La situation humanitaire se détériore à Taëz, dans le sud-ouest du Yémen. En fermant la principale voie d’approvisionnement reliant la ville à Aden, les rebelles houthis exposent la population à de graves pénuries et empêchent l’acheminement de l’aide, a alerté mardi le chef des droits de l’homme de l’ONU.

« La fermeture, par les Houthis, de la seule voie d’approvisionnement reliant Taëz à Aden expose les civils à de graves dangers, bloque l’aide humanitaire et prive la population de biens de première nécessité », a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.

Les restrictions imposées sur la route d’Al-Dhabab entravent également l’accès à l’eau et aux produits essentiels. Dans ce contexte, les prix des denrées de base flambent, privant de nombreuses familles de nourriture et d’autres biens indispensables.

« L’aide humanitaire doit pouvoir entrer dans la ville immédiatement, et son acheminement doit être facilité. Les civils qui souhaitent quitter la ville doivent pouvoir le faire librement et en toute sécurité », a insisté M. Türk.

Plus de 30 civils tués dans le gouvernorat de Taëz

Le Haut-Commissaire a également exhorté toutes les parties au conflit à éviter l’utilisation d’armes explosives à large rayon d’action dans les zones densément peuplées, alors que les combats se rapprochent des quartiers habités.

Les Houthis, qui contrôlent une grande partie du nord et de l’ouest du Yémen depuis des années, affrontent les forces gouvernementales, qui sont soutenues par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite.

Entre le 1er août et le 19 octobre, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a confirmé la mort de 32 civils dans le gouvernorat de Taëz, dont 14 enfants et neuf femmes. Quelque 115 autres personnes ont été blessées, parmi lesquelles 36 enfants et 34 femmes.

M. Türk a par ailleurs renouvelé son appel à la libération immédiate et sans condition de tous les membres du personnel des Nations Unies et d’autres organisations non gouvernementales détenus arbitrairement par les Houthis. Il a demandé que le lieu de détention des personnes maintenues au secret depuis de longues périodes soit rapidement communiqué.

OCHA
Un homme souffrant de diarrhée sévère ou de choléra reçoit des soins (photo d’archives).

Pénuries de carburant

Au-delà des dangers liés aux combats, les pénuries de carburant menacent désormais l’approvisionnement en eau de près de trois millions de personnes à Taëz, dont au moins 1,6 million d’enfants.

Pour maintenir les systèmes de pompage en fonctionnement, l’UNICEF fournit du diesel et assure des services d’urgence d’approvisionnement en eau et d’assainissement à plus de 300.000 personnes. Mais les stocks de carburant s’amenuisent, tandis que le prix de l’eau livrée par camion a triplé depuis la dernière intensification des combats.

Pour les familles déjà confrontées à la faim, l’accès à l’eau potable devient ainsi de plus en plus difficile.

« Taëz est sans aucun doute la préoccupation numéro un en ce moment, parmi tant d’autres », a déclaré depuis Aden Akhil Iyer, représentant de l’UNICEF au Yémen.

L’arrivée de familles déplacées accentue encore la pression sur des infrastructures d’eau et d’assainissement déjà fragiles. Dans les sites d’accueil surpeuplés, les signalements de choléra se multiplient, obligeant les partenaires humanitaires à renforcer la surveillance épidémiologique, les centres de traitement et la distribution d’eau potable.

À l’échelle nationale, le nombre de cas suspects de choléra a triplé en trois semaines, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pour les enfants, la combinaison de la malnutrition, de l’eau insalubre et des maladies diarrhéiques représente un danger particulier. Ces infections peuvent compromettre l’absorption des nutriments, affaiblir davantage les enfants malnutris et accroître leur vulnérabilité à d’autres maladies.

Les stocks alimentaires et médicaux s’épuisent

Les conséquences du blocus se font également sentir dans les structures de santé. Selon l’OMS, les 12 hôpitaux de Taëz ne disposaient plus que d’environ quatre jours de réserves de carburant. Les besoins en oxygène n’étaient pas couverts quotidiennement et 115 des 127 médicaments essentiels ne disposaient que de stocks suffisants pour une semaine environ, voire moins.

Sur le front alimentaire, les réserves de farine de blé sont presque épuisées dans les zones touchées, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Dans le gouvernorat de Taëz, déjà durement frappé par la faim, dix districts sur seize sont classés en situation d’urgence alimentaire.

Les enfants sont particulièrement exposés. L’UNICEF a dépisté plus de 168.000 enfants dans le gouvernorat, parmi lesquels plus de 52.000 souffraient de malnutrition aiguë. Pour soutenir leur prise en charge, l’agence a prépositionné près de 8.000 cartons d’aliments thérapeutiques destinés aux enfants atteints de malnutrition aiguë sévère.

Mais l’accès à ces traitements reste tributaire de la continuité des approvisionnements et des services essentiels. « Un enfant malnutri ne peut pas se permettre d’interrompre son traitement ni de tomber malade à cause d’une eau insalubre », a averti M. Iyer.

© OMS Yémen
Des enfants et des familles déplacées vont chercher de l’eau dans un camp de déplacés au Yémen.

Plus de 250.000 personnes déplacées

L’intensification des combats depuis septembre a également provoqué de nouveaux déplacements massifs. Taëz a accueilli près de 120.000 personnes déplacées, soit plus de la moitié des nouveaux déplacés recensés au Yémen. Au total, plus de 250.000 personnes ont fui les violences depuis septembre dernier.

Nombre de ces familles ont déjà été contraintes de fuir à plusieurs reprises. Dans les communautés d’accueil, elles se retrouvent confrontées au manque de nourriture, aux difficultés d’accès à l’eau potable et à l’insuffisance des services de santé.

Après des années de conflit et de privations, la fermeture des voies d’approvisionnement risque d’aggraver encore la situation des populations les plus vulnérables. Pour l’ONU, la réouverture des accès humanitaires et la protection des civils sont désormais essentielles pour empêcher que les pénuries alimentaires, la crise de l’eau et la propagation du choléra ne se conjuguent en une urgence encore plus grave.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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