Au Soudan, la famine déclarée depuis août 2024 menace de gagner de nouveaux territoires. Après trois ans et demi de guerre entre l’armée soudanaise et les rebelles des Forces de soutien rapide (FSR), les combats ne se contentent plus de priver les populations de nourriture. Ils détruisent les moyens permettant de la produire. Et alors que les récoltes s’annoncent désastreuses, une sécheresse exceptionnelle vient aggraver une crise alimentaire déjà catastrophique.

Dans une alerte publiée lundi, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), organisme international de référence basé à Rome, prévient que le risque de famine s’étend dans plusieurs régions du Darfour et du Kordofan, dans l’ouest et le centre du pays. Les nouvelles données révèlent une détérioration rapide de la situation nutritionnelle, tandis que les opérations humanitaires peinent à suivre l’ampleur des besoins.

Les chiffres témoignent de la gravité de la crise. Dans deux camps de déplacés de l’État du Darfour-Sud, des enquêtes réalisées entre août et septembre ont relevé des taux de malnutrition aiguë de 38 % et 30,8 % chez les enfants de moins de 5 ans, bien au-delà du seuil de 20 % retenu parmi les critères de classification de la famine. Près d’un quart des ménages interrogés déclarent souffrir d’une faim sévère, tandis que la mortalité atteint des niveaux alarmants.

À Nyala, capitale du Darfour-Sud, la proportion d’enfants admis dans les services nutritionnels pour malnutrition aiguë sévère a plus que doublé entre janvier et août, passant de 5,2 % à 11,4 %. Dans la localité de Kas, elle a quadruplé en six mois.

Une catastrophe qui dépasse la seule guerre

Cette dégradation intervient alors que le Soudan traverse l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Depuis avril 2023, l’armée régulière et les paramilitaires des FSR se disputent le contrôle du pays. Le conflit a provoqué des déplacements massifs, désorganisé les marchés et ravagé les infrastructures indispensables à la survie des civils.

Selon la précédente analyse de l’IPC, publiée en mai, près de 19,5 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population, étaient confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, 135 000 subissaient déjà des conditions alimentaires catastrophiques.

Mais un nouveau facteur vient désormais accélérer la crise : El Niño. Le phénomène climatique provoque une sécheresse sévère sur une grande partie du territoire, compromettant les récoltes au moment même où les populations auraient besoin de reconstituer leurs réserves.

Au Darfour-Nord, 64 % des terres cultivées présentent une végétation anormalement faible. Dans plusieurs régions du Darfour-Sud et du Kordofan, cette proportion atteint environ 50 %. Les pluies de septembre sont arrivées trop tard pour sauver les cultures céréalières, et les tentatives de nouvelles semailles ont peu de chances d’aboutir.

Les conséquences dépassent les seules récoltes. La raréfaction des pâturages menace les troupeaux, tandis que la disparition du travail agricole prive les ménages les plus pauvres de leurs revenus. Les prix des céréales risquent ainsi de continuer à grimper, même après la période habituelle des récoltes.

Au Kordofan, devenu l’un des principaux épicentres du conflit, plus de 300 000 personnes ont été déplacées depuis octobre 2025. Les combats ont contraint des communautés agricoles entières à abandonner leurs terres. Certaines ont trouvé refuge à El-Obeid, dont les infrastructures, déjà fragilisées, peinent à absorber cet afflux.

L’aide humanitaire prise au piège

La catastrophe est d’autant plus préoccupante que les secours restent entravés par les hostilités. Au Kordofan-Sud, les villes de Kadugli et Dilling risquent un encerclement complet. Les convois humanitaires sont régulièrement menacés. Les 2 et 3 octobre, deux camions affrétés par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont été touchés lors d’incidents distincts, dont une frappe aérienne ayant tué un chauffeur.

À ces obstacles s’ajoute l’effondrement des financements. Au 8 octobre, le plan de réponse humanitaire pour le Soudan accusait un déficit de 57 %. Les programmes de nutrition n’étaient financés qu’à hauteur de 30 %, ceux consacrés à l’eau et à l’assainissement à 23 %.

Le comité d’examen de la famine de l’IPC livre un constat particulièrement sévère : « Nous assistons à une catastrophe humanitaire, déjà d’une ampleur historique », qui semble, selon lui, suivre « le pire scénario possible » à l’approche de la saison sèche.

Les experts insistent surtout sur la responsabilité des acteurs du conflit. La destruction des systèmes de santé, l’entrave aux échanges commerciaux et les restrictions imposées aux déplacements ont progressivement privé des communautés entières de leurs moyens de survie.

Pour inverser cette trajectoire, avertissent-ils, l’aide alimentaire ne suffira pas. Une pression diplomatique sur les belligérants et leurs soutiens extérieurs est indispensable.

L’IPC ne prononce pas, à ce stade, de nouvelle classification officielle de famine, faute de données suffisantes. Mais son avertissement est sans ambiguïté : sans accès humanitaire et sans financement immédiat, la faim, la malnutrition et la mortalité continueront de progresser. Au Soudan, l’absence de déclaration formelle ne signifie nullement l’absence de catastrophe.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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