Ce ne sont plus seulement les navires, les cargaisons ou les chaînes d’approvisionnement qui sont pris pour cible. Derrière la multiplication des attaques en mer Rouge, l’OMI remet les marins au centre d’une crise qui a transformé l’une des principales artères commerciales de la planète en zone à haut risque.

Selon la presse, le Tihamah a été touché par un projectile au large d’Al-Mokha, sur la côte occidentale du Yémen. Plusieurs membres d’équipage auraient été tués. L’incident s’inscrit dans une nouvelle série d’attaques contre la navigation dans la région, où les rebelles houthistes yéménites, soutenus par l’Iran, ont fait du trafic maritime un instrument de pression militaire.

« C’est avec tristesse et regret que j’apprends qu’une fois encore, des marins innocents ont perdu la vie dans une attaque indéfendable contre la navigation internationale », a déclaré le chef de l’OMI, Arsenio Dominguez, dans un communiqué publié mercredi.

Au-delà de la condamnation, son avertissement porte sur la persistance du danger. Le responsable appelle les propriétaires et exploitants de navires à « évaluer minutieusement les risques » avant toute traversée de la mer Rouge, du golfe d’Aden et des autres régions exposées, et à appliquer les mesures de sécurité recommandées.

« Les marins méritent d’être protégés et de pouvoir faire leur travail dans des conditions de sûreté et de sécurité », insiste-t-il.

© OMI / Barathan Anthony Arun
Des marins à pied d’œuvre sur un navire en mer.

Des équipages en première ligne

Depuis le début des attaques houthistes contre la navigation commerciale, à la fin de 2023, les conséquences pour le commerce mondial ont souvent été mesurées en détours, en surcoûts d’assurance et en délais de livraison. Plusieurs grandes compagnies maritimes ont renoncé, par périodes, à emprunter la mer Rouge et le canal de Suez, préférant contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance – un trajet beaucoup plus long et coûteux.

Mais cette crise logistique est aussi devenue une crise humaine. Des marins ont été tués ou blessés lors d’attaques, tandis que d’autres ont été retenus en captivité. Mercredi, le chef de l’OMI a également réclamé la « libération immédiate et sans condition de tous les marins qui restent détenus » après des actes de piraterie dans la région.

« Garantir la sécurité des marins est une obligation fondamentale du droit international et une responsabilité partagée de la communauté mondiale », a rappelé M. Dominguez.

L’OMI souligne également les conséquences beaucoup plus larges d’une insécurité devenue chronique sur cette route. « Ces attaques répétées contre la navigation ne font qu’accroître les tensions et menacer les chaînes d’approvisionnement mondiales dont chacun dépend », a avertit son secrétaire général.

L’enjeu tient à la géographie. Le détroit de Bab el-Mandeb, entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, constitue la porte méridionale de la mer Rouge et relie l’océan Indien au canal de Suez. Avant la crise, environ 12 % du commerce mondial transitait par cette voie. Toute dégradation durable de la sécurité dans ce passage se répercute donc bien au-delà du Moyen-Orient.

© Unsplash / Chris Linnett
L’ONU insiste sur la nécessité de garantir la liberté de navigation dans deux axes stratégiques du commerce mondial : le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb.

Une crise ouverte depuis 2023

Depuis 2014, les houthistes et les forces gouvernementales yéménites, soutenues par une coalition menée par l’Arabie saoudite, se disputent le contrôle du pays. Les autorités reconnues par la communauté internationale sont principalement installées à Aden, dans le sud, tandis que les milices houthistes pro-iraniennes contrôlent Sanaa, ainsi que de vastes territoires du nord et de l’ouest du pays.

Les houthistes ont commencé à attaquer des navires en mer Rouge en novembre 2023, quelques semaines après le déclenchement de la guerre à Gaza. Le groupe affirmait alors agir en solidarité avec les Palestiniens et cibler les bâtiments liés à Israël. Mais plusieurs navires attaqués ne présentaient aucun lien évident avec le pays.

Face à la multiplication des frappes, les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés ont déployé des moyens navals dans la région. Washington et Londres ont également bombardé à plusieurs reprises des positions houthistes au Yémen. Ces opérations ont réduit ponctuellement les capacités du mouvement sans faire disparaître la menace qui pèse sur la navigation.

Cette crise maritime s’est depuis greffée sur un autre conflit. Peu après le lancement de frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, fin février, la navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième du pétrole mondial, avait été interrompue par Téhéran. Dans ce contexte, les attaques houthistes en mer Rouge ouvrent un nouveau front entravant le commerce mondial dans la région.

Cette double menace sur les routes maritimes préoccupe également le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui dans une déclaration à la presse publiée mercredi, dit suivre de près l’évolution du conflit au Moyen-Orient, « notamment la situation dans le détroit d’Ormuz et aux alentours, ainsi qu’en mer Rouge ».

Pour le chef de l’ONU, la sécurisation de ces voies maritimes passe aussi par une désescalade politique. Il reste convaincu qu’« un règlement global et durable ne peut être obtenu que par le dialogue et les négociations ». Un tel accord, estime-t-il, permettrait de rétablir « la stabilité et la confiance dans l’ensemble de la région », tout en préservant « les droits et libertés de navigation dans le détroit d’Ormuz et aux alentours, ainsi qu’en mer Rouge ».

Pour l’OMI, cette accumulation ne change pourtant rien à un principe élémentaire. Les marins civils ne devraient pas en payer le prix. « Les marins méritent d’être protégés », a insisté Arsenio Dominguez.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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