Son directeur général, Rafael Mariano Grossi, n’y est pas allé par quatre chemins, après quatre de conflit ukrainien. « Il continue de représenter la plus grande menace mondiale pour la sûreté nucléaire », a-t-il dit, lors d’une réunion du conseil des gouverneurs de l’AIEA, au siège de l’agence onusienne à Vienne, en Autriche.
Depuis le début de l’invasion totale du pays par la Russie, les centrales nucléaires ukrainiennes fonctionnent dans un environnement dégradé, soumis aux aléas d’un réseau électrique régulièrement endommagé par les frappes russes et les combats. Or, rappelle le chef de l’AIEA, sans alimentation électrique externe fiable, aucune centrale ne peut fonctionner en toute sûreté, même à l’arrêt.
Sa mise en garde est intervenue alors que, jeudi, le président américain Donald Trump a annoncé que le Kremlin avait accepté une pause temporaire dans ses attaques de missiles contre Kiev, en raison du froid intense qui frappe la capitale ukrainienne.
La centrale nucléaire de Zaporijjia, en Ukraine, est l’une des plus vastes au monde.
Des lignes électriques devenues des cibles
Au cœur de la vulnérabilité du réseau ukrainien se trouve le site de Zaporijjia, la plus grande centrale d’Europe, dans l’est ukrainien, arrêtée mais toujours dépendante d’un approvisionnement électrique continu pour refroidir ses réacteurs et ses piscines de combustible usé. Ces derniers mois, l’AIEA a dû négocier, avec les autorités ukrainiennes et russes, quatre cessez-le-feu temporaires afin de permettre la réparation de lignes électriques endommagées.
Le 19 janvier, la centrale a été reconnectée à sa dernière ligne de secours de 330 kilovolts, réparée après plus de deux semaines d’interruption. Jusque-là, Zaporijjia ne disposait plus que d’une seule ligne principale de 750 kilovolts pour alimenter ses systèmes de sûreté, une situation que l’AIEA juge extrêmement fragile.
« J’ai appelé à plusieurs reprises, ici comme au Conseil de sécurité des Nations Unies, au respect de ces principes, en particulier lorsqu’il s’agit de maintenir l’alimentation électrique externe essentielle, sans laquelle une centrale nucléaire ne peut fonctionner en toute sécurité », a insisté M. Grossi.
Un pilier de la sûreté constamment menacé
L’agence rappelle que l’existence d’une alimentation électrique hors site sécurisée constitue l’un des sept piliers fondamentaux de la sûreté nucléaire en situation de conflit armé, et l’un des cinq principes établis pour protéger spécifiquement la centrale de Zaporijjia. Des principes qui, souligne M. Grossi, bénéficient d’un large soutien international, y compris de la part des belligérants, mais dont l’application reste incomplète sur le terrain.
Les risques ne se limitent pas à Zaporijjia. À Tchernobyl, dans le nord du pays, des activités militaires ont récemment endommagé une sous-station essentielle, provoquant la déconnexion de plusieurs lignes électriques. Le site a dû recourir à des générateurs diesel d’urgence pour garantir la sûreté du nouveau sarcophage et des installations de stockage de combustible, avant que les lignes ne soient rétablies.
Le Directeur général de l’AIEA, Rafael Mariano Grossi, devant le conseil des gouverneurs de l’agence, à Vienne.
Sous-stations sous surveillance
Consciente que la sûreté nucléaire dépend désormais autant des centrales que des infrastructures qui les alimentent, l’AIEA a déployé des équipes d’experts dans tout le pays. Une mission est actuellement en cours pour évaluer l’état de dix sous-stations électriques jugées cruciales pour la sûreté nucléaire, dans un contexte de frappes continues contre le réseau énergétique ukrainien.
« Les dommages portés aux sous-stations compromettent la sûreté nucléaire et doivent être évités », a averti le directeur général, rappelant que cette exigence découle directement des normes internationales en vigueur.
Une guerre sans pare-feu nucléaire
Au fil des mois, l’AIEA s’est imposée comme un acteur de stabilisation technique dans un conflit où les garde-fous traditionnels ont cédé. Mais l’agence le reconnaît elle-même : cette action ne peut remplacer une solution politique.
« La meilleure façon de garantir la sûreté et la sécurité nucléaires, ainsi que la sécurité des populations qui souffrent depuis près de quatre années de combats, est de mettre fin à ce conflit », a conclu Rafael Grossi.
Dans une guerre où les lignes de front évoluent sans cesse, les lignes électriques sont devenues, elles aussi, des lignes de fracture. Et avec elles, la sûreté nucléaire de tout un continent reste suspendue à des réparations provisoires, négociées sous les bombes.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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