Son témoignage, relayé lundi par le chef de l’agence onusienne spécialisée dans les projets de reconstruction (UNOPS), Jorge Moreira da Silva, résume l’état d’un pays sur le point d’entrer dans sa cinquième année de guerre totale.

« Les populations et les institutions sont au-delà de l’épuisement », constate-t-il dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux. « Les familles sont exténuées, vivant dans l’incertitude et la peur ».

À la veille du quatrième anniversaire de l’invasion russe à grande échelle – et près de douze ans après l’annexion illégale par Moscou de territoires ukrainiens – l’Ukraine continue de fonctionner. Mais derrière la résilience affichée, le coût humain, économique et social ne cesse de s’alourdir.

« Cette guerre dévastatrice est une tache sur notre conscience collective et demeure une menace pour la paix et la sécurité régionales et internationales », a déclaré lundi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, condamnant l’agression russe, en violation du droit international. « Les civils en supportent le poids, et 2025 a été l’année la plus meurtrière pour eux en Ukraine. C’est tout simplement inacceptable ».

Une reconstruction aux dimensions inédites

La dernière évaluation conjointe de la Banque mondiale, de l’Union européenne, des Nations Unies et du gouvernement ukrainien chiffre désormais à 588 milliards de dollars le coût de la reconstruction et du redressement du pays sur la prochaine décennie – près de trois fois le produit intérieur brut annuel de l’Ukraine.

Selon l’étude, publiée lundi, les dommages directs avoisinent les 200 milliards de dollars. Logements, infrastructures énergétiques et réseaux de transport concentrent l’essentiel des destructions. Environ 14 % du parc immobilier a été endommagé ou détruit, affectant plus de trois millions de foyers. Les pertes économiques cumulées dépassent, elles, 660 milliards de dollars, reflet d’une économie contrainte de fonctionner sous les frappes, les coupures d’électricité et l’incertitude permanente.

L’hiver 2025-2026, marqué par des températures descendant régulièrement sous la barre des –20 °C, a aggravé la situation. Les attaques répétées contre les infrastructures énergétiques ont laissé des millions d’Ukrainiens sans chauffage fiable, obligeant nombre d’entre eux à se tourner vers des centres d’aide pour se réchauffer ou accéder à l’électricité.

Un système de santé sous pression croissante

La guerre ne détruit pas seulement des infrastructures : elle fragilise durablement l’état de santé de la population. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé au moins 2 881 attaques contre des établissements, personnels ou convois médicaux depuis le 24 février 2022, dont une hausse d’environ 20 % en 2025 par rapport à l’année précédente.

« Après quatre ans de guerre, les besoins en santé augmentent, mais beaucoup de personnes ne peuvent pas obtenir les soins dont elles ont besoin, en partie parce que les hôpitaux et cliniques sont régulièrement attaqués », souligne lundi le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué de presse. « Au final, le meilleur médicament, c’est la paix ».

Ces attaques s’ajoutent aux effets indirects du conflit. La destruction d’infrastructures énergétiques perturbe les hôpitaux, complique l’accès aux médicaments et dégrade la convalescence des patients, souvent renvoyés dans des logements sans chauffage ni électricité. Dans les zones proches du front, près de six personnes sur dix jugent désormais leur santé mauvaise ou très mauvaise, selon une enquête de l’OMS.

Les troubles psychiques progressent également : anxiété, dépression et traumatismes liés à la guerre sont devenus massifs, tandis que l’accès aux soins reste inégal, faute de sécurité, de personnel ou de moyens.

Une Ukrainienne et sa fille à Kiev, alors que les pompiers tentent d’éteindre un incendie dans un bâtiment industriel lourdement endommagé par une attaque russe.

Une société sous tension permanente

« Les populations et les institutions sont au-delà de l’épuisement. Les familles sont exténuées, vivant dans l’incertitude et la peur », constate Jorge Moreira da Silva, de l’UNOPS. Selon lui, l’intensification des frappes depuis le début de 2026 perturbe gravement l’accès à des services essentiels – électricité, eau, chauffage – y compris loin des lignes de front.

Cette fatigue diffuse traverse toute la société ukrainienne. La guerre s’inscrit désormais dans la routine, faite de coupures d’électricité planifiées, scolarité perturbée, déplacements forcés, anxiété chronique.

Les enfants sont en premières victimes de cette usure prolongée. Dimanche encore, l’UNICEF Ukraine évoquait des « informations bouleversantes » : un adolescent de 17 ans tué dans la région de Soumy et quatre enfants blessés à Kiev lors d’attaques nocturnes. « Le bilan pour les enfants s’alourdit alors que la guerre entre dans sa cinquième année. Mettons fin aux attaques insensées et brutales contre les civils. Protégeons chaque enfant ».

Reconstruire sous les bombes

Malgré la poursuite des hostilités, les efforts de reconstruction ont déjà commencé. Depuis 2022, environ 20 milliards de dollars de besoins ont été couverts par des réparations d’urgence et des programmes de relèvement précoce, notamment dans l’énergie, le logement ou les transports.

Les agences onusiennes participent activement à ces efforts. L’UNOPS indique avoir fourni plus de 45 millions de dollars d’équipements de chauffage l’an dernier, tout en contribuant à réparer des écoles, à remettre en état des logements et à approvisionner les services de santé.

Mais ces initiatives restent largement insuffisantes face à l’ampleur des destructions et à la poursuite des frappes. La reconstruction ukrainienne présente la singularité qu’elle doit s’organiser pendant la guerre elle-même, avec des infrastructures parfois réparées pour être de nouveau détruites quelques semaines plus tard.

« Beaucoup reste à faire pour aider les Ukrainiens à surmonter les destructions massives et les traumatismes, reconstruire leur vie et leurs communautés brisées », souligne Jorge Moreira da Silva, qui appelle à « un cessez-le-feu inconditionnel attendu depuis trop longtemps » afin d’ouvrir la voie à une solution politique.

En attendant, l’Ukraine continue d’avancer dans un équilibre précaire : reconstruire sans paix, vie sans normalité et maintien fonctionnel d’un État constamment attaqué – une endurance remarquable, mais dont le coût humain ne cesse de croître.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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