Selon l’agence onusienne, le risque d’embrasement du conflit pourrait contraindre une part significative des deux millions d’habitants de l’État à fuir pour survivre. Près de 60 % de la population serait déjà exposée à une insécurité alimentaire critique à l’approche de la prochaine saison de soudure, période où les réserves des ménages s’épuisent avant les nouvelles récoltes et où la faim atteint son paroxysme.

« Cette escalade militaire n’aurait pas pu survenir à un pire moment », a déclaré Adham Effendi, représentant par intérim du PAM au Soudan du Sud, soulignant que « la fenêtre d’opportunité pour venir en aide aux plus vulnérables se referme rapidement ».

Le Programme alimentaire mondial (PAM) distribue de la nourriture dans la zone administrative du Grand Pibor, dans la partie orientale du Soudan du Sud (Archives).

Comprendre la crise actuelle

Depuis mars 2025, l’armée sud-soudanaise, fidèle au président Salva Kiir, mène une offensive d’envergure contre les forces du Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition, dirigées par son rival Riek Machar. Dans plusieurs régions du pays, les bombardements aériens, les villages incendiés, les hôpitaux et les écoles détruits ravivent le souvenir des heures les plus sombres de la guerre civile.

La rivalité entre M. Kiir, issu de la communauté dinka, et M. Machar, de la communauté nuer, est au cœur des fractures historiques de la plus jeune nation du monde, qui a sombré dans une guerre civile à forte dimension ethnique en 2013, deux ans à peine après son indépendance. L’accord de paix signé en 2018 avait instauré un fragile partage du pouvoir ; la reprise récente des combats en souligne aujourd’hui la précarité.

Pour Anita Kiki Gbeho, représentante spéciale adjointe de l’ONU au Soudan du Sud, le Jonglei est devenu un épicentre du conflit, où s’affrontent directement les principales parties signataires de l’accord de paix. « Alors que les combats opposent des forces armées, les civils sont pris entre deux feux, perdant leurs vies et leurs maisons », a-t-elle déclaré vendredi par visioconférence, lors du point de presse quotidien de l’ONU, New York. 

Anita Kiki Gbeho, représentante spéciale adjointe de l’ONU au Soudan du Sud, lors d’une réunion du Conseil de sécurité (photo d’archive).

Elle a indiqué que jusqu’à 260 000 personnes auraient été déplacées dans cette État au cours du mois écoulé.

Nénuphars, pêche et cinq heures de pagaie

À mesure que l’accès humanitaire se complique, la question de la survie des communautés isolées devient plus pressante. Comment tenir lorsque l’aide n’arrive pas ? La réponse, recueillie sur le terrain, est brutale dans sa simplicité.

« Lorsque j’étais sur place, j’ai posé exactement la même question à ces personnes, à ces communautés : comment survivent-elles lorsque nous ne pouvons pas les atteindre à temps ? Et elles m’ont répondu : “Nous survivons grâce aux nénuphars. Ce n’est pas facile, mais c’est ainsi” », raconte Adham Effendi, du PAM.

Dans le Jonglei, se nourrir signifie parfois cueillir des fruits sauvages ou tenter de pêcher dans des zones instables. D’autres jours, il faut pagayer pendant cinq heures pour atteindre un endroit jugé plus sûr. Depuis Bor, chef-lieu de l’État, le responsable humanitaire décrit « des réalités du terrain » où chaque journée devient une lutte, et chaque ressource, aussi maigre soit-elle, une question de survie.

L’aide freinée par des blocages administratifs

Face à l’urgence, le PAM plaide pour une anticipation des distributions dès février, avant que les pluies et l’insécurité ne rendent certaines zones totalement inaccessibles. « Avant la saison de soudure, qui s’étend d’avril à juillet, l’aide doit atteindre les zones isolées, sous peine de laisser les populations vulnérables sans secours », prévient l’agence.

Mais ces préparatifs se heurtent à un verrou politique : les autorités n’ont toujours pas autorisé le PAM et le Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS) à coordonner les convois terrestres et les vols humanitaires indispensables. « Les restrictions aériennes, routières et fluviales empêchent les évacuations médicales et perturbent l’acheminement des fournitures vitales », a alerté Anita Kiki Gbeho, précisant que les entraves à l’accès humanitaire ont augmenté de 32 % en 2025.

Des installations humanitaires ont été pillées ou endommagées, au moins sept dans le Jonglei, des équipements confisqués et des travailleurs humanitaires intimidés. « Ces actes ont un impact intolérable sur des populations en situation de détresse extrême », a-t-elle dénoncé.

Pour Adham Effendi, il est impératif de s’attaquer le plus vite possible à ces restrictions afin de garantir que l’aide humanitaire puisse être acheminée efficacement et sans délai. « Des centaines de milliers de vies en dépendent », a-t-il insisté.

En 2026, le PAM prévoit d’apporter une assistance à 3,3 millions de personnes parmi les plus vulnérables du pays, à travers des distributions alimentaires d’urgence, un soutien nutritionnel, des repas scolaires, des programmes de résilience et des aides en espèces.

Guterres inquiet d’une spirale incontrôlable

Cet appel s’inscrit dans un contexte de violences en nette intensification, bien au-delà du seul Jonglei : sept des 10 États du pays sont aujourd’hui touchés par des affrontements, selon les Nations Unies. 

À cette insécurité s’ajoute une urgence sanitaire, avec une flambée de choléra : 125 cas recensés dans le Jonglei au cours du mois, sur 479 à l’échelle nationale. Depuis septembre 2024, l’épidémie a fait 1 607 morts pour près de 98 000 cas, les centres de traitement étant « débordés et gravement en manque de fournitures », selon Anita Kiki Gbeho.

De son côté, António Guterres s’est « alarmé de la rhétorique incendiaire visant des communautés spécifiques et par l’annonce d’une intensification des opérations militaires, qui ne feront qu’aggraver la situation des populations civiles déjà vulnérables », a indiqué jeudi son porte-parole, Stéphane Dujarric.

Le chef de l’ONU s’inquiète également de l’impact de cette escalade sur une situation humanitaire déjà exsangue. Dès les premières semaines de 2026, les autorités sud-soudanaises ont signalé le déplacement de 250 000 civils supplémentaires, illustrant une dynamique de violence que ni l’aide humanitaire, ni les mécanismes politiques ne parviennent pour l’instant à enrayer.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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