Cette nouvelle exode s’inscrit dans une crise régionale qui s’est brutalement aggravée ces derniers jours. L’offensive militaire lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, visant notamment des installations militaires et des dépôts pétroliers du pays, a rapidement déclenché une série de ripostes et de tensions à travers le Moyen-Orient. À mesure que Téhéran menace les alliés régionaux de Washington, plusieurs fronts périphériques se sont embrasés.

Au Liban, l’armée israélienne a intensifié ses frappes contre des positions du Hezbollah, mouvement armé chiite soutenu par l’Iran et acteur central de la vie politique et militaire libanaise. Les échanges de tirs à la frontière israélo-libanaise, qui n’avaient jamais totalement cessé depuis la guerre de 2024 entre Tel Aviv et le Hezbollah, ont pris une nouvelle ampleur ces derniers jours, poussant des centaines de milliers d’habitants à fuir les zones bombardées.

S’exprimant mardi devant la presse à Genève depuis Beyrouth, la représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Liban, Karolina Lindholm Billing, a indiqué qu’à ce jour, plus de 667 000 personnes au Liban se sont enregistrées sur la plateforme en ligne du gouvernement libanais en tant que déplacées, soit une augmentation de 100 000 personnes en une seule journée.

La responsable du HCR a souligné que ce chiffre reflétait « un rythme de déplacement plus rapide » que lors de la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah.

Des dizaines de milliers de personnes fuient vers la Syrie

Par ailleurs, depuis le 2 mars, près de 80 000 Syriens et plus de 7 700 Libanais ont traversé la frontière vers la Syrie pour échapper aux bombardements.

« Parmi eux se trouvent des réfugiés syriens qui prévoyaient de rentrer chez eux dans les mois à venir, et d’autres qui se sont précipités pour rentrer en raison de l’escalade actuelle », a expliqué Karolina Lindholm Billing.

Selon le HCR, les personnes arrivant à la frontière – enfants, adultes et personnes âgées – présentent souvent des signes de choc et de peur après avoir fui les zones bombardées.

Des travailleurs humanitaires de l’ONU distribuent des secours aux familles déplacées dans un refuge à Sidon, dans le sud du Liban.

Le risque d’épidémies augmente dans les abris

À mesure que les déplacements s’accélèrent, les organisations humanitaires redoutent une crise sanitaire. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avertit que la surpopulation dans les abris et les foyers d’accueil accroît fortement le risque d’épidémies.

« L’une de nos préoccupations concerne la rougeole chez les enfants, mais aussi, maintenant que nous sommes en hiver, nous pourrions voir davantage d’infections des voies respiratoires supérieures », a déclaré mardi depuis Beyrouth le Dr Abdinasir Abubakar, représentant de l’OMS au Liban.

L’agence sanitaire juge désormais « très élevé » le risque de propagation de maladies en raison des mouvements massifs de population. Elle renforce les systèmes d’alerte et de surveillance dans les abris et tente d’accélérer la vaccination des enfants déplacés contre la rougeole et d’autres maladies évitables.

Des hôpitaux sous pression et des ambulanciers tués

L’intensification des combats exerce une pression extrême sur le système de santé libanais. Les hôpitaux et les équipes d’urgence doivent faire face à l’afflux de blessés tout en tentant de maintenir les services médicaux essentiels.

Les attaques visant les services de santé ont déjà fait 14 morts et 24 blessés parmi les ambulanciers et autres personnels médicaux. Au total, 56 établissements de santé ont été touchés, cinq hôpitaux sont désormais hors service et quatre ont été partiellement endommagés.

Des écoles transformées en refuges

Dans tout le pays, les infrastructures civiles sont réquisitionnées pour accueillir les déplacés. Selon le bureau onusien des affaires humanitaires (OCHA), 287 écoles publiques servent désormais d’abris collectifs, privant près de 90 000 enfants d’accès à l’éducation.

La situation est particulièrement difficile pour les travailleurs migrants, nombreux dans les régions touchées par les combats. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime qu’environ 30 000 migrants se trouvent dans les zones visées par les bombardements ou les ordres d’évacuation.

« Les migrants abandonnés par leurs employeurs dans le sud sont aidés par des ONG et des groupes communautaires à se rendre dans des zones plus sûres », note l’OCHA, qui précise que « l’accès des migrants aux sites collectifs reste limité et des efforts sont en cours pour trouver d’autres solutions d’hébergement ».

© UNICEF/Azizullah Karimi

Des Afghans rapatriés d’Iran se rassemblent à la frontière, près d’Herat, dans l’ouest de l’Afghanistan.

Une crise humanitaire aux répercussions régionales

En Iran, les frappes israéliennes et américaines contre des dépôts pétroliers ont provoqué d’importants rejets toxiques dans l’atmosphère.

Selon l’OMS, ces attaques pourraient entraîner une « pluie toxique » sur certaines zones de Téhéran. « Nous sommes en contact avec les hôpitaux et les autorités, et les autorités iraniennes ont émis une alerte conseillant à la population de rester chez elle, notamment en raison des attaques contre les entrepôts pétroliers », a indiqué Christian Lindmeier, porte-parole de l’agence.

L’organisation surveille également les risques sanitaires liés au « rejet massif » d’hydrocarbures toxiques, d’oxydes de soufre et de composés azotés dans l’air.

Des Afghans contraints de rentrer d’Iran

Les effets de la crise régionale se font aussi sentir plus à l’est. Le HCR indique qu’environ 110 000 Afghans sont rentrés d’Iran depuis le début de l’année, soit près de 1 700 personnes par jour.

À la frontière irano-afghane, les équipes humanitaires redoutent que l’intensification du conflit ne provoque de nouveaux déplacements.

« Les personnes avec lesquelles je me suis entretenu aujourd’hui ont déclaré avoir été directement touchées par les bombardements et ne plus se sentir en sécurité, tandis que d’autres ont indiqué que la hausse des prix et les pressions économiques rendaient leur survie de plus en plus difficile », a déclaré Arafat Jamal, représentant du HCR en Afghanistan.

Alors que le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran continue de faire trembler la région, les humanitaires redoutent que ces déplacements massifs ne soient que le premier signe d’une crise plus vaste encore, dont les répercussions pourraient s’étendre bien au-delà des frontières du Liban.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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