La crise climatique s’invite jusque dans les maternités. Lundi, à l’ouverture d’une réunion ministérielle aux Fidji, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, a voulu attirer l’attention sur une vulnérabilité encore peu présente dans les politiques climatiques. Celle des femmes enceintes et des nouveau-nés.

« A mesure que les chaleurs extrêmes s’aggravent, la grossesse et la naissance constituent désormais une nouvelle ligne de fracture de la crise climatique mondiale, potentiellement mortelle », a-t-il déclaré lors de la réunion organisée en préparation de la COP31, qui aura lieu du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie.

Le constat repose sur un faisceau de travaux scientifiques de plus en plus étoffé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) associe l’exposition aux chaleurs extrêmes pendant la grossesse à un risque accru de complications, notamment les troubles hypertensifs, les naissances prématurées, le faible poids à la naissance et les bébés mort-nés. Les femmes enceintes figurent désormais parmi les populations que l’organisation considère comme particulièrement vulnérables aux épisodes de chaleur.

Des soignants en première ligne

De nouvelles données publiées lundi par la fondation britannique Wellcome donnent à voir la manière dont cette évolution est déjà perçue dans les maternités. Son enquête, menée auprès de 1 000 professionnels de santé en Australie, au Brésil, en Inde, au Royaume-Uni et au Zimbabwe, ne mesure pas directement la fréquence des complications. Elle recueille l’expérience de médecins, sages-femmes et autres soignants.

Près des trois quarts d’entre eux (73 %) disent avoir observé, au cours des cinq dernières années, une augmentation des cas ou complications qu’ils associent à la chaleur. Plus de huit sur dix (81 %) se disent préoccupés par les risques croissants que les températures extrêmes font peser sur les femmes enceintes, les fœtus et les nouveau-nés. Presque tous affirment avoir déjà pris en charge une femme enceinte ou un bébé dont ils estimaient que la santé avait été affectée par la chaleur.

Une synthèse de l’étude et d’autres recherches disponibles publiée par le Financial Times estime qu’à chaque degré supplémentaire d’exposition à la chaleur correspond une augmentation d’environ 4 % du risque de naissance prématurée, tandis que l’exposition à une vague de chaleur est associée à un risque de complications obstétricales supérieur d’environ 25 %.

Mais le danger ne tient pas seulement aux effets physiologiques de la chaleur. Celle-ci complique aussi l’accès aux soins, met à l’épreuve des maternités parfois dépourvues de climatisation ou d’électricité fiable et expose particulièrement les femmes qui travaillent à l’extérieur ou vivent dans des logements mal adaptés aux températures extrêmes.

« Rester au frais n’est tout simplement pas une option lorsqu’il n’y a aucun endroit frais où aller », a résumé Simon Stiell.

Une nouvelle dimension des inégalités climatiques

C’est là que le sujet sanitaire rejoint celui, plus classique, des négociations climatiques. L’exposition est mondiale, mais les moyens de s’en protéger ne le sont pas. Une grossesse à risque pendant une vague de chaleur n’a pas les mêmes conséquences lorsque le dispensaire dispose d’eau, d’électricité et de personnel en nombre suffisant que lorsqu’il faut parcourir des kilomètres pour atteindre une structure déjà débordée.

Pour Simon Stiell, les plans nationaux d’adaptation doivent donc intégrer explicitement la santé maternelle et néonatale : systèmes d’alerte en cas de chaleur, formation des soignants, établissements mieux adaptés, approvisionnement fiable en eau et en électricité et collecte plus systématique de données.

Cet appel intervient alors que les ministres préparent la COP31. La réunion organisée cette semaine aux Fidji et à Tuvalu entend précisément replacer les Etats insulaires du Pacifique, parmi les plus exposés à la montée des eaux et aux événements climatiques extrêmes, au centre des négociations. Leur mobilisation contraste toutefois avec une participation internationale plus faible qu’espéré.

La question ramène surtout les négociateurs à celle du financement. À la COP30 de Belém, au Brésil, les pays ont appelé à tripler au minimum les financements consacrés à l’adaptation d’ici à 2035 et à porter à 1 300 milliards de dollars par an les financements climatiques destinés aux pays en développement, toutes sources publiques et privées confondues.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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