Devant la plus haute juridiction des Nations Unies, Jessica Jones, membre de l’équipe juridique de la Gambie, a rappelé que les Rohingyas étaient depuis des décennies la cible d’un dénigrement systématique et de discours haineux de la part de hauts responsables de l’armée du Myanmar. Une stigmatisation, a-t-elle souligné, qui a préparé le terrain aux meurtres de milliers de civils à partir de 2016 dans l’État de Rakhine, à la frontière sud-ouest du pays avec le Bangladesh.

Pour étayer cette démonstration, la Gambie s’appuie sur un élément jugé particulièrement accablant : une vidéo diffusée sur Facebook en août 2017. Selon Mme Jones, ce document illustre de manière explicite une incitation directe à la violence génocidaire et constituerait, à ce titre, une violation manifeste des obligations du Myanmar au regard de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Photo de l’ONU/JAI/Frank van Beek

La Cour internationale de justice (CIJ) tient une audience publique axée sur une affaire de génocide intentée par la Gambie contre le Myanmar.

Une incitation à tuer filmée et diffusée

Dans cette séquence filmée, un soldat appelle sans ambiguïté à l’extermination des populations visées, recourant à une rhétorique de déshumanisation et à un appel direct aux armes : « Nous allons nettoyer les villages où vivent ces animaux », annonce-t-il. « Nous avons des fusils, nous avons des balles. C’est avec cela que nous sommes venus, avec des munitions et la volonté d’attaquer ces animaux, nous sommes venus ici. Si vous pouvez porter une épée, portez une épée. Si vous pouvez porter un bâton, alors portez un bâton. Portez tout ce que vous pouvez et affrontez courageusement ces animaux ».

Dans le cadre du procès en cours, la Gambie accuse le Myanmar d’avoir commis des actes de génocide contre le peuple rohingya entre 2016 et 2018, lors d’opérations militaires présentées par Naypyidaw comme des « opérations de sécurité ». Selon l’accusation, ces campagnes se sont traduites par des exécutions massives, le massacre aveugle de près de 10 000 hommes, femmes et enfants, des violences sexuelles généralisées et l’incendie délibéré de centaines de villages.

Dès 2017, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme de l’époque, Zeid Raad Al-Hussein, avait qualifié ces violences d’« exemple type de nettoyage ethnique », après l’exode d’environ 700 000 Rohingyas vers le Bangladesh voisin. La plupart vivent encore aujourd’hui dans d’immenses camps de réfugiés, privés de perspectives durables de retour.

Des réfugiés rohingyas arrivent en Indonésie, après un dangereux voyage en mer depuis le Bangladesh (photo d’archive).

Une minorité apatride

Musulmans vivant depuis des générations dans l’ouest du Myanmar à majorité bouddhiste, les Rohingyas sont privés de citoyenneté depuis la loi de 1982 sur la nationalité, qui les exclut des groupes ethniques reconnus par l’État. Considérés comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh, ils ont été soumis pendant des décennies à des restrictions sévères de déplacement, d’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi, dans un climat d’hostilité nourri par l’armée et des groupes ultranationalistes.

Les violences de 2016-2018 constituent l’épisode le plus brutal de cette persécution structurelle, mais non le premier. Elles ont néanmoins marqué un tournant par leur ampleur, leur coordination et leur diffusion quasi immédiate sur les réseaux sociaux, devenus un vecteur central de la propagande haineuse.

Une bénéficiaire du programme d’aide financière du Programme alimentaire mondial (PAM) dans le camp de réfugiés rohingyas de Cox’s Bazar (photo d’archives).

Une affaire historique devant la CIJ

Saisie en janvier 2020 par la Gambie, la Cour internationale de justice a ordonné au Myanmar de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir des actes de génocide et préserver les preuves. Le Myanmar nie de longue date toute intention génocidaire, affirmant avoir répondu à des attaques de groupes armés rohingyas.

L’affaire est considérée comme historique : c’est la première fois que la CIJ est appelée à se prononcer sur un différend introduit par un État n’ayant pas été directement lésé, au nom de la protection d’un peuple et du respect d’obligations universelles.

Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 29 janvier. La semaine prochaine, trois survivants rohingyas devraient livrer leur témoignage devant la cour. Des membres du « mauvais groupe au mauvais moment et au mauvais endroit », qui ont assisté au meurtre de leurs conjoints et de leurs enfants, a déclaré l’équipe juridique de la Gambie – des récits appelés à replacer, au-delà des mots et des vidéos, l’expérience humaine au cœur du procès.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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