Le progrès technologique ne fait pas nécessairement le progrès social. Alors que l’IA bouleverse le marché du travail et que les énergies renouvelables transforment les économies, les bénéfices de ces mutations restent très inégalement répartis. Et les pays qui avancent le plus vite ne sont pas toujours ceux qui parviennent le mieux à en faire profiter leur population.
C’est le principal constat d’un rapport annuel sur les politiques publiques en matière sociale, publié jeudi par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA). Intitulé « La Nouvelle économie de l’inclusion sociale : garantir des transformations au bénéfice de tous », il défend la thèse selon laquelle réduire les inégalités n’est pas seulement une exigence morale, mais une condition de la prospérité économique.
L’étude compare les trajectoires de 168 pays sur un quart de siècle, de 2000 à 2024, en examinant à la fois leurs transformations économiques, numériques et énergétiques et leurs résultats en matière d’équité sociale.
Le décalage est frappant. Malte, l’Irlande, les États-Unis, Singapour et la Chine figurent parmi les cinq pays les plus performants en matière de transformation. Aucun d’entre eux ne se classe parmi les cinq premiers pour l’inclusion sociale, un groupe dominé par les pays européens, selon les résultats présentés jeudi en conférence de presse à New York par Rashmi Banga, responsable de la recherche au DESA.
À niveau de revenu comparable, les écarts peuvent être considérables. Autrement dit, la richesse et la modernisation d’une économie ne déterminent pas, à elles seules, la manière dont leurs bénéfices sont distribués. Les choix politiques et les institutions jouent un rôle décisif.
Au Malawi, en Afrique australe, des agriculteurs présentent les produits de leur récolte.
Le prix de l’inaction
Le rapport va plus loin. L’exclusion sociale freine elle-même la croissance. Faute d’accès à l’éducation, aux soins, aux infrastructures ou au financement, une partie de la population ne peut participer pleinement à l’activité économique. Les entreprises perdent des compétences, les innovations se diffusent moins vite et les économies deviennent plus vulnérables aux crises.
Selon des simulations présentées par Mme Banga, reporter de dix ans les investissements dans la protection sociale pourrait entraîner une perte de production économique de 12 % par rapport à un scénario où ces investissements seraient réalisés plus tôt. Dans un autre exemple national, l’intégration des jeunes sans emploi au marché du travail pourrait accroître le produit intérieur brut de 9,6 % en dix ans.
Ces estimations illustrent le renversement de perspective proposé par les auteurs. Les dépenses sociales ne doivent plus être considérées comme un coût à supporter une fois la croissance acquise, mais comme un investissement permettant de la soutenir.
Les disparités sont particulièrement marquées dans les pays en développement. Plus de deux milliards de personnes restent privées d’accès à Internet et 730 millions n’ont toujours pas l’électricité, a rappelé Bjørg Sandkjær, Sous-secrétaire générale chargée de la coordination des politiques à DESA. L’Afrique accuse notamment un retard important dans les transformations numérique et énergétique.
L’IA risque d’accentuer ces fractures. Si elle ouvre de nouvelles perspectives dans l’éducation, la santé ou les services publics, elle menace aussi certains emplois, notamment les postes de début de carrière. Les femmes, moins bien représentées dans les métiers technologiques, pourraient en subir les conséquences de manière disproportionnée.
Deux enfants en Afghanistan mangent des biscuits nutritifs.
Une ambition contrariée par la dette
Pour éviter que ces mutations n’aggravent les inégalités, l’ONU préconise de généraliser la formation tout au long de la vie, d’étendre la protection sociale et de garantir l’accès aux infrastructures numériques et énergétiques. Elle recommande également de renforcer les droits des travailleurs, la négociation collective et la fiscalité progressive, notamment sur les patrimoines et les plus-values.
Mais ces politiques se heurtent à l’obstacle majeur du financement. Dans un message vidéo diffusé pendant la conférence de presse, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelle que près de la moitié des pays les plus pauvres sont surendettés ou fortement menacés de l’être. Le poids des intérêts de leur dette, rapporté aux recettes publiques, atteint son niveau le plus élevé depuis une génération.
Le chef de l’ONU appelle donc à réformer les institutions financières internationales pour mieux représenter les pays en développement et leur donner davantage de moyens d’investir.
« Les transformations sont inévitables. Les inégalités et l’exclusion ne le sont pas », affirme-t-il. Reste à traduire cette conviction en politiques concrètes, alors que les progrès technologiques s’accélèrent et que les ressources publiques se raréfient.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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