Un engagement qui dépasse le cadre du bloc opératoire et s’inscrit dans une mobilisation plus large en faveur des droits des femmes. 

A l’occasion de la Journée mondiale des femmes, qui est célébrée le 8 mars, son travail attire l’attention sur les victimes de mutilations génitales.

En avril dernier, elle a participé pendant 12 jours au projet Muskoka à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Ce programme a pour but d’éduquer et former des médecins en Afrique de l’Ouest afin de combattre l’excision.

Sur place, où une femme sur trois est touchée par l’excision, Sarah Abramowicz a opéré (au total, près d’une cinquantaine d’opérations) et formé des chirurgiens sénégalais, béninois, tchadiens et ivoiriens.

Une mission de terrain au cours de laquelle elle a poursuivi son combat : opérer, accompagner et contribuer à reconstruire ces femmes marquées dans leur chair.

Des « exciseuses » remettent leurs instruments lors d’une cérémonie visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines (MGF) en Gambie.

Les desiderata masculins

Car chez Sarah Abramowicz, le combat pour les âmes meurtries prend la forme d’un féminisme engagé et concret. Elle se dit « horrifiée » par le sort de ces jeunes filles qui subissent cet acte de « torture ».

« Quand j’ai commencé à rencontrer des femmes excisées, je me suis demandé jusqu’où le monde irait pour soumettre les femmes aux desiderata masculins. Je me suis dit que ce n’était pas possible et qu’il fallait faire quelque chose et trouver une solution pour arrêter ce genre de pratique », se désole Sarah.

Elle raconte le cas d’une jeune fille qui a quitté son pays pour fuir l’excision et parce qu’elle était homosexuelle. En raison de son orientation sexuelle, « il a été décidé, après multiples tortures, de l’exciser pour la faire ‘revenir à la raison’ ». Quand elle est arrivée en France, elle a été prise en charge par des associations et « elle s’en est brillamment sortie ».

Parmi les femmes qu’elle a opérées en France, « il y a clairement une amélioration dans leur identité féminine ». « Il y en a beaucoup qui viennent parce qu’elles veulent qu’on leur rende ce qu’on leur a pris (…) Il y a une idée de redevenir femme. Elles sont toutes ravies parce qu’on remet l’organe ».

« Il y a des femmes qui savent qu’en se faisant réparer, elles coupent le lien de la coutume avec leur famille. Beaucoup de femmes sont venues en me disant : ‘Je n’en parle pas à ma mère’. Et lui en ont parlé après. Cela a permis pas mal d’ouverture avec leur mère. On se rend compte que les mères n’ont souvent pas eu le choix et qu’elles sont très contentes que les filles aient fait ça ». 

Violences et injustices

Cette prise de conscience face à l’ampleur des violences et des injustices faites aux femmes nourrit chez Sarah Abramowicz une inquiétude profonde face aux restrictions de libertés subies par d’autres femmes dans le monde.

« Partout, les extrêmes arrivent, les masculinistes arrivent, les droits des femmes reculent partout. Je vous avoue que je désespère un peu, mais il ne faut pas, on finira par y arriver, j’en suis sûr, mais comment ?  Dans combien de temps et au prix de combien de vies de souffrance ? Je ne sais pas », s’interroge-t-elle.

Pourtant, au-delà de ce constat préoccupant sur l’évolution des droits des femmes, son parcours personnel illustre une détermination qui s’exprime concrètement sur le terrain. Sarah esquisse un léger sourire lorsqu’elle raconte son expérience en Côte d’Ivoire.

La jeune femme a su s’imposer auprès de ses collègues masculins et a dû faire face à certains a priori. « Je suis partie avec un anesthésiste et un autre chirurgien qui était mon junior. Et ça a été un peu compliqué au départ de faire comprendre que c’était moi la senior et la cheffe de mission ».

La jeune génération est, quant à elle, plus sensibilisée aux questions d’égalité. La docteure s’amuse d’une anecdote vécue lors d’un cours qu’elle présentait. « Il y avait des internes guinéens. Et c’était assez rigolo parce qu’il y en a qui ont dit : ‘Mais vous ne pouvez pas faire ça’. Les internes filles ont réussi, extrêmement poliment, avec plein d’arguments, à faire taire les garçons en moins d’une minute », s’esclaffe-t-elle.

Le féminisme comme point d’ancrage

Féministe convaincue, elle mène ce combat depuis longtemps. « Je considère le féminisme comme une grande chose, et je sais qu’il y a eu des périodes dans le temps où c’était un peu honteux d’être féministe. Je pense qu’on doit énormément de choses aux féministes et je leur rends hommage et je pense que, malheureusement, on a encore beaucoup besoin d’être féministe ».

Tout au long de sa carrière, elle s’est parfois heurtée à des critiques concernant son travail. « Il y a des personnes qui considèrent qu’être contre l’excision, c’est être contre des pratiques culturelles (…) La culture chez les Peuls ou chez les Soninkés, ce n’est pas l’excision. L’excision et ce que ça inflige aux femmes ne doivent pas en faire partie. Et on ne peut pas défendre cela sous un prétexte culturel ».

Consciente que le combat est loin d’être terminé, Sarah Abramowicz appelle à l’unité : « J’aimerais que toutes les femmes soient solidaires les unes des autres, ensemble, quelle que soit leur problématique, quelle que soit leur souffrance, pour qu’on arrive enfin à l’égalité avec les hommes ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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