Mais la paix reste précaire, adossée à la présence de plus de 12 000 Casques bleus et à un soutien international sans lequel l’État centrafricain peine encore à s’imposer sur l’ensemble de son territoire.
« La centralité de la justice et de l’État de droit doit être renforcée », a insisté mercredi devant le Conseil de sécurité Omar Hilale, le président de la Commission de consolidation de la paix, un organe consultatif de l’ONU qui aide les pays sortant de conflit à gérer la sortie de crise. Le haut responsable a toutefois rappelé que les progrès enregistrés demeurent fragiles et susceptibles d’être remis en cause.
Une sortie de crise lente et incomplète
Déployée depuis 2014, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) reste un acteur clé de cet équilibre instable. Lorsque la mission s’installe, le pays est pris dans une séquence de violences extrêmes après la prise de pouvoir l’année précédente de la coalition rebelle Séléka, coalition à dominante musulmane, et la contre-offensive des milices anti-balaka, majoritairement chrétiennes. L’État disparaît alors de larges portions du territoire, les violences intercommunautaires se multiplient et des centaines de milliers de civils fuient leurs foyers.
Depuis, plusieurs jalons ont été franchis. La Séléka a été dissoute, un accord de paix signé en 2019 a intégré 14 groupes armés dans un processus politique et trois élections présidentielles ont eu lieu. La dernière en date, le 28 décembre 2025 a constitué, selon la cheffe de la MINUSCA, Valentine Rugwabiza, « un jalon important dans la consolidation du processus de paix et de l’autorité de l’État ». La tenue du scrutin sans rupture majeure du processus politique marque une différence notable avec les cycles d’instabilité passés.
Pour autant, ces avancées restent géographiquement inégales. Les régions de l’ouest et du centre ont connu une amélioration relative de la sécurité, tandis que le nord-est et le sud-est continuent de concentrer les tensions : attaques sporadiques de groupes armés, rivalités locales, pressions liées à l’arrivée de réfugiés fuyant la guerre au Soudan voisin. Dans certaines zones, l’accès humanitaire demeure difficile et l’autorité étatique fragile.
Le défi persistant des groupes armés
L’accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019 a permis l’intégration de plus d’une dizaine de groupes armés dans un processus politique et la dissolution d’autres factions. Le programme de désarmement, démobilisation et réintégration a progressé, avec plusieurs milliers d’ex-combattants concernés. Mais la démobilisation militaire ne suffit pas à stabiliser durablement le pays. Selon Omar Hilale, il faut veiller à « préserver l’intégrité du cadre convenu du processus de désarmement, démobilisation et réintégration » et surtout soutenir « le développement socio-économique à long terme dans les zones précédemment affectées par les groupes armés, afin que les efforts de réintégration se traduisent par une stabilisation durable ».
La réintégration économique reste en effet l’un des points les plus sensibles. Faute d’emplois et d’infrastructures, certains anciens combattants restent exposés à une remobilisation armée. Le lien entre sécurité et développement apparaît ici particulièrement direct. Sans perspectives économiques crédibles, la paix demeure vulnérable.
Un État encore dépendant de l’extérieur
Au-delà de la sécurité immédiate, la consolidation institutionnelle constitue l’autre grand chantier. Réforme du secteur de sécurité, renforcement de la justice, extension de l’administration hors de Bangui sont autant d’étapes nécessaires pour éviter que les avancées politiques ne reposent exclusivement sur la présence internationale. Comme l’a rappelé M. Hilale, toute évolution du dispositif onusien devra rester « fermement ancrée dans les réalités du terrain » afin de garantir que « toute transition éventuelle vers les autorités nationales soit ordonnée, responsable et durable ».
La question dépasse la seule dimension sécuritaire. Elle renvoie à la capacité de l’État centrafricain à assumer progressivement ses fonctions régaliennes sans créer de vide que pourraient exploiter groupes armés ou tensions locales. « L’appropriation nationale reste primordiale et constitue un principe directeur », a également insisté M. Hilale, soulignant le dilemme classique des opérations de paix : accompagner sans se substituer durablement.
Stabilisation sécuritaire, fragilité économique
Le défi économique reste immense dans ce pays enclavé, où les infrastructures sont rares, l’économie largement informelle et les finances publiques contraintes. Le plan national de développement 2024-2028 vise à rompre avec la dépendance chronique à l’aide humanitaire et à amorcer une dynamique de reconstruction durable. Mais la concrétisation des engagements financiers internationaux reste incertaine, et la stabilisation demeure étroitement liée à l’amélioration des conditions de vie.
Comme l’a souligné Valentine Rugwabiza, la stabilisation durable passe notamment par le renforcement de l’autorité de l’État et l’amélioration des perspectives socio-économiques, un processus qui suppose des investissements de long terme et une coordination étroite entre sécurité, gouvernance et développement.
Routes, énergie, services publics, accès à l’emploi conditionnent, au-delà des indicateurs sécuritaires, la perception même de la paix par la population.
Une paix encore sous surveillance
La Centrafrique illustre ainsi un paradoxe fréquent dans les situations post-conflit. La violence généralisée recule, les institutions fonctionnent de nouveau, mais l’équilibre demeure fragile. L’État progresse, sans encore s’imposer pleinement. La paix existe, mais elle reste en grande partie encadrée.
Plus qu’une sortie de crise nette, le pays semble engagé dans une transition prolongée, faite d’avancées réelles mais réversibles. Une paix qui se construit pas à pas et dont la solidité dépend encore, pour une large part, du soutien extérieur.
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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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