Mais derrière les signes de normalisation, la transition avance sur un terrain miné : les questions de représentation politique, de justice, de sécurité et de reconstruction restent loin d’être réglées.
C’est dans ce contexte qu’António Guterres doit effectuer cette semaine sa première visite en Syrie depuis son entrée en fonction à la tête des Nations Unies en 2017. Invité par le gouvernement du président de transition, Ahmed al-Charaa, le Secrétaire général rencontrera les nouvelles autorités à Damas, des représentants de la société civile et plusieurs communautés du pays. Il se rendra également auprès de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD), chargée de surveiller le respect du cessez-le-feu entre la Syrie et Israël sur le plateau du Golan depuis 1974.
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, au siège de l’organisation, à New York.
Cette visite constitue un signal politique fort. Pendant des années, la Syrie a été synonyme d’impasse diplomatique et de guerre sans fin. Aujourd’hui, les Nations Unies considèrent qu’une occasion rare s’est ouverte.
« Comme le soulignera le Secrétaire général lorsqu’il se rendra en Syrie, les Nations Unies restent pleinement engagées à soutenir une transition politique dirigée et portée par les Syriens eux-mêmes », a déclaré mardi Claudio Cordone, l’envoyé spécial adjoint de l’ONU pour la Syrie, lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays.
Une transition qui entre dans sa phase décisive
Les nouvelles autorités cherchent désormais à transformer le renversement du régime en projet d’État.
Début juillet, le président al-Charaa a nommé les sept membres de la nouvelle cour constitutionnelle du pays. Quelques jours plus tard, la nouvelle assemblée du peuple tenait sa première session. Ces institutions doivent préparer deux échéances majeures : l’élaboration d’une constitution permanente et l’organisation d’élections à l’issue de la période de transition.
Mais l’édifice demeure fragile. La nouvelle assemblée rassemble des représentants de sensibilités diverses – chefs tribaux, entrepreneurs, anciens opposants ou survivants des geôles du régime déchu –, sans pour autant dissiper toutes les inquiétudes. Les femmes n’occupent qu’un peu plus de 10 % des sièges et plusieurs communautés continuent de s’interroger sur leur place réelle dans les nouvelles structures de pouvoir.
Pour l’ONU, la stabilité du pays dépendra largement de la capacité des autorités à convaincre chaque composante de la société qu’elle a sa place dans la Syrie de demain.
« Répondre efficacement aux questions d’inclusion, de participation et de représentation restera essentiel pour la paix sociale et la stabilité en Syrie », a averti M. Cordone.
La question de la justice est tout aussi sensible. Des procès visant d’anciens responsables du régime sont en cours et plusieurs ex-dirigeants ont récemment été arrêtés. Mais le haut responsable estime qu’une véritable réconciliation nécessitera davantage que des poursuites judiciaires. Le pays doit encore définir un cadre de justice transitionnelle capable d’établir la vérité sur les crimes commis pendant le conflit, d’indemniser les victimes et de réformer des institutions longtemps associées à la répression.
Des écoliers passent entre des bâtiments détruits à Maarat al-Numaan, dans le nord-ouest syrien.
Des foyers d’instabilité persistent
Si la guerre civile appartient en grande partie au passé, la paix reste inachevée.
Dans le nord-est syrien, les discussions entre Damas et les autorités kurdes progressent lentement. L’intégration administrative et sécuritaire se poursuit, mais plusieurs dossiers explosifs demeurent ouverts, notamment la gestion des ressources naturelles et le partage du pouvoir.
Dans le Sud, la situation reste plus préoccupante encore. À Souweïda, un an après les violences qui avaient secoué la région entre des combattants de la minorité druze et des tribus bédouines, les enlèvements, affrontements locaux et trafics continuent d’alimenter l’instabilité.
L’ONU s’inquiète également de la poursuite des opérations israéliennes dans le sud syrien. Selon Claudio Cordone, incursions terrestres, bombardements et survols de drones se poursuivent au-delà de la ligne de cessez-le-feu de 1974.
Ces activités « violent la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie », a-t-il dénoncé.
Cette question figure d’ailleurs au cœur de la visite de M. Guterres. Le communiqué annonçant son déplacement souligne explicitement l’importance du respect de la « souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale » du pays, signe de l’inquiétude persistante des Nations Unies face aux tensions régionales.
Le défi de la reconstruction
La réussite de la transition se jouera aussi dans l’amélioration du quotidien des Syriens.
Depuis décembre 2024, environ 1,7 million de réfugiés et 1,9 million de déplacés internes sont rentrés dans leurs régions d’origine. Un mouvement spectaculaire après des années d’exode, mais qui n’est pas une fin en soi.
« Les retours ne sont pas la ligne d’arrivée : ils sont le point de départ », a rappelé devant le Conseil de sécurité Edem Wosornu, responsable des opérations de crise de l’ONU. « Chaque famille qui revient a besoin de sécurité, de services et d’une raison de rester ».
Plus de 15 millions de Syriens ont encore besoin d’une aide humanitaire. Dans de nombreuses régions, les logements sont détruits, les infrastructures restent dégradées et les services publics peinent à fonctionner. Le chômage, la pauvreté et l’effondrement du pouvoir d’achat continuent de peser sur la vie quotidienne.
Alors que la France, l’Iraq, le Liban et d’autres partenaires multiplient les initiatives économiques et que Washington a retiré la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme, l’ONU voit émerger les premiers signes d’un redressement.
Mais pour les Nations Unies, le succès de la transition ne se mesurera pas au nombre d’accords signés ni aux nouvelles institutions créées. Il se jugera à une question plus simple : les Syriens pourront-ils enfin reconstruire leur vie dans le pays qu’ils retrouvent ?
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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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