Dans ce contexte, certains responsables américains évoquent désormais l’existence d’un « génocide chrétien ».

Mais pour les Nations Unies, ces épisodes spectaculaires – et les récits qu’ils suscitent – ne rendent que partiellement compte de la réalité d’un pays confronté à une insécurité largement répandue, qui alimente l’une des crises humanitaires les plus vastes et les plus négligées d’Afrique.

« La sécurité reste l’un des défis majeurs du Nigéria », résume Mohamed Malik Fall, qui coordonne l’action des agences de l’ONU dans le pays. « On ne peut même plus l’associer à une seule région : elle est presque partout ».

Une insurrection qui s’est étendue

Le conflit prend racine dans le nord-est du pays, ravagé depuis 2009 par une insurrection armée d’abord menée par le groupe jihadiste Boko Haram, puis par ses avatars, dont l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Près de deux décennies plus tard, cette guerre prolongée a profondément fracturé le pays.

« Plus de deux millions de personnes sont encore déplacées, et pas temporairement : une génération entière a grandi dans des camps de déplacés, sans connaître autre chose », souligne M. Fall.

Les données disponibles font état de plus de 40 000 morts depuis le début de l’insurrection, des milliers d’écoles et de centres de santé détruits et des bassins agricoles entiers rendus inaccessibles. Mais aussi, insiste le responsable onusien, « des populations coupées de toute activité économique, privées de la possibilité de vivre de leur travail et de préserver leur dignité ».

Des enfants marchent dans la boue dans un camp pour personnes déplacées à Maiduguri, dans le nord-est du Nigéria.

Banditisme et conflits locaux

À cette guerre longue s’est ajoutée, au fil des années, une violence plus diffuse. Dans le nord-ouest, les États de Zamfara, Katsina ou Sokoto sont désormais confrontés à ce que les autorités qualifient de « banditisme » : des groupes armés criminels qui pillent, enlèvent, rançonnent. « Des villages entiers ont été désertés. Aujourd’hui, on parle d’environ un million de déplacés rien que dans le nord-ouest », explique M. Fall.

Dans la ceinture centrale du pays, les affrontements entre agriculteurs et éleveurs pour la terre, exacerbés par la pression foncière et les chocs climatiques, ont à leur tour provoqué des vagues de déplacements. Plus au sud, d’autres foyers persistent, entre revendications séparatistes et sabotages liés à l’exploitation pétrolière.

Résultat, avec environ 3,5 millions ayant fui leur foyer, le Nigéria concentre à lui seul près de 10 % des personnes déplacés du continent africain.

Pas de « génocide chrétien », mais une violence aveugle

Les attaques récentes contre des églises et des écoles chrétiennes ont ravivé un débat explosif, bien au-delà du Nigéria. En janvier, plus de 160 fidèles ont été enlevés lors de messes dominicales dans l’État de Kaduna ; quelques jours plus tôt, des villages du nord-ouest étaient attaqués, faisant des dizaines de morts, tandis que des élèves étaient de nouveau pris pour cibles autour de l’école catholique de Papiri. 

Ces violences spectaculaires ont réveillé un traumatisme ancien: Chibok, dans l’État du Borno, où 276 lycéennes, chrétiennes pour la plupart, avaient été enlevées en 2014 par Boko Haram. 

Au nom de la protection des chrétiens face aux militants islamistes, l’administration américaine a ordonné, le jour de Noël, des frappes contre des positions jihadistes dans le nord-ouest du Nigéria. À Washington, certains responsables affirment désormais qu’un « génocide chrétien » serait en cours dans le pays – une qualification que les Nations Unies se gardent d’employer, faute d’éléments permettant d’établir une prise pour cible délibérée sur le terrain.

« Attribuer cette violence à une persécution ciblée d’un groupe religieux, je ne franchirais pas ce pas », tranche Mohamed Malik Fall. « La grande majorité des plus de 40 000 morts de l’insurrection sont des musulmans. Ils ont été attaqués et tués dans des mosquées ».

Il rappelle qu’à Maiduguri, cœur historique de l’insurrection, une attaque survenue la veille de Noël a frappé une zone située « entre une mosquée et un marché », faisant des victimes parmi les fidèles musulmans sortant de la prière. « L’insécurité affecte tout le monde, sans distinction de religion ou d’ethnie », insiste-t-il, mettant en garde contre des récits « qui risqueraient d’exacerber les fractures au lieu de renforcer la cohésion sociale ».

WFP/Arete/Siegfried Modola

Des mères déplacées avec leurs enfants participent à un exercice d’évaluation de la famine organisé par le Programme alimentaire mondial (PAM) dans l’État de Borno, au nord-est du Nigéria.

Une urgence humanitaire massive, mais sous-financée

Derrière la crise sécuritaire se déploie une urgence humanitaire de grande ampleur. Dans les seuls États du nord-est, 7,2 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’assistance, dont près de 6 millions en situation sévère ou critique, selon l’ONU.

L’insécurité alimentaire est devenue centrale. Les projections évoquent jusqu’à 36 millions de personnes susceptibles de basculer dans différentes phases d’insécurité alimentaire dans les mois à venir. Chez les enfants de moins de cinq ans, plus de 3,5 millions risquent de souffrir de malnutrition aiguë. « Et les conséquences ne sont pas seulement immédiates », alerte M. Fall, qui encadre également la réponse des agences humanitaires de l’ONU dans le pays. « La malnutrition affecte le développement cognitif, l’éducation, et continue à produire ses effets à l’âge adulte ».

À ces vulnérabilités s’ajoutent les chocs climatiques – sécheresses, inondations –, les épidémies récurrentes de choléra ou de méningite, et un système de santé fragilisé.

Or les financements se sont effondrés. « Il y a quelques années, le plan de réponse humanitaire atteignait près d’un milliard de dollars par an », rappelle le coordonnateur onusien. « En 2024, c’était 585 millions. L’an dernier, à peine 262 millions. Et cette année, nous ne sommes même pas certains d’atteindre 200 millions ».

Un géant économique face à ses responsabilités

Le paradoxe nigérian est là : une crise humanitaire massive dans l’une des plus grandes économies d’Afrique. « Le Nigéria n’est pas le Soudan, ni la Somalie, ni le Soudan du Sud », insiste M. Fall. « C’est un pays qui a des ressources. Le premier responsable de la réponse humanitaire reste le gouvernement ».

Pour l’ONU, l’enjeu est désormais de transférer progressivement le leadership de l’aide aux autorités fédérales et aux États du pays, tout en appelant les bailleurs à ne pas détourner le regard. « Aucune population n’aime vivre de l’assistance », conclut-il. « Les gens préfèrent qu’on les aide à accéder à des opportunités économiques plutôt que de dépendre de l’aide. Donner du poisson, c’est bien. Apprendre à pêcher, c’est mieux ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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