Chaque 13 février marque la Journée mondiale de la radio, une célébration fixée au moment où la Radio des Nations Unies a émis pour la première fois, il y a 80 ans.

Les équipes d’ONU Info ont recueilli des récits venus des quatre coins du monde qui révèlent une vérité simple : dans les lieux brisés par les conflits, les catastrophes ou de profondes fractures numériques, la radio demeure un battement constant et fiable – apportant information, réconfort et connexion là où d’autres signaux ne parviennent pas.

De la Radio de l’ONU à ONU Info

Ce rôle durable est profondément inscrit dans l’histoire même des Nations Unies. Il y a quatre-vingts ans, alors que le monde sortait des ravages de la Seconde guerre mondiale, la Radio de l’ONU a commencé à émettre depuis de modestes studios au Siège de l’Organisation à New York, atteignant le public grâce à des bulletins d’information et des programmes en cinq langues, transmettant souvent l’intégralité des débats du Conseil de sécurité.

L à R: Le personnel de la Radio des Nations Unies José Quijano-Santos, Luis Marron, Hernando Solano, Jorge A. Carvallo, Luis Carlos Sanchez, Osvaldo Lopez Noguerol, Beatrix Alcapra Cuellar et Guillermo Caram.

Au fil des décennies, des voix emblématiques comme Edward R. Murrow, Marlon Brando, Audrey Hepburn ou Frank Sinatra ont contribué à raconter des histoires mondiales, tandis que les auditeurs entendaient des discours historiques de dirigeants tels que John F. Kennedy, Mikhaïl Gorbatchev, Nelson Mandela, Fidel Castro ou le pape Jean-Paul II.

Cet héritage a évolué pour devenir ce qu’est aujourd’hui ONU Info, une plateforme multimédia publiée en 10 langues et connectée à des audiences dans plus de 170 pays. Elle propose des bulletins d’information, des informations de dernière minute, des interviews, des couvertures en direct et des récits approfondis sur les défis les plus urgents du monde – ainsi que sur les efforts en cours pour y répondre.

Malgré toutes les transformations apportées par les nouvelles technologies, un principe directeur demeure : fournir une information fiable à celles et ceux qui en ont le plus besoin, grâce à des formats audio qui font le pont entre héritage et innovation.

Reconstruire la radio à Gaza

C’est dans les zones de conflit que cette mission est la plus urgente. À Gaza, avant le 7 octobre 2023, 23 stations de radio locales opéraient sur l’ensemble du territoire. Toutes ont été détruites, après la guerre déclenchée par les attaques du Hamas contre Israël.

Rami Al-Sharafi, directeur de Zaman FM, s’efforce de reconstituer la diffusion – un effort fragile mais déterminé au milieu de destructions immenses.

Le journaliste Rami Al-Sharfi est le directeur de la radio de la station ZMN 90.60 FM à Gaza.

Lorsque ONU Info en arabe a visité la station, il a tout simplement dit : « Zaman FM a repris ses émissions, et nous sommes actuellement la seule station de radio à diffuser en FM depuis l’intérieur de la bande de Gaza après cette destruction massive ».

Le besoin d’une diffusion fiable est immense, alors que Gaza fait face à la propagation de maladies, à l’effondrement des structures éducatives et à la perturbation des services publics.

Un outil crucial pour le maintien de la paix

Dans d’autres zones de conflit, la radio reste une présence stabilisatrice. En République démocratique du Congo, Radio Okapi est devenue une voix de confiance depuis sa création en 2002, dans le cadre de la mission de maintien de la paix de l’ONU, alors la MONUC, aujourd’hui la MONUSCO.

Diffusant en français et en quatre langues nationales, la station offre une information fiable dans les régions touchées par la violence et les déplacements, selon des témoignages recueillis par ONU Info en français.

À Bukavu, dans l’est instable du pays, un auditeur a expliqué que Radio Okapi « joue un rôle clé dans la promotion de la paix en diffusant une information fiable et impartiale », ajoutant que « lorsque les gens veulent être sûrs qu’une information est vraie, ils se tournent souvent vers Radio Okapi ».

Radio Okapi et la Radio nationale congolaise ont pris l’engagement de diffuser des séquences didactiques sur les principales matières du cycle primaire et secondaire en RDC pendant la pandémie du Covid-19

Pour de nombreuses communautés, la station est aussi un canal vital de participation citoyenne et de reddition des comptes. « Elle permet aux victimes de guerre d’exprimer leur souffrance afin qu’elle parvienne aux autorités », a déclaré un autre habitant de Bukavu.

