Lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, l’IA s’est révélée un sujet à la fois fédérateur et clivant. Les dirigeants s’accordent largement sur son potentiel — pour la médecine, la science, l’économie ou les services publics — mais divergent sur les risques, le niveau de réglementation nécessaire et la manière d’éviter que la révolution technologique ne creuse davantage les fractures entre pays.

ONU Info a examiné plusieurs interventions prononcées lors du débat général afin de dégager les principales lignes de fracture et les opportunités mises en avant par les États.

Comme l’a résumé le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres : « L’IA change véritablement la donne, avec un potentiel immense pour faire progresser la médecine, accélérer les découvertes scientifiques, multiplier les opportunités et améliorer les conditions de vie. »

© World Bank
L’IA a favorisé des avancées, notamment l’accélération des diagnostics médicaux.

Innover sans perdre le contrôle

Au cœur des interventions : la recherche d’un équilibre entre l’innovation et les garde-fous nécessaires pour limiter les risques.

Le Président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, a résumé cette tension : « L’IA peut être un puissant accélérateur du progrès humain ; par conséquent, nous ne devons pas freiner l’innovation. »

Il a néanmoins mis en garde contre les pertes d’emplois et l’aggravation de la fracture numérique, appelant à mettre en place des garde-fous fondés sur la science plutôt que sur la peur.

La Suisse a défendu une approche similaire, estimant que la réglementation devait contribuer à instaurer la confiance sans empêcher les bénéfices de l’IA. Le Japon a insisté sur la nécessité d’une coopération internationale pour renforcer la sécurité des systèmes d’IA de pointe.

L’Arabie saoudite a mis l’accent sur l’éthique et l’utilisation responsable de la technologie. Singapour a notamment plaidé pour davantage de tests, de mécanismes de confiance et de signalement transfrontalier des incidents, tout en alertant sur les risques liés à l’autonomie croissante des systèmes.

Pour M. Guterres, la question est moins la technologie elle-même que la manière dont elle est gouvernée.

« Le danger n’est pas la technologie. Le danger, c’est une technologie sans responsabilité : des capacités sans contrôle, une prise de décision sans transparence », a-t-il déclaré.

© PNUD/ Karin Schermbrucker
Un technicien entretient des panneaux solaires dans un hôpital de Bulawayo, au Zimbabwe.

Une révolution qui doit profiter aux populations

Derrière les débats sur la réglementation se trouve une question plus concrète : comment l’IA va-t-elle transformer la vie quotidienne ?

Le Royaume-Uni a cité des exemples tels que des diagnostics du cancer plus rapides, une croissance économique stimulée par l’innovation et l’amélioration des services publics.

L’Inde a présenté l’IA comme un outil de transformation à grande échelle.

« Nous considérons l’IA comme un moteur de transformation, pour l’émancipation humaine, la prospérité économique et la résolution des problèmes à l’échelle de la population », a déclaré son représentant.

Mais Londres a également insisté sur les bouleversements à venir.

« Nous savons que l’IA sera aussi une source de bouleversements dans notre façon de vivre et de travailler, et un facteur amplificateur de risques », a-t-il averti.

Pour le Royaume-Uni, les décisions fondamentales concernant cette technologie doivent rester entre les mains des gouvernements élus, au service des populations et des travailleurs.

Cette question renvoie à une préoccupation plus large : l’IA réduira-t-elle les inégalités ou risque-t-elle, au contraire, de les amplifier ?

UN Photo/ Irina Popa
Des diplomates se réunissent à l’ ONU à Genève pour discuter de la gouvernance de l’IA.

Qui fixe les règles ?

Pour de nombreux pays, l’enjeu ne consiste pas seulement à avoir accès à l’IA, mais à participer à la définition de son avenir.

L’Afrique du Sud a notamment insisté sur la nécessité d’associer davantage le continent africain à l’élaboration des règles, en reliant la gouvernance de l’IA à la recherche, à la jeunesse et à la transformation économique.

La Suisse a également souligné qu’une véritable participation ne pouvait se limiter à l’accès aux technologies : elle devait permettre aux pays de contribuer à la gouvernance de l’IA.

L’Inde a, de son côté, placé la souveraineté technologique au cœur de son intervention.

