« Elles ne viennent pas par leurs propres moyens ou avec le bus ou en taxi, parce que c’est très compliqué pour une femme de se déplacer en ville, surtout pour des jeunes femmes », explique la fondatrice de la radio, Hamida Anan, lors d’un entretien à ONU Info.

Une fois arrivées au studio, ces journalistes tiennent leur conférence de rédaction, préparent les émissions et lancent les programmes en direct.

La radio, soutenue par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), fonctionne grâce à une équipe d’une trentaine de femmes et diffuse dans une grande partie du pays — sauf dans une douzaine de provinces, sur les 34 que compte le pays, où les autorités ont interdit jusqu’à la voix des femmes dans les médias.

« En ce moment, quand on est en Afghanistan et qu’on change de chaîne sur sa télévision ou on change les stations de radio, on n’entend que des voix d’hommes ou on ne voit que des images d’hommes », constate Hamida Anan.

Dans ce paysage sonore dominé par les voix masculines, Radio Begum fait figure d’exception.

« Entendre une voix de femme dans tout cet univers masculin, c’est juste une sorte de petite lumière ou une lueur dans tout un océan de noir ».

Une radio par des femmes pour les femmes

Radio Begum a été lancée en mars 2021, quelques mois seulement avant le retour des Talibans au pouvoir.

Sa fondatrice, Hamida Anan, est née à Kaboul mais a fui la guerre avec sa famille à l’âge de huit ans pour grandir en Suisse, où elle étudie le journalisme. Après la chute du régime taliban en 2001, elle revient dans son pays pour soutenir le développement des médias afghans.

Radio Begum diffuse des programmes sur la santé, le soutien psychologique, la spiritualité, l’entrepreneuriat des femmes et les questions sociales, dont beaucoup sont diffusés en direct.

À ses débuts, la radio diffusait musique, programmes de divertissement et interviews de femmes engagées dans la société, mettant en valeur « les accomplissements des femmes afghanes ces vingt dernières années ».

« Radio Begum, c’est une radio faite par des femmes pour des femmes ».

Mais après la prise de pouvoir des Talibans en août 2021, les médias ont dû rapidement adapter leurs contenus.

« Du jour au lendemain, nous ne pouvons plus diffuser de musique. Du jour au lendemain, nous avons dû réduire les programmes de divertissement ».

Composer avec les nouvelles restrictions

Au fil des mois, les contraintes imposées aux femmes et aux médias se multiplient. Les femmes sont progressivement exclues de nombreux emplois publics et les journalistes doivent travailler dans des conditions strictes : elles ne peuvent interviewer que des femmes et ne peuvent pas se retrouver seules dans un studio avec un homme.

« C’était en permanence des rappels à l’ordre, des menaces », se souvient Hamida Anan.

Pour continuer à émettre, la radio choisit d’éviter toute confrontation politique.« Nous avons pris le parti de ne pas faire de politique. C’est une des raisons pour lesquelles nous pouvons continuer à travailler».

Fin 2024, un décret des autorités talibanes affirme également qu’il est « inconvenant » d’entendre la voix des femmes dans l’espace public, une décision qui conduit plusieurs provinces à interdire la diffusion de voix féminines à la radio et à la télévision.

« Nous sommes une radio au service des femmes, nous ne sommes plus un média ordinaire », explique la fondatrice.

Dans ce contexte, Radio Begum adapte progressivement sa programmation et se tourne très tôt vers l’éducation. «Nous étions pionniers dans l’éducation en utilisant nos ondes. »

Dès l’automne 2021, la radio commence à diffuser des cours, bien avant que l’interdiction d’accès des filles à l’école ne se généralise. Lorsque les établissements ferment ensuite pour les adolescentes, cette mission devient centrale.

« Ils ont fermé les écoles, certes, l’école est interdite, mais pas l’éducation. Donc nous allons apporter l’école à la maison autant que possible».

Aujourd’hui, six heures de cours radiophoniques sont diffusées chaque jour — trois heures en dari et trois heures en pachto — basées sur le programme scolaire afghan.

La station diffuse également des émissions consacrées, entre autres, à la santé, au soutien psychologique, aux conseils médicaux, à la spiritualité, à l’entrepreneuriat féminin et à certaines questions sociales comme la lutte contre les addictions. La plupart sont diffusées en direct et permettent aux auditrices d’appeler pour poser leurs questions.

Une fois arrivées au studio, les journalistes de Radio Begum tiennent leur réunion éditoriale, préparent leurs émissions et font du direct.

Promouvoir les droits des femmes à travers le prisme de l’islam

Pour parler des droits des femmes, Radio Begum emprunte un chemin inattendu : celui des textes religieux.

« On informe les femmes de leurs droits et on utilise pour ça l’islam parce que c’est la seule solution », explique Hamida Anan.

L’émission religieuse de la radio s’appuie sur des versets, des sourates et des hadiths du Coran, expliqués à l’antenne par des femmes théologiennes.

« L’islam est très précis par rapport à la place de la femme dans la société », précise-t-elle, énumérant les règles concernant l’héritage, le divorce, la situation des veuves ou encore l’éducation.

À l’antenne, les animatrices citent directement les textes. « On cite les versets, les sourates… donc ils ne peuvent rien dire. »

Le programme a d’abord été examiné de près par les autorités venues vérifier que les animatrices maîtrisaient bien les textes religieux.

Puis la réaction a surpris la rédaction.

« Ils nous ont dit que c’était leur programme préféré ».

Aujourd’hui, cette émission compte parmi les programmes les plus écoutés de la radio.

« Mon mari se comporte bien mieux »

Chaque émission reçoit de nombreux appels d’auditrices venues de tout le pays.

« Les appels des auditrices sont un très bon baromètre de l’impact de nos programmes ».

Face à la demande, certaines émissions ont même été prolongées, notamment celles consacrées au soutien psychologique.

Une auditrice de la province de Bamiyan a ainsi expliqué avoir appris grâce à une émission ses droits en matière d’héritage et avoir pu les faire valoir auprès de sa famille.

Dans un autre cas, une femme a raconté que l’écoute d’une émission avait changé le comportement de son mari.

« Mon mari a écouté ce programme et depuis il se comporte bien mieux et il est bien plus gentil ».

Ces témoignages, confie Hamida Anan, « nous encouragent et nous mettent un peu de baume au cœur ».

« Une lueur dans un océan de noir »

Malgré ces petites avancées, la réalité reste difficile.

« Être une femme afghane, c’est beaucoup de contraintes et c’est beaucoup de tracas », résume Hamida Anan.

Dans ce contexte, Radio Begum tente d’offrir un rare espace d’expression et d’écoute.

« Nous répondons à des besoins que le gouvernement devrait donner aux femmes. Mais comme ce gouvernement a décidé d’ignorer 50 % de sa population, nous sommes obligées de prendre le relais ».

Dans un pays où les voix des femmes disparaissent peu à peu de la sphère publique, Radio Begum continue d’émettre et de faire vivre un espace où elles peuvent encore se faire entendre.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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