Dans l’urgence, Ahmed et d’autres jeunes hommes remplissent de sable des sacs qui contenaient autrefois de la farine distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM). Ils espèrent ainsi empêcher l’eau de pluie d’envahir leurs abris.
« Ce sont des sacs de farine que nous allions chercher au péril de notre vie, juste pour pouvoir manger », a-t-il confié à ONU Info, en référence aux dangers auxquels sont exposés les civils lorsqu’ils tentent d’obtenir de l’aide dans la bande de Gaza.
À Gaza, des personnes déplacées remplissent des sacs de farine de sable et les placent autour de leurs tentes pour empêcher l’eau de pluie de pénétrer.
« Aujourd’hui, ces mêmes sacs nous servent à contenir du sable pour faire barrage aux eaux de pluie. Chaque année, nous subissons des inondations ; nous avons donc installé ces sacs dans l’espoir d’empêcher, tant bien que mal, l’eau de pénétrer à l’intérieur », a-t-il expliqué.
Abris de fortune
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), entre 1,8 et 1,9 million de personnes à Gaza ont besoin d’une forme ou d’une autre d’aide en matière d’hébergement. Alors que les pluies ont déjà commencé, les inquiétudes grandissent quant à la capacité des abris de fortune à résister aux intempéries. Le phénomène climatique El Niño, dont les effets pourraient aggraver les conditions météorologiques dans les mois à venir, ajoute à ces préoccupations.
Les agences humanitaires tentent d’acheminer autant de matériel d’hébergement que possible avant l’hiver, a expliqué Karl Baker, coordinateur régional de crise à l’OIM pour Gaza, depuis Amman, en Jordanie.
« Nous savons que les pluies ont déjà commencé et que le volume de marchandises que nous parvenons à faire entrer à Gaza ne suffira pas à répondre aux besoins de la population », a-t-il averti.
Les préparatifs ont été freinés par le manque de financements, qui s’est fait sentir dès le début de l’année.
« Les fonds sont arrivés assez tard dans l’année. Ils commencent à être disponibles, mais pas à la hauteur des besoins », a précisé M. Baker.
Des tentes abritant des personnes déplacées s’entassent sur la place du Soldat inconnu, dans le quartier de Rimal, à Gaza-ville.
Des chaînes d’approvisionnement perturbées
Les difficultés d’acheminement compliquent davantage la préparation à l’hiver. L’OIM dépend de fournisseurs situés notamment en Chine, en Inde et au Pakistan, tandis que les marchandises transitent par la Jordanie, l’Égypte et Israël avant d’atteindre Gaza.
« L’autre point, bien entendu, est que le conflit régional ne fait que s’intensifier. Cela perturbe les voies commerciales », a souligné M. Baker. Les perturbations du transport maritime mondial affectent ainsi les quantités de marchandises disponibles et les délais de livraison.
La qualité des abris constitue une autre source d’inquiétude. À Gaza, les tentes ne durent généralement qu’environ six mois. Les déplacements répétés des familles fragilisent encore ces structures, souvent détruites ou abandonnées lorsque leurs occupants doivent fuir précipitamment.
« Le fait de devoir déplacer en permanence une tente ou une structure temporaire a, disons, nui à la qualité des abris actuellement disponibles à Gaza », a expliqué M. Baker. « Il est nécessaire d’améliorer cette qualité, soit en fournissant des matériaux plus durables, soit en apportant davantage d’équipements adaptés aux solutions temporaires ».
Entre bâtiments menaçant de s’effondrer et tentes inondables
Pour de nombreuses familles, le choix se résume à une alternative périlleuse : rester dans un bâtiment endommagé ou s’installer sous une tente vulnérable aux intempéries.
Plus de 4 000 bâtiments présenteraient des risques d’effondrement. Lors d’un exposé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, Ramiz Alakbarov, coordinateur spécial par intérim pour le processus de paix au Moyen-Orient, a indiqué que l’ONU travaillait avec les communautés locales pour évacuer les personnes vivant dans des bâtiments dangereux. Mais faute de solutions de remplacement, beaucoup sont contraintes de se réfugier dans des abris de fortune.
Évoquant une récente visite à Gaza, M. Alakbarov a décrit le dilemme auquel sont confrontées les familles : quitter des logements dans lesquels elles venaient de revenir ou rester dans des bâtiments susceptibles de s’effondrer.
L’espace disponible pour se mettre à l’abri se réduit également. Selon M. Baker, seule une trentaine de pour cent du territoire de Gaza est désormais accessible à la majeure partie de la population. Dans les sites de déplacement, les conditions de vie continuent de se détériorer, tandis que de nombreuses familles restent exposées aux inondations sans possibilité réelle de trouver refuge ailleurs.
Des abris renforcés avec les moyens du bord
À Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, Mohammed Barhoum et ses fils tentent eux aussi de renforcer leur abri. Déplacée depuis Rafah, la famille récupère des tiges métalliques dans les décombres pour consolider sa tente.
Cette opération n’est pas sans danger, en raison de l’instabilité des débris et de la présence de restes explosifs de guerre.
« Chaque année, en hiver, cette zone est inondée en raison de fortes précipitations », explique M. Barhoum. « Cette année, nous avons décidé de renforcer nos tentes à l’aide de tiges métalliques. C’est une nouvelle expérience ; nous verrons bien ce que cela donne. Nous espérons que la situation sera meilleure que la dernière fois ».
À Gaza, les habitants continuent de vivre dans des immeubles résidentiels endommagés malgré le risque d’effondrement.
Des matériaux durables toujours difficiles à acheminer
Les solutions plus solides que l’OIM pourrait normalement fournir dans une situation d’urgence restent difficiles à acheminer à Gaza. Une grande partie des matériaux durables destinés à la construction d’abris est soumise aux restrictions israéliennes sur les biens à « double usage », en vigueur depuis 2008.
Ces matériaux comprennent notamment des tôles pour les toitures, du ciment pour les sols et des éléments permettant de construire des murs plus résistants au vent. Autant d’équipements susceptibles de mieux protéger les familles contre les intempéries, mais dont l’entrée à Gaza est soumise à des restrictions pour des raisons de sécurité invoquées par les autorités israéliennes.
L’OIM négocie régulièrement avec ces dernières pour faciliter leur acheminement, a indiqué M. Baker.
« C’est une situation qui se produit au quotidien, jusqu’à cinq fois par jour : nous tentons de négocier, ou nous cherchons à nous assurer que nous avons bien compris leurs préoccupations, afin d’y apporter les ajustements nécessaires », a-t-il déclaré.
« Pour notre part, nous devons continuer à plaider pour que des biens plus durables puissent être acheminés ».
Alors que l’hiver s’installe, les familles de Gaza continuent ainsi de bricoler des protections de fortune, transformant des sacs de farine en digues contre la pluie et des débris métalliques en armatures pour leurs tentes. Des solutions précaires, qui témoignent de l’urgence d’acheminer des abris plus résistants à une population toujours privée de logement sûr.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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