Qu’il s’agisse d’une pandémie, d’un séisme, d’un conflit ou d’une catastrophe climatique, l’information peut sauver des vies. Elle permet d’alerter, de mobiliser des ressources, de renforcer la préparation et de demander des comptes aux autorités.

C’est l’une des principales conclusions du rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), intitulé La valeur du journalisme : données mondiales sur l’importance des médias pour les économies, la sécurité nationale et les crises.

Selon l’agence des Nations Unies pour la culture, une presse libre contribue à réduire les conséquences des catastrophes, à renforcer la préparation et à limiter les risques, tout en offrant un rempart contre la désinformation.

Des recherches menées dans 152 pays établissent également un lien entre une plus grande liberté de la presse et une diminution des risques de conflit, de répression et de violations des droits humains.

© Christina Assi
Christina Assi, reporter de guerre libanaise, a été blessée en octobre 2023 lors du conflit entre Israël et le Hezbollah.

Quand l’information sauve des vies

Au-delà de la lutte contre les fausses informations, des médias fiables peuvent renforcer la responsabilité des gouvernements, aider les populations touchées à accéder à l’aide et pousser les autorités nationales et locales à agir.

Un journalisme de qualité peut ainsi contribuer à rendre les réponses aux crises plus rapides, plus efficaces et plus largement accessibles, qu’il s’agisse de répondre aux besoins immédiats ou de mieux préparer les communautés aux catastrophes futures.

L’UNESCO souligne également le rôle de « chien de garde » joué par les médias dans le secteur humanitaire. Les enquêtes journalistiques peuvent mettre au jour des dysfonctionnements ou des abus, favoriser des réformes et contribuer à améliorer l’efficacité de l’aide.

Le journalisme environnemental peut lui aussi avoir des effets très concrets. En Thaïlande, un article consacré au rejet d’eaux usées provenant d’une décharge a conduit les autorités à intervenir. En Ouganda, des enquêtes sur l’extraction illégale de sable ont contribué à l’adoption d’une interdiction nationale.

Au Burkina Faso, des émissions de radio consacrées aux risques liés au paludisme, à la pneumonie et à la diarrhée chez les nourrissons ont considérablement augmenté la fréquence à laquelle les personnes responsables des enfants les conduisaient dans des centres de santé. Selon le rapport, cette intervention aurait contribué à réduire de 7,15 % par an en moyenne la mortalité des moins de cinq ans, sauvant quelque 2.967 vies d’enfants.

Aux États-Unis, une campagne menée par des journalistes du Los Angeles Times a contribué à l’adoption de nouvelles normes de construction destinées à rendre Los Angeles plus résistante aux séismes.

Après un séisme majeur, une autre étude a montré que la radio pouvait jouer un rôle essentiel : aider les familles à retrouver leurs proches, encourager les enfants à retourner à l’école et diffuser des informations vitales sur la sécurité, l’hygiène, l’eau potable et les abris, contribuant ainsi à prévenir des maladies.

Au Nigéria, l’évaluation de programmes radiophoniques destinés à lutter contre la désinformation liée à la Covid-19 et à l’hésitation vaccinale a également montré que les auditeurs réguliers étaient davantage en mesure d’identifier et de remettre en question les récits fallacieux.

Un rempart contre la désinformation

Rumeurs, fausses informations et désinformation peuvent aggraver une crise en empêchant les populations de se préparer, de réagir ou de se relever après une catastrophe. Elles peuvent également compliquer l’acheminement de l’aide et, dans certains contextes, alimenter les conflits et les violences contre les travailleurs humanitaires.

La pandémie de Covid-19 en a fourni une illustration particulièrement frappante. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait alors parlé d’une « infodémie » pour décrire l’afflux massif d’informations, exactes comme fausses, qui accompagnait la crise sanitaire.

Selon une étude citée dans le rapport, la désinformation aurait été associée, aux États-Unis en 2021, à près de 2,3 millions de cas de Covid-19 et 66.000 hospitalisations, ainsi qu’à quelque 45.000 décès évitables. Elle aurait également entraîné environ 2 milliards de dollars de dépenses hospitalières supplémentaires.

Face à ces récits, le journalisme fiable constitue une source essentielle pour vérifier les faits, transmettre les conseils des experts et permettre au public de prendre des décisions éclairées.

Quand les médias mobilisent l’aide

Le rôle des journalistes ne s’arrête pas à l’information. Leur couverture peut également susciter une mobilisation financière considérable en faveur des populations touchées.

Le reportage réalisé en 1984 en Éthiopie par le journaliste britannique Michael Buerk pour la BBC est ainsi considéré comme ayant contribué à mobiliser plus de 200 millions de dollars pour lutter contre la famine.

En 2015, la photographie de l’enfant syrien Alan Kurdi, prise par la photojournaliste turque Nilüfer Demir après sa noyade, a bouleversé l’opinion publique mondiale et attiré une attention considérable sur la crise des réfugiés syriens. Le rapport relève notamment une hausse spectaculaire des dons, jusqu’à une multiplication par 50 pour certaines organisations non gouvernementales.

Le journalisme peut aussi provoquer des changements au sein même du secteur humanitaire.

Le scandale #AidToo, qui a éclaté après des enquêtes journalistiques sur des abus commis en Haïti et sur une culture de l’impunité au sein d’organisations humanitaires, dont Oxfam et Save the Children, a notamment alimenté un débat majeur sur la responsabilité et la protection des personnes aidées.

Pour l’UNESCO, ces exemples montrent que la valeur du journalisme dépasse largement la seule transmission de l’information. Dans les crises, une information fiable peut déclencher une alerte, orienter une décision, mobiliser une aide, demander des comptes et, dans certains cas, contribuer directement à sauver des vies.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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