L’influence de la station dépasse l’information : elle lutte activement contre les discours de haine et renforce la cohésion sociale. À Lubumbashi, un auditeur a attribué à Radio Okapi le mérite d’avoir contribué à « stopper ou réduire les messages incitant à la haine », saluant des programmes comme Dialogue intercongolais, qui, selon lui, « permettent à la cohésion nationale de produire des résultats de paix ».

Une information vitale dans les zones de conflit

Pour des réfugiés comme Bahati Yohane, aujourd’hui installé dans le camp de réfugiés de Kyangwali en Ouganda, Radio Okapi est devenue une véritable bouée de sauvetage lors de l’escalade de la violence en RDC. Dans un entretien accordé à ONU Info en kiswahili, il a déclaré : « Pour être honnête, s’il n’y avait pas eu la radio pour nous informer sur la sécurité, nous ne serions pas en vie aujourd’hui ».

En République centrafricaine, la radio continue de briser l’isolement dans des zones reculées et dangereuses. La mission de paix de l’ONU, la MINUSCA, soutient à la fois sa propre station, Guira FM, et des radios locales afin de renforcer l’accès à une information de confiance.

Radio GUIRA FM, 4 ans déja

Grâce à des campagnes récentes ayant permis de mettre plus de 500 radios entre les mains des habitants, les communautés ont non seulement amélioré la circulation d’informations fiables, mais aussi limité les rumeurs susceptibles de perturber les déplacements, le commerce et les relations entre voisins.

Ces efforts ravivent une tradition commencée il y a plusieurs décennies, lorsque ONU Info en kiswahili s’était associé à Radio Tanzania – aujourd’hui Tanzania Broadcasting Corporation – pour diffuser l’émission hebdomadaire Mwangaza wa Umoja wa Mataifa, des années 1970 aux années 1990. L’ancienne responsable du programme, Edda Sanga, se souvient que « l’émission a nourri l’espoir et les aspirations de nombreuses personnes », en proposant des récits de progrès et des solutions pratiques.

C’était, dit-elle, un programme « attendu avec impatience » par les auditeurs en quête d’informations fiables sur la paix, les droits humains, l’environnement et les conflits dans les pays voisins.

L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) est également un partenaire clé des radios dans des environnements fragiles, les aidant à rester opérationnelles pendant les crises et à continuer de fournir des informations vitales. En Afghanistan, l’agence soutient 10 stations qui diffusent des conseils sur les services de base, atteignant jusqu’à 20 millions d’auditeurs, y compris Radio Begum, une radio par les femmes pour les femmes afghanes.

Les radio-amateurs, héros nationaux

En dehors des zones de conflit, la force tranquille de la radio apparaît encore plus clairement lors des urgences climatiques. Lorsque des tempêtes ou des inondations coupent les lignes téléphoniques et les connexions Internet, les signaux radio restent souvent le dernier lien fiable avec le monde extérieur.

Eloísa Farrera/CINU México

Jesús Miguel Sarmiento, XE1EW, préside la Fédération mexicaine des expérimentateurs de radio lors d’un événement radio.

Au Mexique, les radio-amateurs ont été reconnus comme des héros nationaux après le séisme de 1985, lorsque les systèmes de communication traditionnels avaient totalement cessé de fonctionner.

Aujourd’hui, la Fédération mexicaine des radioamateurs coordonne le Réseau national d’urgence, grâce à sa capacité à transmettre des informations vitales lors d’ouragans, d’inondations et de tremblements de terre.

Lors de l’ouragan Otis en 2023, les opérateurs ont improvisé rapidement des systèmes de communication dans des conditions extrêmes. Comme l’a expliqué à ONU Info en espagnol le président de la Fédération, Jesús Miguel Sarmiento Montesinos : « Ils ont transformé des fils de cuivre en antennes, utilisé leur matériel et leurs batteries, et ont immédiatement commencé à transmettre, décrivant la situation dans les zones touchées, l’ampleur des inondations, et si les zones étaient accessibles ou non ».

Une plateforme inclusive

La radio est aussi une force puissante d’accessibilité et d’inclusion. 

En Inde, Radio Udaan a été lancée en 2014 comme la première station en ligne du pays entièrement opérée par des animateurs et du personnel aveugles ou malvoyants. Aujourd’hui, elle atteint 125 000 auditeurs dans 120 pays, abordant les droits des personnes handicapées, l’éducation, la technologie et l’inclusion sociale, tout en brisant les stéréotypes à travers des défilés de mode, des concours de chant, des programmes de rencontres, des chasses aux talents et d’autres initiatives communautaires.

Une station de radio en ligne donnant une voix aux personnes aveugles en Inde.

