La Syrie retrouve peu à peu sa place sur la scène internationale. Les sanctions ont été assouplies, les investisseurs reviennent et les institutions se reconstruisent. Mais pour une grande partie de la population, le changement de régime ne s’est pas encore traduit par un changement de vie. La hausse des prix du carburant, qui a récemment déclenché des manifestations dans plusieurs régions, rappelle la distance entre les promesses de reconstruction et les difficultés quotidiennes.

« Le succès sera finalement mesuré à l’aune des améliorations tangibles dans la vie quotidienne, dont bénéficieront tous les Syriens », a averti lundi Claudio Cordone, Envoyé spécial adjoint de l’ONU pour la Syrie, devant le Conseil de sécurité.

Les récentes augmentations du carburant ont entraîné une hausse moyenne de près d’un tiers des prix alimentaires, selon le responsable onusien. La dépréciation de la monnaie érode davantage le pouvoir d’achat. Les pénuries de médicaments persistent, tandis que des enseignants protestent contre leurs salaires et leurs conditions de travail.

Le contraste est saisissant avec les annonces internationales. L’Union européenne a promis 620 millions d’euros de soutien et la Banque mondiale a approuvé un projet agricole de 175 millions de dollars. L’ONU envisage désormais, avec Damas, l’organisation d’une conférence internationale sur la reconstruction. Reste à transformer ces engagements en résultats.

Le spectre des violences confessionnelles

L’économie n’est pourtant qu’une partie du problème. Les tensions communautaires continuent de menacer la transition engagée après la chute de Bachar Al-Assad, en décembre 2024.

Le 30 septembre, sept personnes ont été tuées dans l’attaque d’un minibus à Homs. Les victimes seraient de la minorité alaouite, une branche de l’islam chiite dont est issu le clan al-Assad, l’ex-dictateur syrien tombé le 8 décembre dernier. Les assaillants auraient interrogé les passagers sur leur appartenance confessionnelle. Trois jours plus tard, des hommes armés ont ouvert le feu dans la localité chrétienne d’Al-Suqaylabiyah, provoquant des manifestations.

Ces incidents illustrent la persistance des fractures héritées de la guerre civile. Ils rappellent aussi la difficulté qu’éprouve le nouveau gouvernement, dirigé par Ahmad Al-Charaa, à garantir la sécurité de toutes les communautés. Pour M. Cordone, les autorités doivent prévenir les représailles, combattre les discours de haine et restaurer la confiance.

Dans la province méridionale de Soueïda, majoritairement druze, l’impasse politique persiste malgré une diminution des violences. Les massacres confessionnels de juillet 2025, qui ont fait plus de 1 700 morts selon une enquête de l’ONU, ont profondément détérioré les relations entre Damas et une partie de la communauté druze.

Plus de 14 000 élèves de la province voient leur avenir scolaire compromis. Les personnes disparues, les détenus et le retour des familles déplacées restent autant de questions irrésolues.

À ces fractures internes s’ajoute la pression israélienne. Selon M. Cordone, les opérations militaires israéliennes se poursuivent quotidiennement dans le sud syrien. Près d’une cinquantaine de personnes seraient toujours détenues par Israël. L’ONU réclame le respect de l’accord de désengagement de 1974 et de la souveraineté syrienne.

Une génération privée d’école

L’autre urgence est moins spectaculaire, mais tout aussi décisive : l’éducation. Hajir Maalim, directeur régional de l’organisation humanitaire Plan International, a décrit devant le Conseil des enfants contraints d’étudier dans des établissements endommagés, parfois assis à même le sol, sous un soleil brûlant.

Selon ses chiffres, 2,7 millions d’enfants syriens restent déscolarisés et près de 8 000 écoles sont inutilisables ou nécessitent une réhabilitation urgente. Le financement international ne suit pas. Seuls 16,5 % des 337 millions de dollars demandés pour l’éducation dans le plan humanitaire ont été réunis.

La reconstruction des bâtiments ne suffira pas. Il faudra former des enseignants, réintégrer les enfants ayant interrompu leur scolarité et lever les obstacles administratifs auxquels se heurtent les familles revenues d’exil.

« L’éducation est un impératif de consolidation de la paix, de protection et de stabilisation », a insisté M. Maalim.

Des progrès institutionnels existent néanmoins. Dans le nord-est, l’intégration progressive des anciennes Forces démocratiques syriennes kurdes aux structures de l’État se poursuit. Le parlement a aboli le tribunal antiterroriste de l’époque al-Assad, tandis qu’une législation sur la justice transitionnelle est en préparation.

Mais Claudio Cordone a également alerté sur de nouvelles règles d’admission universitaire susceptibles de discriminer les étudiants selon leur sexe, leur handicap ou leur affiliation politique.

C’est toute l’ambiguïté du moment syrien. Reconstruire un État ne garantit pas qu’il sera plus juste que celui auquel il succède. La transition devra désormais prouver qu’elle peut assurer à la fois la sécurité, l’égalité des droits et des perspectives économiques à une population épuisée par 14 années de guerre civile.

Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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