S’exprimant devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, l’expert indépendant mandaté par l’ONU sur les droits humains au Mali, Eduardo Gonzalez, a dénoncé une « dangereuse spirale d’autoritarisme » et une « détérioration continue » de la situation, qui n’est pas simplement « le fruit univoque du terrorisme ou de facteurs extérieurs ».

Selon l’expert, cette crise est liée aussi à des choix politiques effectués par les autorités maliennes, alors même que la réponse qui lui est apportée ne peut être uniquement sécuritaire : elle doit être holistique.

Fermeture de l’espace politique

Lors de ce face à face avec les 47 membres du Conseil des droits de l’homme, l’expert a fustigé la fermeture de l’espace politique, notamment certaines décisions prises au sommet de l’État en 2025. Il s’agit surtout de la dissolution des partis politiques, l’abrogation de la loi sur le statut de l’opposition et la prolongation du mandat du Président de la transition pour cinq ans renouvelables « autant de fois que nécessaire ».

Selon M. Gonzalez, chaque décision prise isolément a été présentée comme nécessaire avec des arguments à court terme, mais leur accumulation produit un effet « systémique » et a plusieurs conséquences. Il pointe ainsi du doigt « la réduction des contre-pouvoirs et des espaces de débat ; la criminalisation des voix critiques ; le rétrécissement de l’espace civique ». « Cela marque une dérive autoritaire indéniable », a-t-il insisté. 

L’expert a aussi détaillé les grands axes de son rapport, avec notamment une « hausse des violations des droits humains dans un contexte d´impunité persistante ». Parmi les abus documentés figurent des exécutions sommaires, des disparitions forcées, des violences sexuelles, des arrestations et détentions arbitraires, des exécutions collectives, des frappes de drones ayant causé des morts civiles.

Une femme journaliste malienne dans le studio de Radio Guintan, à Bamako, la capitale du Mali

Une réponse principalement sécuritaire

Les violations et atteintes sont attribuées aux groupes terroristes, mais aussi aux Forces de défense et de sécurité maliennes et à leurs partenaires étrangers, et à certaines milices communautaires.

Dans ce climat de terreur, « les civils sont pris en étau comme l’illustre par exemple l’augmentation du nombre des personnes déplacées internes et d’écoles fermées ».

Or l’expert redoute qu’une « réponse principalement sécuritaire » soit la seule solution apportée à cette crise « multidimensionnelle ». A cet égard, il souligne que le recours accru aux milices communautaires et aux partenaires militaires étrangers connus sous les noms de « Wagner » ou « Africa Corps » accentue les tensions communautaires. Selon lui, cela alimente « la radicalisation et érode la confiance entre l’État et les populations affectées par les violations des droits humains attribuées à ces forces ».

Face à l’insécurité, la tentation de répondre par la seule force est grande. Pour M. Gonzalez, la réponse sécuritaire est indispensable mais pas suffisante. « L’histoire est claire : aucune société ne sort durablement d’une crise profonde par la militarisation seule », a-t-il fait valoir.

Appel à un État ouvert et légitime

Une façon de rappeler que « sans justice, sans transparence, sans équilibre, sans dialogue », toute sortie de crise risque au contraire d’alimenter ce qu’elle cherche à combattre. « L’impunité – quelle qu’en soit l’origine – est un accélérateur de radicalisation. La fermeture politique est un carburant pour les extrémismes », a averti M. Gonzalez.

Pourtant malgré la gravité du constat, le rapport ne conclut pas au fatalisme. L’expert recommande ainsi de restaurer la dynamique démocratique, qui doit aller de pair avec le strict respect des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme.

Pour lui, la sortie de crise exige des mesures concrètes dans un espace civique ouvert, pluraliste et respectueux des droits humains. Car « la sortie durable de crise ne peut être purement militaire. La paix ne se décrète pas. Un État fort n’est pas celui qui réduit au silence. Un État fort est celui qui peut tolérer la critique parce qu’il est légitime. Un État confiant ne craint pas le débat. Il s’en nourrit », a dit M. Gonzalez.

Un homme et ses deux enfants dans un bureau de vote à Bamako lors de l’élection présidentielle du Mali le 29 juillet 2018.

Dissolution des partis politiques

Face à ce sombre tableau décrit par l’expert, Bamako note que la trame de fond dudit rapport repose toujours sur « des allégations infondées, des conclusions dépourvues d’objectivité et des recommandations tendancieuses, sans la moindre proposition de mesures d’assistance technique qui constituent pourtant un axe majeur de son mandat ». 

Le ministre de la justice du Mali a ainsi justifié la dissolution des partis politiques par « un impératif de refondation et d’assainissement du paysage politique ». 

« Le Mali continuera à respecter ses engagements internationaux (…). Il continuera cependant à s’opposer à la politisation et à l’instrumentalisation de cette question, tout en appelant la communauté internationale à l’accompagner dans ses nobles efforts », a conclu le garde des sceaux, Mamoudou Kassogué.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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