Les Nations Unies peuvent-elles dénoncer les inégalités dans le monde si ces dernières pullulent en son sein ? Mercredi, le Secrétaire général, António Guterres, a posé la question depuis le sière de l’institution qu’il dirige, lors d’une rencontre consacrée à la lutte contre le racisme et à la promotion des droits des femmes.

« L’ONU ne peut défendre de manière crédible l’égalité dans le monde si nous ne la faisons pas respecter à l’intérieur nos propres murs », a déclaré le Secrétaire général devant ses collègues, réunis dans la salle du Conseil économique et social (ECOSOC).

Le constat est d’autant plus embarrassant que l’organisation a fait de la lutte contre les discriminations l’un des piliers de son action internationale. Or, selon une enquête réalisée en 2020 auprès du personnel du Secrétariat, un employé sur trois déclarait avoir été victime de discrimination raciale.

Un chiffre que M. Guterres a rappelé mercredi, six ans après le meurtre de George Floyd, cet home afro-américain tué par un policier blanc à Minneapolis, dont la mort avait provoqué une vague mondiale de manifestations contre le racisme.

« C’était totalement inacceptable », a-t-il reconnu. L’événement avait contraint l’ONU à examiner ses propres pratiques et à admettre qu’il ne suffisait plus de condamner le racisme. Il fallait devenir « activement antiraciste ».

Une question de pouvoir

Depuis, l’organisation a créé un groupe de travail chargé de lutter contre le racisme et de promouvoir la dignité de tous. Des formations obligatoires ont été instaurées, des dialogues ont mobilisé des dizaines de milliers d’employés et une collecte volontaire de données raciales a été engagée.

Mais ces initiatives n’ont pas fait disparaître les déséquilibres internes. Si la diversité du personnel constitue, selon M. Guterres, l’une des grandes forces de l’ONU, elle ne se retrouve pas nécessairement à tous les échelons de sa hiérarchie.

« L’inégalité entre les sexes est une question de pouvoir. Le racisme est une question de pouvoir », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Et le pouvoir n’est jamais donné, il se prend ».

Derrière cette formule, une critique des mécanismes institutionnels qui déterminent quels employés sont écoutés, lesquels accèdent aux responsabilités et lesquels restent cantonnés à des positions subalternes.

Pour le Secrétaire général, il ne suffit donc pas de promouvoir la diversité dans les effectifs. Encore faut-il examiner qui détient l’autorité, quelles compétences sont reconnues et quels obstacles, parfois invisibles pour ceux qui n’y sont pas confrontés, freinent les carrières.

La parité ne suffit pas

Sur le front de l’égalité entre les femmes et les hommes, le bilan est plus encourageant. L’ONU a atteint la parité dans les postes de direction, dans l’ensemble de ses sièges et parmi son personnel de la catégorie des administrateurs, a affirmé M. Guterres.

« Nous y sommes parvenus non pas en abaissant les exigences, mais en multipliant les possibilités », a-t-il souligné.

Une avancée historique qui ne doit toutefois pas masquer les inégalités persistantes. « La parité n’est pas la ligne d’arrivée », a prévenu le chef de l’ONU. Les femmes doivent encore pouvoir peser sur les décisions, progresser dans leur carrière et travailler à l’abri des violences et du harcèlement.

Autrement dit, compter autant de femmes que d’hommes ne garantit pas que le pouvoir soit équitablement réparti. Une distinction particulièrement importante dans une institution où les nominations, les promotions et les affectations déterminent l’accès aux responsabilités.

Des acquis menacés par l’austérité

Ces ambitions se heurtent désormais à la réalité de la crise financière traversée par l’ONU. Confrontée aux retards de paiement de plusieurs États membres, l’organisation a engagé une restructuration majeure. Son initiative de réforme ONU80 prévoit notamment une réduction de 21 % des postes au Secrétariat en 2026.

Dans ce contexte, M. Guterres redoute que les efforts de rationalisation ne compromettent les progrès accomplis. Il a appelé à protéger les acquis en matière d’égalité entre les sexes, à maintenir la lutte contre le racisme parmi les priorités et à garantir des décisions de recrutement et de promotion transparentes et exemptes de préjugés.

La question dépasse la seule gestion du personnel. Pour le Secrétaire général, la crédibilité de l’action internationale de l’ONU dépend aussi de sa capacité à appliquer les principes qu’elle défend.

« Nous devons résister au recul des droits, en commençant chez nous », a-t-il conclu.

Un appel qui résume le paradoxe auquel se trouve confrontée l’organisation : promouvoir partout l’égalité, tout en reconnaissant qu’elle reste, au sein même de l’institution, un chantier inachevé.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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