« Quand j’ai commencé, très jeune, c’était extrêmement dangereux », raconte-t-il. « Les gens n’étaient pas surpris si quelqu’un se faisait tuer dans une voiture de course. »

Ce monde n’existe plus. Des décennies de progrès en matière d’ingénierie, de réglementation et de sécurité ont rendu survivables des collisions à plus de 320 km/h. « Aujourd’hui, tout le monde serait surpris si quelqu’un était blessé dans une voiture de course », souligne M. Todt.

Il souhaite désormais voir cette même transformation s’appliquer aux trajets du quotidien — qu’il s’agisse d’aller à l’école, de se rendre au travail à moto ou de livreurs qui se faufilent dans la circulation — car les chiffres enregistrés sur les routes ordinaires sont encore ceux que connaissait autrefois la course automobile.

ONU
Jean Todt lors d’une visite au Kirghizistan.

Une pandémie silencieuse sur les routes

Chaque année, 1,2 million de personnes sont tuées sur les routes dans le monde. Cinquante millions d’autres sont blessées. Les accidents de la circulation constituent la première cause de décès chez les enfants et les jeunes âgés de 5 à 29 ans. Un bilan si constant que Jean Todt, aujourd’hui Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la sécurité routière, parle d’« une pandémie silencieuse sur les routes ».

« Malheureusement, on finit par s’habituer à cette situation », déplore-t-il.

Les dirigeants mondiaux et des ministres se réunissent lundi et mardi au siège des Nations Unies, à New York, pour une réunion de deux jours visant à réduire de moitié le nombre de décès sur les routes d’ici à 2030, un objectif que le monde est aujourd’hui loin d’atteindre.

Selon M. Todt, ce qui rend cette crise particulière, c’est que personne ne manque de solutions.

« Contrairement à d’autres pandémies, nous avons les remèdes : l’éducation, l’application des lois, la qualité des véhicules, la qualité des routes et la qualité de la prise en charge après un accident », explique-t-il.

Selon lui, si les règles concernant le port de la ceinture de sécurité, du casque, les limitations de vitesse et la conduite en état d’ivresse étaient correctement appliquées, « nous diviserions immédiatement par deux le nombre de victimes sur les routes ».

Près de 90 % des décès sur les routes surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où des routes plus sûres, des lois plus strictes et une véritable application de celles-ci restent encore hors de portée.

Commencer dès le plus jeune âge

Pour l’Envoyé spécial, tout commence par l’éducation.

« Si l’on éduque un jeune garçon ou une jeune fille de six, sept ou huit ans, il saura immédiatement comment se comporter », explique-t-il. Et surtout, ces enfants transmettent ensuite ces bonnes pratiques aux adultes qui les conduisent.

Mais l’éducation, sans conséquences, ne mène nulle part, avertit-il. « Si les gens savent qu’ils peuvent mal se comporter sans conséquence, ils n’ont aucune raison de changer. »

Quant à la corruption, ajoute-t-il sans détour, elle est « incompatible » avec une application efficace de la loi.

De nouveaux risques continuent d’apparaître. Les vélos électriques, les trottinettes électriques et les livreurs travaillant via des plateformes numériques, souvent rémunérés à la course et courant contre la montre, parfois sans casque, ont ajouté de nouveaux dangers dans les rues des villes.

Les voitures autonomes pourraient, à terme, contribuer à améliorer la situation, estime M. Todt, mais pas dans un avenir proche, et certainement pas là où la crise est la plus grave : dans les pays où circulent encore des parcs automobiles vieillissants et où les transports publics demeurent insuffisants.

© JCDecaux
Circuit de sécurité routière « Golden Road » en Colombie

Faire entendre la sécurité routière

Même au sein de sa propre institution, Jean Todt estime que la sécurité routière peine à se faire entendre.

« Très souvent, je voyage, je rencontre l’équipe des Nations Unies et je dis : “Je vais être le premier à parler de sécurité routière.” Très souvent, j’ai raison. »

Son message, formulé sans jargon, est celui qui a transformé son ancien sport : les décès n’ont jamais été une fatalité. Ceux de la route ne le sont pas davantage. 

« La prévention est essentielle », insiste-t-il.

Il a fallu des décennies à la course automobile pour intégrer cette réalité. Jean Todt espère que les routes n’auront pas besoin d’attendre aussi longtemps.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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