« Nous croyons au droit de chaque nation de façonner son écosystème, en développant ses propres modèles et stratégies de déploiement, conformément à ses objectifs et priorités nationaux », a-t-elle déclaré.

La Chine a appelé à un partage plus large des avancées technologiques, plutôt qu’à leur concentration entre les mains d’un nombre limité de pays ou d’entreprises.

« Nous devons adopter une approche centrée sur l’humain et développer l’IA pour le bien commun, réduire la fracture numérique et promouvoir un développement universellement bénéfique », a-t-elle affirmé.

Singapour a proposé d’aller plus loin, en envisageant une future convention-cadre des Nations Unies et une institution internationale consacrée à l’IA, rassemblant l’ensemble des acteurs et pas uniquement les grandes entreprises technologiques.

L’ONU a déjà engagé ce travail, notamment avec la création d’un Groupe scientifique international indépendant sur l’IA et la mise en place d’un Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA.

Le véritable enjeu : le pouvoir et l’accès

Derrière la gouvernance se dessine une autre fracture : celle de l’accès aux données, à la puissance de calcul, aux infrastructures et aux compétences.

Le Brésil a dénoncé l’influence considérable des géants de la technologie. La France a, elle, souligné le risque de dépendance à l’égard d’États dominants ou d’un nombre restreint d’entreprises privées.

Pour les pays en développement, participer à la révolution de l’IA suppose donc de pouvoir accéder à la puissance de calcul, au savoir-faire technique et aux infrastructures nécessaires, mais aussi de prendre part à l’élaboration des normes.

La Chine a associé cette demande à la lutte contre la fracture numérique ; l’Afrique du Sud à une participation accrue à la recherche et à la gouvernance ; l’Arabie saoudite au renforcement des capacités ; et la Suisse au développement des compétences et des infrastructures.

L’avenir de l’IA pourrait ainsi dépendre autant de la capacité des pays à accéder à la technologie que de leur capacité à la réglementer.

© Adobe Stock/Zhou Yan
Les centres de données sont le moteur de la révolution de l’IA.

Contrôle humain

Les enjeux de sécurité ont également occupé une place importante dans les interventions.

La France a mis en avant les risques liés à la défense, à la cybersécurité et au secteur spatial. Le Japon a attiré l’attention sur l’intégrité de l’information et sur l’émergence de systèmes toujours plus puissants. La Türkiye a appelé à un cadre juridique international, tandis que l’Ukraine a souligné que le développement des capacités de l’IA rendait d’autant plus urgente la recherche de la paix.

Singapour s’est également inquiété du développement des armes autonomes et du risque d’une perte de contrôle humain.

Jusqu’où doit aller la gouvernance mondiale ?

Si le principe d’une coopération internationale recueille un large soutien, les gouvernements divergent encore sur sa forme et son degré de contrainte.

La Russie a soutenu l’élaboration, sous l’égide de l’ONU, de règles à vocation universelle. La Türkiye a plaidé pour une convention des Nations Unies sur l’IA. Le Royaume-Uni a appelé à définir des principes et des normes à l’échelle mondiale, estimant que l’IA constituerait un dossier majeur durant sa présidence du G20.

M. Guterres a avancé plusieurs propositions concrètes, notamment des garde-fous renforcés, une supervision indépendante et une nouvelle architecture internationale de gestion des risques.

« Mais comme cela nous concerne tous, une coordination mondiale est indispensable », a-t-il déclaré devant l’Assemblée générale.

Tous les gouvernements ne partagent toutefois pas la même approche de la réglementation. Les États-Unis ont notamment présenté la primauté dans le domaine de l’IA comme un enjeu stratégique et économique.

Le Président Donald Trump a défendu une approche privilégiant le développement de la technologie : « Je ne vais pas freiner la croissance de quelque chose qui sera plus important que la révolution industrielle. Beaucoup disent que ce sera plus important que la révolution industrielle ou même qu’Internet. »

Au fil des interventions, une ligne de fond se dessine : le débat sur l’IA ne porte plus seulement sur ce que les machines seront capables de faire. Il porte aussi sur qui aura le pouvoir de décider de ce qu’elles feront, selon quelles règles et au bénéfice de qui.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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