Selon un nouveau rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), rendu public mercredi, le commerce illégal de déchets alimente une pollution toxique croissante, tout en enrichissant réseaux criminels et entreprises peu scrupuleuses.

« Notre étude montre que le trafic de déchets reste extrêmement difficile à détecter, à enquêter et à poursuivre », souligne Candice Welsch, directrice de l’analyse des politiques et des affaires publiques à l’ONUDC, dans un communiqué de presse accompagnant la parution du rapport. « Ce n’est pas un défi abstrait : il entraîne une pollution toxique de l’eau potable, des océans, des sols et bien plus encore ».

Un marché criminel nourri par la mondialisation

Plus la gestion des déchets devient coûteuse et réglementée, plus la tentation de s’en débarrasser illégalement grandit. L’économie mondiale des déchets, évaluée à environ 1 200 milliards de dollars en 2024, offre un terrain fertile à ces dérives. Les profits issus des activités illégales restent difficiles à quantifier, mais certaines estimations évoquent des milliards de dollars par an, notamment dans le secteur des déchets électroniques.

Les filières sont complexes, éclatées entre producteurs, courtiers, transporteurs, recycleurs et négociants. Cette fragmentation favorise la fraude. Au nombre les méthodes courantes figurent les fausses déclarations, les documents falsifiés, les mélanges de déchets dangereux avec des flux légaux ou l’utilisation de sociétés écrans.

Organisations criminelles structurées et entreprises légales se côtoient souvent dans ce secteur. Certaines sociétés ignorent simplement la réglementation. D’autres recourent sciemment à des services illégaux ou entretiennent des activités parallèles clandestines.

Des enfants traversent un lac pollué sur un radeau de fortune dans le bidonville de Korail, à Dhaka, au Bangladesh.

Le Sud, décharge du Nord

Le rapport confirme une tendance bien documentée. Les déchets les plus difficiles ou coûteux à traiter circulent fréquemment des pays riches vers des régions plus pauvres. Plastiques, déchets électroniques ou véhicules hors d’usage y sont souvent recyclés dans des conditions dangereuses ou abandonnés à ciel ouvert, avec des conséquences directes sur la santé des populations.

Les pays à faibles revenus, parfois dépourvus d’infrastructures adaptées, deviennent ainsi des maillons fragiles d’une chaîne globale. Les travailleurs informels qui récupèrent métaux ou composants électroniques y sont particulièrement exposés aux substances toxiques.

© Unsplash/John Cameron.

Chaque année, des millions d’appareils électriques et électroniques sont jetés dans le monde.

Une criminalité peu risquée, très rentable

L’un des moteurs majeurs du trafic reste économique. Les sanctions sont souvent faibles comparées aux gains potentiels. Dans certains cas, les amendes encourues sont inférieures au bénéfice d’un seul chargement illégal de déchets électroniques.

La faiblesse des contrôles aggrave la situation. À l’échelle mondiale, seuls 2 % des conteneurs maritimes sont inspectés physiquement, et une fraction seulement concerne les déchets.

Résultat, une grande partie du trafic passe inaperçue.

Une pollution aux effets durables

Au-delà de l’économie souterraine, l’enjeu est sanitaire. Décharges illégales, brûlage de déchets ou contamination des sols exposent riverains et travailleurs à des substances cancérigènes ou neurotoxiques. Les coûts de dépollution peuvent atteindre des millions de dollars pour un seul site contaminé.

Les conséquences dépassent la seule écologie : concurrence déloyale pour les filières légales, perte de matières premières recyclables et affaiblissement de la transition vers une économie circulaire.

Un combat encore fragmenté

Le rapport indique que la lutte contre ces trafics reste entravée par l’absence d’harmonisation des législations, le manque de moyens des autorités et la faiblesse de la coopération internationale. Les spécialistes soulignent la nécessité d’améliorer la traçabilité des déchets, de renforcer les sanctions et d’accroître la responsabilité des entreprises.

Faute de telles mesures, préviennent les experts, la croissance attendue de la production mondiale de déchets risque d’élargir encore ce marché clandestin.

Invisible, technique, rarement spectaculaire, le trafic de déchets n’en constitue pas moins l’une des formes contemporaines les plus insidieuses de criminalité environnementale – un commerce discret, mais aux effets profondément tangibles.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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