Dans un communiqué publié jeudi, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, accuse les autorités ougandaises d’avoir engagé une répression croissante contre toute voix perçue comme dissidente, tout en laissant s’éroder progressivement l’État de droit. À ses yeux, cette dynamique s’accompagne d’une implication grandissante de l’armée dans des institutions civiles et d’un rétrécissement continu de l’espace civique.
« Je suis consterné de voir que les autorités prennent de plus en plus pour cible toute forme de dissidence et renforcent les restrictions imposées aux libertés fondamentales de toutes les personnes vivant en Ouganda », déclare-t-il. « Celles et ceux qui osent s’exprimer sont réduits au silence ».
Une répression bien au-delà de l’opposition
Le constat est sévère. Selon les informations recueillies par son bureau, la répression s’est intensifiée depuis le scrutin de janvier contre toutes les personnes considérées comme proches de l’opposition. Une cinquantaine de dirigeants ou sympathisants de partis d’opposition, cinq défenseurs des droits humains et cinq journalistes auraient été victimes de violations des droits fondamentaux.
Les abus recensés vont des disparitions forcées à la torture et aux mauvais traitements, en passant par des arrestations et détentions arbitraires fondées sur des dispositions juridiques que le Haut-Commissaire juge incompatibles avec le droit international des droits humains. Le tableau dessine moins une succession d’excès qu’un système où les outils de l’État sont progressivement mobilisés pour neutraliser la contestation.
Cette pression ne s’exerce pas seulement contre les individus. Depuis le début de l’année, 10 organisations majeures de la société civile ont été suspendues, tandis que d’autres font l’objet d’une surveillance étroite et de mesures de harcèlement, selon les Nations Unies. Certains médias ont également été contraints de cesser temporairement leurs activités, réduisant encore les espaces de débat public.
Une nouvelle loi qui verrouille l’espace civique
À cette série de mesures est venue s’ajouter, en mai, l’adoption de la loi sur la protection de la souveraineté (Protection of Sovereignty Act). Selon le bureau des droits de l’homme, ce texte impose de vastes restrictions au financement international et aux relations entre les organisations de la société civile et leurs partenaires étrangers. Les sanctions prévues sont particulièrement lourdes, avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement en cas d’infraction.
Pour Volker Türk, ces évolutions ne produisent pas seulement des effets juridiques. Elles modifient en profondeur le climat politique du pays.
« Les actions des autorités créent un climat de peur qui renforce l’autocensure, étouffe davantage le débat public et accentue la polarisation », avertit-il.
L’ONU appelle au respect de l’État de droit
L’inquiétude du Haut-Commissaire dépasse le seul exercice des libertés publiques. Son communiqué évoque également une implication croissante des forces armées dans des fonctions normalement assurées par des institutions civiles, une évolution qu’il considère comme un facteur supplémentaire d’affaiblissement de la séparation des pouvoirs et de l’État de droit.
« J’appelle le gouvernement à respecter les obligations qui lui incombent en vertu du droit international des droits de l’homme, de la Charte africaine et de la Constitution ougandaise afin de garantir une société civile dynamique, dans laquelle chacun peut exprimer librement ses opinions et participer aux affaires publiques », insiste M. Türk.
Le Haut-Commissaire exhorte également le gouvernement à préserver la séparation des pouvoirs en empêchant toute ingérence militaire dans les institutions civiles.
Son message ne se limite toutefois pas à la dénonciation. Il estime que les ressources économiques du pays, combinées à un renouvellement du soutien financier international, pourraient contribuer à répondre aux difficultés structurelles de l’Ouganda, à condition que ce développement repose sur une approche fondée sur les droits humains. Une économie ne peut durablement prospérer, suggère-t-il en filigrane, si les libertés publiques se contractent à mesure que le pouvoir se consolide.
Le Haut-Commissaire réaffirme que son bureau reste disposé à accompagner les autorités ougandaises afin de restaurer et renforcer le respect des droits humains.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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