Samedi 17 octobre, neuf enfants soudanais âgés de 5 à 10 ans ont été tués dans une attaque contre un camp de déplacés, à l’est de Sanakit, dans le Kordofan occidental. Deux jours plus tard, un drone frappait un quartier résidentiel de Khartoum, tuant trois autres enfants, âgés de 2 à 6 ans, ainsi que leur père.
« Les familles soudanaises font tout leur possible pour protéger leurs enfants, que ce soit en fuyant ou en rentrant chez elles », a souligné mardi dans un communiqué Angela Kearney, représentante de l’UNICEF au Soudan. « Ni l’un ni l’autre ne les protège ».
Ces douze morts ne représentent qu’une fraction des victimes d’une vague de frappes de drones qui frappe le pays depuis plusieurs jours, sans épargner les marchés, les habitations ou les installations électriques.
Un marché transformé en brasier
L’attaque la plus meurtrière aurait eu lieu lundi dans la région pétrolifère d’Abyei, disputée entre le Soudan et le Soudan du Sud. Selon les autorités locales, au moins 153 personnes ont péri dans une frappe contre le marché d’Amiet, qui a provoqué l’incendie d’un dépôt de carburant. Le bilan pourrait encore s’alourdir, les secours peinant à retrouver les corps parmi les décombres calcinés.
Un responsable local a accusé l’armée du Soudan. Selon la presse, un officier soudanais aurait confirmé qu’une frappe avait visé des camions-citernes supposément destinés aux Forces de soutien rapide (FSR), les paramilitaires en lutte contre l’armée depuis avril 2023. L’officier a contesté le fait que des civils aient été ciblés.
La veille, dans le Kordofan occidental, dans le sud du Soudan, une autre frappe avait touché un marché à Al-Dibab. Selon la presse, au moins 80 personnes auraient péri dans cette attaque, attribuée à l’armée par l’administration locale des FSR.
Les bombardements se sont également poursuivis au Darfour du Sud, dans le sud-ouest du pays. Lundi, un drone a frappé une habitation à Nyala, capitale de cet État contrôlée par les paramilitaires, faisant plusieurs victimes civiles, dont des femmes et des enfants, selon l’ONU.
À Khartoum, la capitale soudanaise reprise par l’armée plus tôt dans la guerre, les FSR sont accusées d’avoir lancé les drones responsables de la mort des trois enfants. Mardi, de nouvelles frappes ont endommagé la principale centrale électrique de Tendalti, dans l’État du Nil Blanc.
« Nous restons alarmés par les attaques incessantes de drones à travers le Soudan, ainsi que par les dommages qu’elles causent aux infrastructures essentielles », a déclaré mardi Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général de l’ONU, dans un point de presse à New York.
Une guerre qui s’étend au-delà du front
Cette intensification des frappes illustre l’évolution d’un conflit longtemps dominé par les combats terrestres. Les drones permettent désormais aux belligérants de frapper loin des lignes de front, y compris dans des villes où les habitants avaient commencé à revenir.
Les deux camps ont considérablement développé leur recours à ces appareils, notamment grâce à des approvisionnements extérieurs. Vendredi, devant le Conseil de sécurité, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires politiques, Rosemary DiCarlo, avait exhorté les acteurs étrangers à cesser d’alimenter les violences et l’utilisation des drones.
Cette escalade intervient alors que le pays traverse l’une des pires crises humanitaires mondiales. Environ 20 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, tandis que le risque de famine s’aggrave au Darfour et au Kordofan.
Les travailleurs humanitaires ne sont pas davantage épargnés. Depuis le début du conflit, 25 volontaires du Croissant-Rouge soudanais auraient été tués dans l’exercice de leurs fonctions. La semaine dernière, l’un d’eux a péri alors qu’il prodiguait les premiers secours dans un centre de santé de l’État du Nil Bleu, frappé par un drone.
Malgré l’ampleur des besoins, le plan de réponse humanitaire pour le Soudan n’est financé qu’à un peu plus de 43 %.
À Genève, l’envoyé personnel du Secrétaire général pour le Soudan, Pekka Haavisto, doit co-présider mercredi une nouvelle réunion du groupe consultatif international consacré au conflit. Des échanges avec les principaux partenaires régionaux et internationaux sont également prévus.
Mais alors que les initiatives diplomatiques peinent à déboucher sur une cessation des hostilités, les drones continuent de réduire la distance entre le front et les civils.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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