S’exprimant depuis Beyrouth, où il a été témoin direct des attaques de mercredi, le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Liban, le Dr Abdinasir Abubakar, a indiqué que selon les dernières données du ministère libanais de la Santé, près de 300 personnes ont été tuées — l’un des bilans quotidiens les plus lourds depuis la reprise des hostilités à grande échelle entre les forces israéliennes et le Hezbollah le 2 mars. Quelque 1.150 autres ont été blessées.
« Bien davantage de personnes sont toujours portées disparues », a-t-il déclaré aux journalistes à Genève. « On pense qu’elles se trouvent encore sous les décombres. »
De nombreux restes humains restaient en attente d’identification, a-t-il ajouté.
Menace sur les équipes d’ambulanciers
Le responsable de l’OMS a également indiqué qu’Israël avait averti vendredi matin que « les ambulances seront également être prises pour cible », évoquant « l’utilisation d’ambulances par le Hezbollah ».
L’OMS a toutefois insisté : si les services de santé ne doivent pas être militarisés, leur utilisation abusive — qu’il s’agisse d’établissements ou d’ambulances — ne saurait justifier qu’ils soient pris pour cible.
« Le personnel de santé, les établissements et les ambulances sont tous protégés par le droit international humanitaire », a rappelé le médecin. « Sans ces services, nous ne serons pas en mesure de sauver des vies. »
L’une des plus grandes vagues de frappes israéliennes à ce jour vient de toucher plus de 60 sites à travers Beyrouth et au-delà.
Une évacuation impossible
Jeudi, l’OMS a également reçu un avertissement indiquant que les ordres d’évacuation israéliens avaient été étendus au quartier de Jnah, à Beyrouth, où se trouvent « deux grands hôpitaux prenant en charge l’afflux massif de blessés : Rafik Hariri et Al Zahra ».
Nous avons décidé de ne pas évacuer, car nous n’avons en réalité aucun autre endroit où les transférer.
Ces établissements fonctionnent actuellement à pleine capacité. Le Dr Abubakar a souligné l’impossibilité de transférer les quelque 450 patients qui y sont soignés — dont une cinquantaine en soins intensifs après les bombardements de mercredi.
« Nous avons décidé de ne pas évacuer, car nous n’avons en réalité aucun autre endroit où les transférer », a-t-il expliqué.
Le responsable de l’OMS a ajouté qu’au cours de la nuit, « nous avons reçu des indications selon lesquelles ces hôpitaux ne seraient pas pris pour cible… nous verrons si cela se concrétise ».
Dans ce contexte d’afflux massif de blessés, il a également souligné que, même avant les frappes de mercredi, le pays ne disposait pas de stocks médicaux suffisants pour tenir ne serait-ce qu’un mois.
Les frappes du 8 avril ont eu lieu quelques heures seulement après l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran.
Les hostilités entre Israël et le Hezbollah se poursuivent toutefois. Selon des informations de presse, l’Iran a indiqué vendredi qu’il ne participerait pas aux pourparlers de paix prévus samedi au Pakistan si la trêve n’était pas étendue au Liban.
À nouveau déracinés
La porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Eujin Byun, a indiqué que des familles qui avaient déjà fui les précédentes violences à Beyrouth, dans la vallée de la Bekaa et dans le sud du Liban — dont certaines commençaient à envisager un retour après des signaux contradictoires sur un cessez-le-feu — se retrouvent aujourd’hui à nouveau déracinées.
Des zones jusque-là considérées comme sûres ont été frappées mercredi, « déclenchant la panique et contraignant les populations à fuir pour la deuxième, voire la troisième fois », a-t-elle expliqué.
Mme Byun a ajouté que la destruction du pont de Qasmiyeh, axe majeur reliant les villes de Saïda et de Tyr, a rendu « les déplacements entre le nord et le sud du Liban beaucoup plus difficiles ».
« Pour de nombreuses familles originaires des villages du sud, le retour n’est plus possible, des communautés entières ayant été partiellement ou totalement détruites », a-t-elle indiqué.
Par ailleurs, environ 150.000 personnes se trouveraient encore dans le sud du pays et l’accès humanitaire jusqu’à elles est essentiel. « Elles ont besoin d’une voie d’évacuation sûre si elles sont de nouveau contraintes de fuir », a-t-elle insisté.
Une crise alimentaire se profile
La directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) au Liban, Allison Oman, qui a participé cette semaine à un convoi à destination d’un village frontalier du sud, a livré un témoignage poignant aux journalistes.
« Ce que j’ai vu m’a vraiment marqué », a-t-elle raconté, décrivant une boulangerie locale dont la vitrine venait d’être soufflée à peine une heure avant le passage du convoi.
« Ils balayaient les éclats de verre et avaient déjà rallumé les fours, car ils attendaient la farine de blé que nous apportions avec le convoi ».
Dans les zones du sud touchées par le conflit, plus de 80 % des marchés ne fonctionnent plus.
« Leurs stocks alimentaires étaient très faibles, et il était clair que ce convoi était très attendu… il était indispensable pour leur permettre de continuer », a-t-elle expliqué.
Mme Oman a averti que la situation « évolue rapidement vers une crise de sécurité alimentaire », les prix des denrées augmentant dans tout le pays.
« En l’espace d’un mois seulement, le prix des légumes a augmenté de plus de 20 % et celui du pain de 17 %… pour des familles déjà en difficulté, c’est extrêmement préoccupant », a-t-elle souligné.
La responsable du PAM dans le pays a mis en garde contre une « combinaison très inquiétante » : hausse des prix, revenus perturbés et besoins en forte augmentation. Dans les zones du sud touchées par le conflit, plus de 80 % des marchés ne fonctionnent plus.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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