Son témoignage figure parmi près d’une centaine de récits recueillis par l’ONU, qui décrivent un système d’exploitation d’une brutalité persistante contre migrants, réfugiés et demandeurs d’asile dans le pays.

Selon un rapport publié mardi par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL), ces exilés continuent d’être victimes d’abus systématiques et impitoyables : meurtres, torture, violences sexuelles, traite d’êtres humains, extorsion, travail forcé, prostitution forcée ou servitude domestique.

Le document décrit un système d’exploitation profondément enraciné, où des réseaux criminels – parfois liés aux autorités libyennes et à des circuits internationaux – enlèvent, détiennent et exploitent ces migrants. Certains sont séparés de leur famille, arrêtés puis transférés vers des centres de détention sans procédure régulière, souvent sous la menace d’armes, dans ce qui s’apparente à des détentions arbitraires.

« Il n’y a pas de mots pour décrire le cauchemar sans fin dans lequel ces personnes sont plongées, uniquement pour nourrir la cupidité croissante des trafiquants et des personnes au pouvoir qui tirent profit d’un système d’exploitation », a déclaré à cette occasion Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Couvrant la période de janvier 2024 à décembre 2025, le rapport s’appuie sur des entretiens avec près de cent migrants, réfugiés et demandeurs d’asile originaires de seize pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud.

Violences répétées et traumatismes durables

Les témoignages recueillis dressent un tableau d’une violence extrême. Ce fut un voyage infernal », confie la femme érythréenne citée dans le rapport. « Différents hommes m’ont violée à plusieurs reprises. Des filles âgées d’à peine 14 ans étaient violées quotidiennement ». 

Une autre Érythréenne, déjà victime de mutilations génitales féminines, décrit comment elle et une amie ont été ouvertes de force par des trafiquants avant d’être violées. Son amie est morte d’une hémorragie.

D’autres survivantes évoquent des violences similaires. L’une d’elles, détenue dans un hangar, affirme que des hommes armés emmenaient régulièrement des femmes la nuit pour les violer, les torturer ou les battre devant les autres détenus.

« J’ai été violée deux fois dans ce hangar devant mes filles et d’autres migrants. Un Soudanais a essayé de m’aider et de les arrêter, mais ils l’ont sévèrement battu. Ma fille a été traumatisée et me pose encore des questions sur cette nuit-là », raconte-t-elle.

© UNICEF/Alessio Romenzi

Un migrant s’appuie contre un pilier dans la cour d’un centre de détention, à Al Khoms, en Libye (photo d’archives).

Des centres de traite liés à des acteurs armés

De tels abus prospèrent dans un pays durablement fragmenté depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en 2011. Deux institutions rivales incarnent cette division : le Haut Conseil d’État, basé à Tripoli, et la Chambre des représentants, qui siège à Benghazi. Cette dualité institutionnelle reflète une partition politique plus large entre, à l’Ouest, un gouvernement d’unité nationale reconnu par l’ONU et dirigé par Abdel Hamid Dbeibah, et, à l’Est, un pouvoir adossé à l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar. 

Dans ce paysage sécuritaire morcelé, marqué par l’influence persistante de groupes armés, les réseaux de traite trouvent un terrain propice, notamment dans l’est libyen, où ils échappent souvent à tout contrôle effectif. À Sabha, certains réseaux impliqués dans la traite et la gestion de centres clandestins semblent liés à des acteurs militaires.

Le rapport mentionne également l’implication de ressortissants étrangers — notamment soudanais — aux côtés de trafiquants libyens dans des activités mêlant extorsion, travail forcé, violences sexuelles et autres violations graves des droits humains.

La MANUL et le HCDH disent en outre avoir reçu des informations préoccupantes sur la vente d’êtres humains assimilable à de l’esclavage, en particulier depuis des centres situés à Sabha et à Al-Zawiya.

Les abus ne se limitent pas à ces lieux. Des migrants interceptés en mer sont régulièrement renvoyés en Libye, où beaucoup disent subir à nouveau violences et exploitation. Nombre d’entre eux décrivent aussi les traversées périlleuses de la Méditerranée centrale, l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde.

Appels à un moratoire sur les renvois vers la Libye

Entre 2014 et 2025, 33 348 décès et disparitions ont été recensés sur cette route maritime, un bilan probablement sous-estimé. Le rapport dénonce également des expulsions collectives depuis la Libye vers des zones frontalières où les personnes sont abandonnées sans eau, nourriture ni soins.

« Ce modèle économique abusif exploite des personnes en situation de grande vulnérabilité, les centres de détention servant de terreau à des violations flagrantes des droits humains », a déclaré Hanna Tetteh, représentante spéciale du Secrétaire général pour la Libye, lors de la publication du rapport.

Face à ces constats, l’organisation demande aux autorités libyennes de libérer immédiatement toutes les personnes détenues arbitrairement, de mettre fin à la traite, au travail forcé et aux formes contemporaines d’esclavage, et de garantir que les responsables répondent de leurs actes.

Le rapport appelle également la communauté internationale, y compris l’Union européenne, à instaurer un moratoire sur les interceptions en mer et les renvois vers la Libye tant que des garanties effectives en matière de droits humains ne sont pas assurées.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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