ONU Info en hindi a rencontré le fondateur Danish Mahajan, qui a expliqué que son expérience de vie en tant que personne malvoyante façonne des programmes adaptés aux besoins du public.

Il a souligné l’importance des contenus d’ONU Info : « Chaque fois qu’il y a un programme, une discussion ou une commémoration spéciale de l’ONU liée au handicap, les thèmes, dialogues et discours inspirants produits par les Nations Unies profitent énormément à la communauté ».

M. Mahajan voit aussi de nouvelles opportunités grâce à l’intelligence artificielle, qu’il décrit comme une « technologie révolutionnaire » capable d’élargir l’accessibilité grâce à des outils comme des lunettes intelligentes aidant les personnes malvoyantes à interpréter leur environnement.

Une empathie que les algorithmes ne peuvent reproduire

L’intelligence artificielle transforme le paysage audio mondial. En Chine, ces changements se déploient à une vitesse remarquable, avec une audience de podcasts dépassant déjà 150 millions de personnes et appelée à croître encore.

ONU Info en chinois a recueilli les propos du professeur Sun Shaojing, de l’Université Fudan, selon qui les contenus audio s’intègrent profondément à la vie quotidienne – des véhicules électriques circulant dans des villes bondées aux appareils intelligents accompagnant les moments de solitude.

Le Pacte numérique mondial des Nations Unies vise à rassembler les gouvernements et l’industrie pour garantir que la technologie, comme l’intelligence artificielle, fonctionne pour toute l’humanité.

Il observe que les présentateurs d’information générés par l’intelligence artificielle et les voix synthétiques deviennent de plus en plus courants, offrant précision, efficacité et portée multilingue à une échelle autrefois inimaginable. Pourtant, au cœur de cette précision technologique, le professeur Sun identifie un paradoxe : les imperfections mêmes de la parole humaine – les silences, les hésitations, les textures émotionnelles – sont ce qui donne une âme à la voix.

« Lorsqu’il s’agit de rendre compte de scènes de catastrophe, des personnes touchées, de leur souffrance et de leurs besoins, l’IA perdrait de nombreuses dimensions émotionnelles et empathiques qui exigent compassion et connexion humaine. Elle n’atteindrait pas la même profondeur d’impact émotionnel ou de résonance », a-t-il déclaré.

Une demande croissante de communications radio dans l’espace

Même au-delà de la Terre, la radio continue de soutenir la communication et la découverte. Depuis le lancement du premier satellite en 1957, les ondes radio portent le travail discret de l’exploration, devenant le pont invisible derrière les communications spatiales, la surveillance de la Terre et la navigation.

Alors que l’exploration spatiale s’accélère, ces fréquences deviennent encore plus cruciales. Alexandre Vallet, chef des services spatiaux à l’Union internationale des télécommunications (UIT), a expliqué à ONU Info en portugais que les satellites équipés de capteurs très sensibles s’appuient sur les bandes de spectre protégées par l’UIT pour suivre avec précision l’accélération des effets du changement climatique.

Un satellite, vu depuis l’espace, survole l’Amérique du Sud.

Il a précisé que les projets lunaires en expansion des grandes puissances spatiales – notamment des projets des États-Unis et de la Chine visant à établir des bases permanentes – devraient entraîner une forte hausse des besoins en radiocommunications. Cette montée en puissance, a-t-il averti, pourrait menacer la Zone protégée de la Lune, préservée par un traité de l’UIT datant des années 1970 afin de conserver le silence lunaire indispensable à l’étude des premiers instants de l’univers.

« Lors de la prochaine conférence sur le règlement des radiocommunications, à la fin de 2027, nous discuterons pour la première fois de la mise en place d’un cadre réglementaire pour la gestion du spectre radio sur la Lune. Il faudra trouver un bon équilibre entre le besoin de liens de communication et la nécessité de protéger le spectre à des fins scientifiques », a-t-il déclaré.

À l’avenir, la transformation rapide de l’économie spatiale ne fera qu’approfondir la dépendance de l’humanité au spectre radio. M. Vallet a ajouté que des industries émergentes telles que le tourisme spatial, la fabrication orbitale, l’exploitation minière spatiale, et même des centres de données au-delà de la Terre dépendront de canaux de communication fiables basés sur la radio.

Un signal qui perdure

À travers les zones de conflit, les réponses aux catastrophes, les efforts d’accessibilité, l’innovation numérique et même les confins de l’espace, la radio continue de démontrer sa force silencieuse mais remarquable.

Dans un monde submergé par les images et une technologie en accélération constante, ces ondes invisibles demeurent un rappel que les formes de communication les plus simples portent souvent le plus grand pouvoir : informer, protéger et unir.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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