Dans un discours emprunt de gravité, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk,  a décrit un monde qui, 80 ans après l’adoption de la Charte des Nations Unies, banalise l’usage de la violence. « La force brute est de nouveau à la mode », a-t-il lancé d’emblée. « Et ce sont les gens ordinaires qui en paient le prix ». 

Le chiffre cité par M. Türk donne le vertige : 61 conflits armés actifs dans le monde, un record depuis la seconde guerre mondiale. Gaza, le Soudan, la Birmanie : les théâtres de guerre se multiplient, tandis que les règles censées en limiter les ravages s’effritent. « Les lois de la guerre sont systématiquement violées », a-t-il accusé, évoquant des sièges prolongés, la privation d’eau et de nourriture, et la militarisation croissante des sociétés.

Le chef des droits de l’homme des Nations Unies, Volker Türk (de face, au centre), rencontre des habitants à Dongola, au Soudan.

Le coût humain d’un monde réarmé

Le constat est d’autant plus sombre que la guerre ne résout plus grand-chose. Volker Türk s’appuie sur une étude montrant que la proportion de conflits se concluant par une victoire décisive est tombée de 49 % dans les années 1970 à 9 % dans les années 2010, tandis que les accords de paix, eux aussi, se raréfient. Pourtant, les dépenses militaires n’ont jamais été aussi élevées : 2 700 milliards de dollars, soit 13 fois plus que l’aide mondiale au développement.

Cette fuite en avant a un coût humain immédiat. Pour la première fois depuis le début du 21ème siècle, 200 000 enfants de moins de cinq ans sont morts de plus en 2025 que l’année précédente, a indiqué le Haut-Commissaire. « 200 000 tragédies qui auraient pu être évitées, mais qui ne l’ont pas été ». Une formule presque administrative, révélatrice d’un recul historique du développement humain, amplifié par les coupes américaines et européennes dans l’aide internationale l’an dernier.

Les droits humains comme fondation de la paix

À rebours du discours sécuritaire dominant, Volker Türk défend l’idée que « les droits humains ne sont pas un supplément moral à la paix, ils en sont la condition ». Lors de ses missions dans des zones de conflit ou de crise – des territoires palestiniens occupés à la RDC, d’Haïti au Soudan et à la Syrie –, le même message revient : « les droits humains sont le fondement de la paix et de la sécurité ». À l’inverse, leur violation alimente les guerres, qu’il s’agisse de l’exclusion politique, des discriminations ethniques ou de la déshumanisation de « l’autre ». Autant de braises sur lesquelles prospèrent les entrepreneurs de violence.

Le Haut-Commissaire décrit un enchaînement désormais familier dans la vie politique des pays en guerre : griefs de la population ignorés par les autorités, institutions discréditées et tissu social déchiré, puis instrumentalisation de la peur et de la désinformation par des dirigeants « sans scrupules ». Il en a vu les effets au Soudan, dit-il, où la propagande a contribué à embraser le pays. 

À ses yeux, répondre à ces dynamiques suppose de rouvrir l’espace civique, de protéger la liberté d’expression, de lutter contre toutes les formes de discrimination et d’investir dans les services essentiels, comme la santé, le logement et l’éducation.

© PAM/Benjamin Anguandia

Le programme alimentaire mondail (PAM) fournit une assistance alimentaire à des centaines de milliers de déplacés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Au-delà des cessez-le-feu, la paix durable

Son plaidoyer se veut aussi opérationnel. Le Haut-Commissariat documente les violations, alerte, engage le dialogue avec les autorités, soutient la société civile. En Colombie, en République démocratique du Congo ou dans les territoires palestiniens occupés, explique-t-il, ces passerelles entre communautés sont parfois les seuls fils qui empêchent la déchirure totale. 

Il défend également l’idée d’une « économie des droits humains », dans laquelle la fiscalité et les dépenses publiques seraient alignées sur les obligations internationales des États – une critique à peine voilée de modèles économiques qui creusent les inégalités au sortir des conflits.

Mais le cœur du message est ailleurs. Les cessez-le-feu ne suffisent plus, selon lui. Ils peuvent suspendre les combats, parfois relancer l’activité économique, mais sans accord de paix traitant les causes profondes – discriminations, conflits fonciers, tensions identitaires –, la violence revient. Les droits humains, insiste-t-il, offrent un cadre pour des accords durables, via l’inclusion des victimes, la participation des femmes et des groupes marginalisés, la lutte contre l’impunité et reconstruction de la confiance.

« Glorifier la paix, pas la guerre »

À ceux qui opposent paix et justice, Volker Türk répond frontalement : « C’est faux. » Il cite l’exemple des accords de paix colombiens, où les droits des victimes et la recherche de la vérité ont été intégrés dès le départ, son bureau étant chargé d’en surveiller la mise en œuvre. Il plaide aussi pour des mesures de confiance dans les conflits en cours, comme l’engagement à ne pas frapper les zones densément peuplées, la protection des infrastructures civiles et la recherche des disparus. De telles mesures, ajoute-t-il, seraient les bienvenues dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et au Soudan.

La conclusion se veut à la fois politique et culturelle. « La guerre n’est pas une fatalité », affirme-t-il, appelant à « mettre fin à la guerre comme outil des relations internationales » et à viser un objectif de « zéro guerre nette ». Il va plus loin encore : créer des ministères de la paix, former des journalistes spécialisés dans la couverture des processus de paix, enseigner à l’école l’histoire des médiations et des mouvements pacifistes. Et, surtout, « glorifier la paix, pas la guerre ».

Dans un monde où la force armée retrouve ses lettres de noblesse, le message sonne comme une dissidence assumée. Mais aussi comme un rappel brutal que ce qui apparaît aujourd’hui comme du réalisme stratégique pourrait bien n’être qu’un échec collectif à imaginer autre chose que la violence.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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