L’OMS estime désormais que le risque de propagation du virus est « très élevé » en RDC, où des cas ont été recensés dans six provinces. Il est jugé « élevé » en Ouganda et dans d’autres pays voisins, et « faible » dans le reste de l’Afrique et à l’échelle mondiale.
Selon le dernier bilan communiqué par l’agence, l’épidémie a fait 4.945 cas confirmés et 2.325 décès. Elle est ainsi déjà la plus importante jamais enregistrée en RDC et la deuxième au niveau mondial, derrière l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui avait fait quelque 11.000 morts sur près de 28.000 cas.
Une propagation à une vitesse sans précédent
À l’ouverture de la réunion du Comité d’urgence, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a alerté sur le risque élevé d’une propagation nationale et internationale du virus.
Selon l’OMS, cette flambée, déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée, progresse à une vitesse « sans précédent ». L’insécurité, les déplacements de population et l’intensité des mouvements le long des routes, des cours d’eau et des zones minières compliquent encore davantage la riposte.
« L’épidémie est loin d’être maîtrisée », a insisté le Dr Tedros, estimant qu’elle « a pris une longueur d’avance considérable » sur les équipes engagées dans la lutte.
Une équipe prise pour cible
À ces difficultés sanitaires s’ajoutent désormais de sérieux obstacles sécuritaires. À Kandoy, dans le territoire d’Aru, un chauffeur d’ambulance a été blessé et trois véhicules ont été vandalisés lors d’une attaque visant une équipe de riposte.
Selon Julien Harneis, coordinateur principal de l’ONU pour Ebola, cette attaque, perpétrée lundi dans le nord de l’Ituri par un groupe de motards, est « inacceptable ». Il appelle au respect du droit international humanitaire et rappelle que les civils, le personnel de santé et les travailleurs humanitaires ne doivent pas être pris pour cible.
L’OMS souligne que les incidents de ce type restent fréquents. « Presque tous les jours, vous savez, nous sommes confrontés à une sorte de réaction de la part des communautés », a déploré Thierno Baldé, responsable de la gestion de l’épidémie à l’OMS.
Les Nations Unies appellent donc les autorités locales, les leaders communautaires, les associations de motards et la population de l’Ituri à soutenir les équipes de riposte, à rejeter la violence et à coopérer avec les mesures de santé publique.
Les motards au cœur de la mobilisation
Dans cette lutte contre le virus Ebola de type Bundibugyo, l’OMS mise notamment sur une vaste campagne de mobilisation communautaire ciblant les associations de motards, qui jouent un rôle essentiel dans le transport des patients et des dépouilles.
S’exprimant depuis Bunia, épicentre de l’épidémie, le Dr Baldé a expliqué que les motards comptent parmi les catégories les plus exposées en raison de leurs activités de transport. Certains ont eux-mêmes perdu plusieurs membres de leur famille à cause du virus.
« Nous voulions aller plus loin encore, en les transformant en agents de surveillance et d’intervention », a déclaré le responsable de l’OMS.
Les motards constituent en effet un maillon essentiel de la surveillance épidémiologique. Ils doivent « être en mesure de nous signaler chaque fois qu’ils transportent une personne malade », de contacter les équipes de surveillance et de permettre au cas suspect d’être testé.
Cette mobilisation se fait « de manière très respectueuse », a assuré le Dr Baldé, « en les convainquant, en leur expliquant… que c’est pour leur bien, pour celui de leur famille ».
Des progrès dans la gestion des décès
L’OMS a par ailleurs renforcé ses effectifs avec 100 épidémiologistes experts supplémentaires, qui seront déployés dans les zones sanitaires, avec l’appui de plus de 500 agents de santé communautaires chargés de rechercher les contacts, d’identifier les cas et d’encourager les personnes concernées à accepter un suivi.
Les capacités de prise en charge sont également renforcées. Quelque 400 lits ont été ajoutés dans différents établissements au cours des deux dernières semaines.
« La situation est assez difficile, mais les gens travaillent jour et nuit pour tenter de maîtriser l’épidémie et de suivre son rythme de propagation », a déclaré le Dr Baldé.
Il a toutefois insisté sur la nécessité de renforcer les dispositifs d’enterrement sûr et digne, notamment en mobilisant les habitants des villages chargés de ces opérations et en leur fournissant du chlore et des gants pour manipuler les corps en toute sécurité.
Le responsable de l’OMS a cité les localités de Lita et Nizi comme exemples de progrès. « Il y a environ six ou sept semaines », les équipes y étaient « submergées par le nombre de décès au sein de la communauté ».
« Aujourd’hui, nous ne signalons que quelques cas, quelques décès, et ces défunts sont enterrés en toute sécurité et dans la dignité, au moment opportun. »
Ces avancées ne doivent toutefois pas conduire à relâcher les efforts. Face à une épidémie qui menace de gagner les pays voisins, l’OMS appelle à une réponse régionale mieux coordonnée et à un financement durable.
À ce jour, environ 60 % des 115 millions de dollars nécessaires à la riposte contre Ebola ont été mobilisés.
Témoignage : à Kigonze, les survivants redonnent espoir
Des enfants sur le site de déplacés de Kigonze, près de Bunia, en Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) (photo d’archives).
En Ituri, dans l’est de la RDC, les familles déplacées affrontent Ebola après avoir déjà fui les violences. À Kigonze, un centre de transit de huit lits permet d’isoler et de tester rapidement les cas suspects.
Esther, 19 ans, a survécu au virus après avoir perdu sa mère. Aujourd’hui, elle travaille auprès d’enfants malades au centre de traitement. « N’ayez pas peur. Ne restez pas à la maison pour y mourir. Si vous ne vous sentez pas bien, allez à l’hôpital », dit-elle.
Dans une communauté durement éprouvée, les survivants contribuent ainsi à renforcer la confiance et à contenir l’épidémie.
Lire la suite de ce témoignage recueilli par nos collègues du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) ici
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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