Les guerres se multiplient, les prix augmentent et la colère gronde. Pour le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ces crises ne sont pas indépendantes les unes des autres. Depuis le siège de l’organisation à New York, M. Guterres a alerté sur les répercussions économiques et sociales des conflits armés, qui frappent bien au-delà des champs de bataille et aggravent les inégalités du système mondial pour les populations les plus vulnérables.

« Partout, les pressions s’accentuent sur les prix de l’alimentation, des carburants et des autres produits de première nécessité », a-t-il déclaré devant la presse. « Et pour les jeunes, la promesse d’un avenir meilleur s’éloigne toujours davantage ».

Sa mise en garde est intervenue alors que plusieurs pays européens, dont la France, l’Italie et son pays d’origine, le Portugal, connaissent d’importants mouvements de protestation, sur fond de mécontentement économique et social. Mais le phénomène dépasse largement le continent. Dans une grande partie du monde en développement, a souligné M. Guterres, les ménages subissent eux aussi la hausse des prix et le renchérissement du crédit.

Le chef de l’ONU a condamné les violences et les destructions qui ont accompagné certaines manifestations en Europe, estimant que leurs auteurs devaient répondre de leurs actes. Il a toutefois mis en garde contre la tentation de réduire ces mobilisations à leurs débordements. « Nous ne pouvons pas laisser des violences intolérables occulter les revendications légitimes et bien réelles des nombreux manifestants pacifiques », a-t-il insisté.

Derrière ces protestations, il invite à regarder au-delà des frontières nationales, vers les bouleversements qui fragilisent l’économie mondiale.

« Un “El Niño” de la guerre »

Pour décrire cette propagation des crises, M. Guterres a emprunté une image à la climatologie. De même que le phénomène El Niño perturbe les conditions météorologiques à des milliers de kilomètres de son point d’origine, les conflits contemporains produisent des effets en chaîne sur l’ensemble de la planète.

« Nous assistons aujourd’hui à un “El Niño” de la guerre », a-t-il affirmé. « Les conflits alimentent les conflits. Et leurs conséquences se propagent toujours plus loin et plus vite ».

Du Moyen-Orient à l’Ukraine, en passant par le Soudan, les combats détruisent des logements, des hôpitaux, des écoles et des infrastructures énergétiques. Mais leurs conséquences ne s’arrêtent pas aux territoires bombardés. Elles se transmettent par les marchés de l’énergie, les routes maritimes, les chaînes d’approvisionnement et les systèmes financiers.

Les perturbations liées à la guerre entre les États-Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures, peuvent ainsi se répercuter sur les prix du gaz et de l’essence payés par des familles vivant à des milliers de kilomètres. Une guerre éloignée devient alors une difficulté très concrète : se nourrir, se chauffer ou payer ses factures.

Pour autant, les conflits ne suffisent pas à expliquer les difficultés économiques actuelles. Ils frappent des sociétés déjà traversées par de profondes disparités de revenus, de patrimoine et d’accès aux ressources. C’est précisément cette vulnérabilité préexistante que le secrétaire général a voulu mettre en évidence.

Une injustice économique mise à nu

« La guerre ne crée pas toutes ces inégalités. Mais elle les alimente et les exploite, tout en révélant l’injustice fondamentale d’un système économique qui contraint ceux qui possèdent le moins à subir les chocs les plus violents », a dénoncé M. Guterres.

La différence se mesure autant entre les ménages qu’entre les États. Certains peuvent absorber une hausse des prix sans bouleverser leur quotidien. D’autres doivent choisir entre se nourrir et se chauffer. De même, les pays disposant de finances solides peuvent emprunter pour amortir les crises, tandis que les plus endettés sont contraints d’arbitrer entre le remboursement de leurs créanciers et les dépenses de santé ou d’éducation.

À cette fracture économique s’ajoute, selon le Secrétaire général, une concentration croissante des richesses, des possibilités d’ascension sociale et du pouvoir.

Cette lecture donne une dimension internationale aux mouvements de contestation européen. Sans en attribuer toutes les causes aux conflits, M. Guterres souligne combien les chocs extérieurs peuvent exacerber des frustrations déjà présentes, notamment chez les jeunes, confrontés à des perspectives économiques de plus en plus incertaines.

L’urgence, à ses yeux, est donc d’empêcher l’extension des guerres, tout en s’attaquant aux inégalités qui rendent leurs conséquences si dévastatrices. À Gaza, où l’aide humanitaire reste sévèrement entravée, le Programme alimentaire mondial (PAM) a besoin de 450 millions de dollars pour nourrir les populations de l’enclave et de la Cisjordanie pendant six mois. Une somme équivalant, selon lui, à environ 90 minutes de dépenses militaires mondiales.

La comparaison résume le paradoxe qu’il entend dénoncer : les ressources consacrées aux conflits continuent de croître, tandis que les moyens nécessaires pour en atténuer les conséquences humanitaires font défaut. Et les populations qui disposent du moins de protections en subissent les effets les plus durables.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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