Dans cette ville du Kordofan du Nord, l’accès à l’eau est devenu un piège mortel. L’agence ONU Femmes dénonce une double terreur qui transforme un besoin vital en parcours de survie et rappelle les exactions déjà documentées à El Fasher, au Darfour, en 2024.

Les témoignages recueillis par l’agence onusienne décrivent une mécanique implacable. Les bombardements rendent les points d’eau trop dangereux pendant la journée. À la tombée de la nuit, femmes et jeunes filles tentent leur chance, convaincues que l’obscurité les protégera des frappes aériennes. Elles y trouvent une autre menace : harcèlement, agressions sexuelles, viols.

S’exprimant depuis Nairobi lors d’une conférence de presse organisée par l’ONU à Genève, Anna Mutavati, directrice régionale d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, a alerté sur une situation.

Un droit fondamental devenu inaccessible

« Tout cela alors qu’elles tentaient d’accéder à l’eau, l’un des besoins les plus fondamentaux de la vie et un droit humain », a déploré Mme Mutavati.

Au-delà des violences, elle a également souligné l’effondrement de l’accès à la nourriture, aux soins de santé et aux services essentiels, en particulier dans les sites accueillant des personnes déplacées.

L’urgence est d’autant plus grande que la saison des pluies devrait atteindre son pic le mois prochain. L’accès à l’eau potable demeure crucial pour prévenir les maladies hydriques, alors que le choléra progresse déjà dans le pays. Début juillet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 1 330 cas de la maladie.

Mais la question de l’eau n’est qu’un symptôme d’une crise plus profonde. Pour des millions de Soudanaises, survivre au conflit signifie aussi échapper aux violences sexuelles qui l’accompagnent.

Déclenchée en avril 2023 par la lutte pour le pouvoir entre l’armée soudanaise du général Abdel Fattah al-Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », la guerre a plongé le Soudan dans ce que l’ONU décrit comme l’une des pires crises humanitaires au monde. Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, plus de 14 millions ont été contraintes de fuir leur foyer et des régions entières ont sombré dans la faim, les épidémies et l’effondrement des services essentiels.

Une guerre menée aussi contre les femmes

Au fil des trois années de guerre, les violences sexuelles se sont imposées comme l’une des marques les plus brutales du conflit.

Selon ONU Femmes, le nombre de femmes et de filles ayant besoin de services liés aux violences sexistes a quadruplé depuis le début des combats, atteignant désormais 12,7 millions de personnes.

Dans le même temps, les structures censées leur venir en aide disparaissent. Les deux tiers des organisations de femmes interrogées par l’agence affirment que les espaces sécurisés et les services d’assistance aux survivantes ont fermé ou fortement réduit leurs activités.

Plus inquiétant encore, la moitié de ces organisations estiment qu’elles devront suspendre leurs opérations ou fermer définitivement dans l’année à venir faute de financements.

« Leurs services ont été gravement affectés par les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire », a averti Mme Mutavati.

Face à une crise qui conjugue guerre, violences sexuelles et effondrement des services essentiels, ONU Femmes appelle à renforcer sans délai la protection des femmes et des filles. L’agence réclame également un cessez-le-feu immédiat afin d’ouvrir la voie à des négociations de paix inclusives.

Elle demande enfin un soutien financier accru aux organisations dirigées par des femmes, souvent devenues, dans de vastes régions du Soudan, le dernier filet de protection pour les survivantes et les populations les plus vulnérables.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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