« La situation sur place reste très tendue », a résumé jeudi à New York le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques de l’ONU, Khaled Khiari, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, évoquant des « échanges de tirs et des affrontements » persistants dans le gouvernorat de Hassaké, à l’extrême nord-est du pays. 

Cette portion de territoire entre la Turquie et l’Iraq était administrée de manière autonome par la coalition kurde des Forces démocratiques syriennes, ou FDS, jusqu’à l’avancée spectaculaire des forces gouvernementales dans la zone au mois de janvier. Selon M. Khiari, des clashs ont également eu lieu plus à l’ouest, à Aïn al-Arab – Kobané en kurde –, une ville toujours sous le contrôle des FDS, devenue un symbole de la lutte contre Daesh en 2014-2015 .

Le chaos des dernières semaines a mis en évidence les écueils de la tentative du président al-Sharaa de placer l’ensemble du territoire syrien sous le contrôle de son gouvernement, après environ 14 ans de guerre civile qui ont profondément divisé le pays et provoqué la chute, en décembre 2024, du régime de Bachar al-Assad.

© UNOCHA/Ali Haj Suleiman

De jeunes gens se rassemblent autour d’un stand de nourriture sur fond de dévastation dans la ville d’Alep, en Syrie.

Une intégration imposée, une confiance érodée

Après la prise éclair de positions kurdes par le gouvernement syrien, un accord signé mi-janvier entre le gouvernement et les FDS devait mettre fin aux combats et organiser l’intégration complète du nord-est sous l’autorité centrale. 

Mais sa mise en œuvre patine. Les affrontements ont repris de plus belle et les modalités de mise en œuvre de l’accord restent floues à mesure que les concessions arrachées par les Kurdes au fil des ans – autonomie sécuritaire, contrôle des ressources pétrolières – volent en éclat.

Pour Damas, l’enjeu dépasse le seul nord-est. Le message envoyé aux autres périphéries du pays est limpide : l’heure n’est plus à la négociation prolongée. Une stratégie qui inquiète jusque dans les rangs onusiens, malgré quelques signaux d’ouverture, comme le décret présidentiel reconnaissant les droits linguistiques et culturels des Kurdes, qualifié par M. Khiari « d’initiative encourageante sur laquelle bâtir », à condition qu’elle s’inscrive dans « un processus véritablement inclusif ».

Civils pris en étau, humanitaire sous pression

La recomposition du pouvoir s’est traduite par des déplacements rapides et souvent préventifs. À Raqqa, la plus grande ville administrée par les autorités kurdes, plus de 13 000 personnes ont fui en quelques jours. À Alep, dans le nord-ouest, des dizaines de milliers d’habitants ont quitté leurs quartiers suite à des affrontements entre l’armée et les forces kurdes, avant de commencer, pour la plupart, à rentrer après l’annonce du cessez-le-feu. « Les combats ont coupé des populations de l’eau potable, forcé la fermeture de certains hôpitaux et empêché de nombreux enfants d’aller à l’école », a détaillé Edem Wosornu, du bureau onusien des affaires humanitaires, lors de la même réunion du Conseil.

L’hiver aggrave la situation. Des familles déplacées affrontent le froid dans des abris précaires, tandis que les routes endommagées, les ponts coupés et la présence de munitions non explosées entravent l’acheminement de l’aide. À Al-Hol, un camp du gouvernorat de Hassaké rassemblant des proches des combattants de Daech, le retrait des forces kurdes a suscité de nouvelles inquiétudes sécuritaires, au moment même où des transferts de détenus et des changements de contrôle ont été signalés.

Une transition minée par les marges

Un an après la chute d’al-Assad, près de trois millions de réfugiés et déplacés sont rentrés chez eux. Mais les besoins humanitaires restent massifs alors que les financements s’érodent. 

En 2025, seule une fraction de l’aide requise a été mobilisée, forçant les agences à réduire leur voilure. « Un Syrien sur cinq seulement parvient aujourd’hui à couvrir de manière constante ses besoins alimentaires », a noté Mme Wosornu, appelant à maintenir l’aide d’urgence tout en investissant dans le relèvement pour éviter que les plus vulnérables ne soient laissés pour compte.

L’épreuve de la gouvernance

La Syrie avance ainsi sur une ligne étroite. La centralisation rapide peut offrir une stabilité de façade, mais elle porte en elle le risque d’une gouvernance déconnectée des réalités locales. Sans inclusion politique réelle, sans sécurité durable pour les civils, la reprise en main pourrait produire ses propres foyers d’instabilité.

« Nous devons tout faire pour soutenir le peuple syrien », a plaidé Edem Wosornu, relayant le témoignage d’Hanan, restauratrice à Alep, épuisée par les combats et le froid, qui ne demandait que « la sécurité et la sûreté ». Derrière cette voix, une évidence s’impose : la transition syrienne ne se jouera pas seulement sur des cartes, mais dans la capacité de l’État à se mettre au service des citoyens du pays.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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