Des enfants vêtus de blanc jouent du violon. A quelques mètres de là, dans les jardins des Nations Unies, une cloche de bronze attend sous un petit édifice de bois inspiré d’un sanctuaire shinto du Japon antique. La scène pourrait sembler immuable. Elle ne l’est pas tout à fait.
Mercredi, António Guterres a fait sonner pour la dernière fois la cloche de la paix en qualité de Secrétaire général de l’ONU. Arrivé au terme de son deuxième mandat, le responsable d’origine portugaise quittera ses fonctions à la fin de l’année, après une décennie durant laquelle les guerres ont progressivement regagné le devant de la scène internationale. « C’est la dernière fois que je ferai sonner la cloche de la paix », a-t-il sobrement relevé.
Le symbole n’en était que plus saisissant. Créée au lendemain de la seconde guerre mondiale pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre », l’ONU est confrontée à des conflits qui s’étendent et s’enracinent, tandis que les instruments censés les contenir – diplomatie, négociation, droit international – sont régulièrement contournés ou bafoués.
« Dans le monde d’aujourd’hui, l’action en faveur de la paix vacille », a constaté M. Guterres. « La violence et les divisions déchirent les communautés. Les conflits s’étendent et s’aggravent. Les populations souffrent ».
Des pièces du monde entier
La cloche devant laquelle il s’exprimait porte elle-même la mémoire d’un monde sorti de la guerre. Fondue en 1952, elle a été offerte deux ans plus tard aux Nations Unies par l’Association japonaise pour l’ONU, alors que le Japon, qui n’a rejoint l’organisation qu’en 1956, n’en était pas encore membre.
Son concepteur, Chiyoji Nakagawa, a entrepris de collecter des pièces de monnaie venues du monde entier afin de les fondre pour fabriquer la cloche. Des délégués d’une soixantaine de pays ont contribué à l’entreprise. Sur le bronze, huit caractères japonais proclament : « Vive la paix mondiale absolue ».
Sous la cloche se trouve un autre vestige de l’histoire : des poignées de terre issues d’Hiroshima et de Nagasaki, envoyées à M. Nakagawa par des hibakusha, les survivants des bombardements atomiques américains de 1945.
Khalilur Rahman, le ministre des affaires étrangères du Bangladesh qui a officiellement pris mardi ses fonctions de président de la 81e session de l’Assemblée générale, s’est arrêté sur cette présence invisible. Le désir de paix des survivants, a-t-il observé, est « si puissant qu’il constitue littéralement le sol sur lequel nous nous tenons ».
« La paix doit être construite, et il est de notre responsabilité commune de la construire », a-t-il ajouté, évoquant les « actes de courage et de compromis » nécessaires pour y parvenir.
La cérémonie de la cloche de la paix intervient chaque année à une période chargée pour les Nations Unies. La 81e session de l’Assemblée générale s’est ouverte mercredi, avant l’arrivée à New York, dans les prochaines semaines, de dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement pour son traditionnel débat général.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres (à droite), assiste à la prestation de serment du nouveau président de la 81e session de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman (au centre), flanqué à sa gauche de la présidente sortante, Annalena Baerbock.
« La paix est un travail difficile »
A quelques jours de ce grand rendez-vous diplomatique, António Guterres a précisément voulu déplacer le regard des institutions vers ceux qui, loin des salles de conférence, tentent de réparer ce que les guerres détruisent.
« Là où les gouvernements échouent à instaurer la paix, les populations montrent une autre voie », a-t-il déclaré, rendant hommage aux bénévoles, militants, responsables de la société civile, soldats de la paix et médiateurs qui accomplissent, selon lui, « le gros du travail de la paix ».
Melissa Fleming, qui dirige le département de la communication de l’ONU, avait auparavant salué les responsables communautaires, enseignants, jeunes, militants, voisins et citoyens qu’elle a qualifiés d’« artisans de la paix » au quotidien.
« Leur exemple illustre la véritable signification de l’investissement dans la paix : il ne s’agit pas d’une décision prise une fois pour toutes, mais d’une pratique renouvelée jour après jour, dans les moments et les lieux ordinaires », a-t-elle dit.
C’est aussi le message que M. Guterres a voulu laisser aux dirigeants qui s’apprêtent à converger vers Manhattan : investir dans le développement, protéger les droits humains, restaurer la confiance dans les institutions et revenir aux outils éprouvés que sont « la diplomatie, le dialogue, la négociation et le maintien de la paix ».
Le Secrétaire général a résumé ce que près de 10 années passées à la tête d’une organisation conçue pour conjurer la guerre lui auront appris. « La paix n’est jamais un acquis passif », a-t-il dit. « La paix est un travail difficile ».
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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