Le paradoxe est cruel. Au moment où la question de la reconstruction de Gaza domine les discussions diplomatiques à New York, l’une des principales organisations susceptibles d’y participer se demande encore si elle pourra continuer à fonctionner. L’UNRWA, l’agence onusienne chargée des réfugiés palestiniens, accuse aujourd’hui un déficit de trésorerie de 100 millions de dollars. Ce trou budgétaire, a averti jeudi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, menace directement ses opérations et les services fournis à des millions de Palestiniens.

Réunis au siège des Nations Unies sous la coprésidence du Brésil, de la Jordanie et de l’Espagne, ministres et diplomates étaient précisément venus tenter de consolider le soutien politique et financier à une institution créée en 1949 et dont le mandat vient d’être renouvelé pour trois ans par l’Assemblée générale.

Pour le Secrétaire général, l’urgence financière se double d’une menace politique. « Le statu quo ne peut pas continuer », a-t-il prévenu, avant de résumer l’enjeu en quelques mots : « La stabilité de la région est en jeu ».

© UNRWA
Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent suite à l’effondrement d’un bâtiment endommagé par la guerre à Gaza-ville.

Une agence devenue une cible

L’UNRWA sort profondément meurtrie de près de trois années de guerre. M. Guterres a rappelé avoir condamné « à maintes reprises, et dans les termes les plus fermes », les attaques du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens en Israël le 7 octobre 2023. Mais depuis, près de 400 employés de l’agence ont été tués à Gaza et des centaines de ses installations sont devenues inaccessibles, ont été gravement endommagées ou entièrement détruites.

La pression s’est également déplacée à Jérusalem-Est occupée. Après l’entrée en vigueur, en 2025, de lois israéliennes interdisant les activités de l’UNRWA sur le territoire israélien et tout contact officiel avec elle, les autorités israéliennes ont progressivement fermé ses écoles et centres de santé. En janvier, des bulldozers ont démoli des bâtiments de son siège de Jérusalem-Est, sur un terrain dont Israël avait pris possession. 

Israël affirme que l’agence a été infiltrée par le Hamas et conteste l’immunité des installations situées sur son territoire. L’ONU considère au contraire leur saisie et leur destruction comme des violations de ses privilèges et immunités.

Jeudi, M. Guterres est allé plus loin, dénonçant une « campagne politique incessante » destinée, selon lui, à « manipuler l’opinion publique, saper la capacité de l’UNRWA à fonctionner et priver les réfugiés palestiniens de leurs droits ». Il a énuméré l’exclusion de l’agence de réunions de coordination, le refus israélien d’accorder des visas à son personnel et les intimidations subies par ses employés.

Cette confrontation dépasse désormais les bâtiments et les autorisations administratives. Au printemps, des employés de l’UNRWA ont achevé une opération menée pendant dix mois pour mettre à l’abri, notamment en Jordanie, des millions de documents retraçant l’histoire des réfugiés palestiniens : fiches d’enregistrement remontant à 1948, actes de naissance, de mariage ou de décès. Ces archives avaient été évacuées de Gaza et de Jérusalem-Est face au risque de leur destruction ou de leur saisie.

ONU Info / Shirin Yaseen
Vue extérieure de l’entrée du centre de formation de l’UNRWA à Kalandia, en Cisjordanie.

Gaza, un an après le cessez-le-feu

La réunion a eu lieu alors que le cessez-le-feu annoncé en octobre 2025 a réduit les combats sans mettre fin à la violence ni à la catastrophe humanitaire. Selon M. Guterres, les attaques israéliennes continuent de tuer en moyenne quatre personnes par jour à Gaza. L’aide reste sévèrement entravée, la nourriture manque et les logements habitables sont rares.

Les besoins restent immenses. A la mi-septembre, l’UNRWA gérait encore le plus vaste réseau de sites accueillant des déplacés dans l’enclave, avec environ 65 000 personnes réparties dans 114 abris d’urgence, tandis que les organisations humanitaires alertaient sur le manque de financements et les restrictions pesant sur l’entrée de matériel avant l’hiver.

C’est ce qui rend la crise de l’agence particulièrement délicate. Aucun acteur n’a jusqu’ici démontré qu’il pouvait rapidement reprendre à son compte l’ensemble de ses fonctions. Pour M. Guterres, l’UNRWA ne se résume d’ailleurs pas à l’aide d’urgence. Elle est « l’infirmière » qui vaccine un enfant, « le médecin » qui soigne une famille, « l’enseignante » qui lui donne « l’espoir d’un avenir meilleur », mais aussi les éboueurs, ingénieurs et agents d’état civil qui assurent des services publics élémentaires.

L’enjeu s’étend bien au-delà de Gaza. En Cisjordanie occupée, le Secrétaire général a dénoncé les violences de colons et l’expansion des colonies, qui poussent selon lui des communautés palestiniennes « au bord de l’effondrement ». L’agence reste également présente en Jordanie, au Liban et en Syrie.

L’UNRWA entre ainsi dans sa soixante-dix-septième année avec un mandat renouvelé mais des moyens de l’exercer de plus en plus incertains. L’institution devait être provisoire, en attendant un règlement politique de la question des réfugiés palestiniens. Plus de trois quarts de siècle plus tard, c’est sa disparition éventuelle qui risque désormais de précéder ce règlement.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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