Devant les journalistes, le chef de l’organisation a annoncé avoir soumis à l’approbation des États membres une liste de 40 experts, issus de toutes les régions du monde, appelés à siéger au futur Panel scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle.

Le principe de ce panel avait été acté dans le Pacte pour l’avenir, un accord intergouvernemental sur le numérique signé en 2024. Cette fois, l’organe prend corps. « L’IA avance à la vitesse de la lumière », a averti le Secrétaire général, António Guterres, soulignant qu’« aucun pays ne peut, à lui seul, voir l’ensemble du tableau ». L’enjeu n’est plus de débattre de l’opportunité d’un tel mécanisme, mais d’en faire un outil opérationnel, capable d’éclairer les décisions politiques dans un paysage technologique saturé de promesses, de peurs et de désinformation.

Le panel, premier organe scientifique mondial de ce type entièrement indépendant, devra fournir une lecture rigoureuse et partagée des impacts réels de l’IA sur les économies et les sociétés. Il aura pour mission de « distinguer les faits des faux, et la science du brouet », selon les mots du Secrétaire général, à l’heure où les récits concurrents et les intérêts géopolitiques brouillent la compréhension collective.

Une indépendance revendiquée

Durant la conférence de presse, Amandeep Gill, l’envoyé spécial de l’ONU pour les technologies émergentes, a précisé les contours du processus. La sélection s’est appuyée sur un appel mondial à candidatures ouvert à l’automne, qui a suscité plus de 2 700 propositions. Les profils ont été évalués sur des critères stricts définis par l’Assemblée générale : excellence scientifique en intelligence artificielle, approche interdisciplinaire, diversité géographique, équilibre femmes-hommes et prise en compte des candidatures proposées par les États.

La liste transmise au Secrétaire général – 19 femmes et 21 hommes – inclut des figures de premier plan de la recherche mondiale, parmi lesquelles des lauréats du prix Nobel et du prix Turing. Tous siègeront à titre personnel, sans rémunération, et consacreront une part significative de leur temps à ce travail. Le mandat est clairement balisé : le panel ne sera pas prescriptif. Il ne produira pas de normes, mais une base scientifique commune destinée à éclairer les débats politiques à venir.

Un premier rapport est attendu d’ici juillet 2026, afin d’alimenter un futur dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA prévu à Genève. D’autres productions pourraient suivre sous forme de notes thématiques, notamment sur l’éducation, le marché du travail ou les objectifs de développement durable.

Quand la technologie va trop vite

Alors que la gouvernance internationale se met en place, le nombre des victimes des usages les plus destructeurs de l’IA ne cesse de croître. Mercredi, l’Unicef publiait un communiqué alarmant sur la montée en flèche des images sexuelles d’enfants générées par intelligence artificielle. « Les abus via deepfake sont bien des abus, et il n’y a rien de factice dans les préjudices qu’ils causent », tranche l’agence.

Deepfakes, procédés de « nudification », manipulation d’images à partir de simples photographies : les outils se banalisent et se diffusent massivement, notamment via les réseaux sociaux. Selon une étude menée dans onze pays par l’Unicef, ECPAT –un  réseau international d’ONG spécialisé dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants – et INTERPOL – organisation internationale de coopération policière –, au moins 1,2 million d’enfants déclarent avoir vu leur image transformée en contenu sexuel explicite au cours de l’année écoulée. Dans certains États, cela représente un enfant sur 25, soit l’équivalent d’une salle de classe entière.

L’agence insiste : il ne s’agit pas d’images « virtuelles » sans victimes. « Les images sexualisées d’enfants générées ou manipulées à l’aide d’outils d’IA constituent du matériel d’abus sexuels sur enfants », rappelle l’Unicef. Même lorsqu’aucune victime n’est immédiatement identifiable, ces contenus normalisent l’exploitation sexuelle, alimentent la demande et compliquent le travail des forces de l’ordre.

L’urgence de l’action

L’écart est saisissant entre le temps long de la gouvernance internationale et la rapidité avec laquelle les abus se diffusent, notamment sur les réseaux sociaux, où les images manipulées circulent en quelques heures. L’Unicef appelle les États à adapter leurs législations pour criminaliser explicitement les contenus générés par IA, et les entreprises technologiques à intégrer des garde-fous dès la conception des outils, plutôt que de se contenter de retirer les images après coup.

« Les préjudices causés par les abus via deepfake sont réels et urgents. Les enfants ne peuvent pas attendre que la loi rattrape son retard », avertit l’agence.

Entre l’ambition d’un savoir mondial partagé et la réalité d’abus déjà massifs, l’ONU tente de rattraper une technologie qui n’attend personne. Le panel dira ce que l’IA fait au monde. Reste à savoir qui agira, et à quelle vitesse.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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