Enseigner, mais aussi apprendre aux élèves à exercer leur esprit critique. S’adapter à l’intelligence artificielle, répondre aux effets du changement climatique, accueillir des enfants déplacés par les guerres, faire vivre des classes de plus en plus diverses. La liste des tâches assignées aux enseignants s’allonge à mesure que l’école absorbe les bouleversements du monde.

C’est ce décalage entre ce que les sociétés attendent des enseignants et les moyens qui leur sont accordés que l’UNESCO, l’Organisation internationale du travail (OIT), l’UNICEF et l’Internationale de l’éducation – la fédération syndicale mondiale de la profession – ont choisi de placer au cœur de la journée mondiale des enseignants, célébrée ce lundi 5 octobre.

L’édition 2026 coïncide avec le 60e anniversaire de la Recommandation OIT-UNESCO concernant la condition du personnel enseignant. Adopté en 1966, ce texte international fixait des normes en matière de formation, de recrutement, d’emploi et de conditions de travail, avec une idée simple : l’enseignement est une profession qui doit bénéficier d’une reconnaissance publique et des moyens nécessaires pour remplir sa mission. Six décennies plus tard, la recommandation est en cours de révision afin de tenir compte des transformations qui ont bouleversé le métier.

Car si ses missions se multiplient, ses besoins les plus élémentaires demeurent. Formation initiale de qualité, perfectionnement tout au long de la carrière, environnement de travail sûr, autonomie professionnelle. Les quatre organisations insistent aussi sur la nécessité d’associer davantage les enseignants aux décisions qui concernent l’éducation. « Faire confiance au jugement professionnel des enseignants » et permettre à leur expérience d’éclairer les politiques publiques font partie des conditions nécessaires à la revalorisation du métier, estiment-elles.

Recruter, mais surtout retenir

L’urgence est aussi arithmétique. Selon les estimations citées dans leur communiqué commun, le monde aura besoin de 50 millions d’enseignants supplémentaires d’ici à 2030, dont 44 millions pour parvenir à l’accès universel à l’enseignement primaire et secondaire.

Mais ouvrir des postes ne suffira pas. Encore faut-il pouvoir les pourvoir – et convaincre ceux qui enseignent déjà de rester. Les organisations appellent ainsi à offrir des carrières « motivantes, gratifiantes et durables ». La question du statut ne relève donc pas seulement de la reconnaissance symbolique. Elle se mesure aussi aux salaires, à la charge de travail, aux perspectives de carrière et aux conditions dans lesquelles les enseignants exercent quotidiennement leur métier.

Le constat donne un relief particulier aux célébrations de cette année. Car demander aux enseignants de prendre en charge une part croissante des fractures contemporaines tout en laissant leur profession perdre de son attractivité revient à fragiliser l’institution même sur laquelle reposent ces nouvelles ambitions.

Dans les situations de conflit, cette contradiction prend une dimension plus brutale encore. Pour cette journée mondiale des enseignants, Julia Dicum, directrice de l’éducation de l’UNRWA, a choisi de relayer le message de Jwan, une élève de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, adressé à ses enseignants : « Merci de nous aider à poser des questions. Merci de nous encourager à réfléchir. Merci de nous donner la confiance d’essayer à nouveau » (écoutez notre entretien audio avec Julia Dicum ici).

Quelques mots qui ramènent le débat sur le statut des enseignants à ce qui se joue concrètement dans une salle de classe. Malgré les immenses difficultés auxquelles est confrontée l’UNRWA, ses enseignants et instructeurs continuent, souligne Julia Dicum, de créer des possibilités d’apprentissage et de stimuler la créativité des enfants et des jeunes réfugiés palestiniens.

Cette relation humaine occupe une place particulière dans le message publié lundi. A l’heure où l’intelligence artificielle promet de transformer l’apprentissage, les quatre organisations appellent à préserver « le rôle essentiel de la socialisation et de l’interaction humaine dans l’éducation » et font de la relation entre enseignant et élève l’un des fondements de l’école.

Le paradoxe est là. Plus les technologies rendent le savoir accessible, plus le métier d’enseignant est chargé de ce qu’elles ne peuvent aisément remplacer : éveiller l’esprit critique, inclure, rassurer, transmettre le goût d’apprendre et donner confiance. Autrement dit, non seulement apporter des réponses, mais apprendre à poser des questions – et, comme le dit Jwan, donner à un enfant l’envie « d’essayer à nouveau ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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