusion socioéconomique des réfugiés. L’UNICEF soutient l’éducation, la protection de l’enfance, ainsi que les programmes d’eau, d’assainissement et de nutrition. Le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit une assistance alimentaire et des transferts monétaires, tandis que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) accompagne la gestion des mouvements de population et les actions de protection. De son côté, l’agence des Nations Unies chargée des questions de santé sexuelle et reproductive (UNFPA) apporte un soutien en matière de santé et de protection des femmes et des filles.
Pour les Nations Unies, cette complémentarité est essentielle face à une crise qui dépasse les capacités d’un seul acteur.
À l’issue de sa mission, la Coordonnatrice résidente de l’ONU au Bénin, Aminatou Sar, a réaffirmé l’engagement du système des Nations Unies à soutenir le gouvernement et ses partenaires afin de répondre aux besoins humanitaires tout en renforçant la résilience des communautés.
« Parce qu’au-delà des chiffres, il y a des vies. Parce qu’au-delà des besoins, il y a des rêves. Et parce qu’aucune femme, aucun homme, aucun enfant ayant fui l’horreur ne doit être abandonné », a-t-elle déclaré.
À Ségbana, Natitingou et Tanguiéta, les défis restent immenses. Mais la solidarité entre réfugiés, communautés d’accueil, autorités et partenaires humanitaires continue de faire vivre l’espoir d’un nouveau départ.
* Le nom a été modifié pour des raisons de sécurité.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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