L’offensive israélo-américaine lancée le 28 février contre Téhéran et son corollaire, la reprise des combats intenses entre Israël et le Hezbollah au Liban, menacent la reconstruction fragile entamée par les autorités de transition à Damas. Mercredi, au Conseil de sécurité de l’ONU, l’envoyé spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, a averti que cette « reprise, lente mais réelle, pourrait être compromise par l’impact d’un conflit régional prolongé ». Le responsable onusien a également souligné l’effet direct de cette escalade sur le territoire syrien, déjà fragilisé par des années de guerre.
En représailles des frappes sur son sol, l’Iran a mené des attaques contre plus d’une douzaine de pays du Golfe et de la région alliés de Washington, dont la Syrie, où des débris de missiles interceptés dans le ciel syrien ont tué des civils. Dans le sillage de l’escalade régionale, Israël a intensifié ses opérations en Syrie, multipliant les frappes aériennes de drones et d’hélicoptères, ainsi que les incursions ponctuelles sur le territoire syrien.
Parallèlement, selon l’ONU, les bombardements de Tel Aviv au Liban ont causé le déplacement de plus de 20 % de la population du pays, dont plus de 140 000 personnes ont franchi la frontière avec la Syrie.
Des personnes déplacées traversent la frontière du Liban vers la Syrie, à Homs.
Une transition menacée
Cette irruption du conflit régional frappe au pire moment. Après une année de transition politique, le gouvernement de transition présidé par Ahmed al-Sharaa tente d’esquisser un nouveau cadre institutionnel, avec des élections locales en cours et la promesse d’une constitution d’ici à 2030. Claudio Cordone a rappelé que les Syriens attendent « à juste titre » la mise en œuvre complète de ce processus politique.
Mais cette dynamique reste fragile, suspendue à ce que l’émissaire de l’ONU a qualifié de « questions clés », comme le statut des Kurdes et la question liée de l’intégration des Forces démocratiques syriennes. La persistance de tensions intercommunautaires locales, notamment dans le Sud du pays, à Souweïda, bastion de la minorité druze qui a été le théâtre d’affrontements sanglants entre milices locales et tribus bédouines l’an dernier, rappelle que la guerre civile n’a pas entièrement livré son dernier acte.
Dans ce paysage incertain, la justice apparaît comme une promesse encore incomplète. La création d’une commission nationale pour la justice transitionnelle marque une tentative de rompre avec l’impunité en Syrie. Mais les attentes sont immenses, à la hauteur des crimes commis. « Les atrocités […] doivent être enquêtées et leurs auteurs tenus responsables », a insisté lors de la réunion du Conseil Yusra Mardini, nageuse olympique et ambassadrice du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, venue porter la voix des Syriens.
Un pays qui revient, sans vraiment rentrer
Depuis fin 2024, près de 1,5 million de réfugiés sont rentrés dans le pays. Mais ils reviennent souvent « non pas dans des maisons reconstruites, mais dans des ruines », décrit Yusra Mardini.
Ce retour, loin de signifier une normalisation, révèle une autre réalité : celle d’un pays incapable d’absorber ceux qui reviennent. Les services publics restent exsangues, l’électricité intermittente, les infrastructures à peine fonctionnelles. Dans certaines régions, plus de 100 000 personnes sont encore déplacées, a précisé devant le Conseil Joyce Msuya, responsable humanitaire de l’ONU.
L’économie, selon elle, peine également à redémarrer. Malgré des signes timides – réouverture de comptes internationaux, frémissements d’investissements –, la Syrie reste étranglée par des restrictions financières persistantes et les effets indirects de la guerre régionale. La hausse des prix du carburant et les perturbations des routes commerciales menacent de briser cette reprise naissante.
Dans ce contexte, l’aide humanitaire demeure indispensable – et insuffisante. Mme Msuya a rappelé que l’appel des Nations Unies n’a été financé qu’à hauteur d’un tiers des 3 milliards de dollars requis en 2025. « Ce serait une erreur tragique de laisser retomber l’élan de soutien », a-t-elle mis en garde.
L’ambassadrice de bonne volonté du HCR Yusra Mardini rencontre des filles syriennes lors d’une visite dans un centre communautaire du camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie.
Une génération suspendue
Au-delà des chiffres, c’est une société entière qui vacille. « La moitié des enfants en Syrie n’a jamais connu un seul jour de paix », rappelle Yusra.
Une génération grandit entre écoles détruites, traumatismes non traités et travail précoce. « Un enfant qui ne peut pas lire aujourd’hui ne pourra pas reconstruire demain », alerte-t-elle.
Dans les camps, dans les villes détruites, dans les zones de retour, la même question revient – ou plutôt ne revient pas. « Êtes-vous heureux ? » demande-t-elle aux Syriens. Le plus souvent, la réponse est le silence. « Le silence […] est un verdict sur ce que le monde a permis ».
Entre fenêtre d’opportunité et risque de rechute
Rarement la Syrie n’aura semblé aussi proche d’un basculement – dans un sens comme dans l’autre. Pour Joyce Msuya, une « véritable opportunité » existe, celle de sortir progressivement d’une crise humanitaire historique et de reconstruire un État fonctionnel.
Mais cette fenêtre se referme à mesure que la guerre s’étend au Moyen-Orient. Plus le conflit actuel dure, plus il détourne l’attention internationale, assèche les financements et fragilise les maigres avancées obtenues.
La Syrie, en somme, n’est plus seulement le théâtre de sa propre tragédie. Elle est devenue un point de friction d’un conflit plus vaste, si ce n’est sa victime collatérale.
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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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