Publié jeudi, le rapport intitulé State of Biodiversity Action souligne le décalage entre les ambitions affichées par les États et les mesures mises en œuvre. Si près de 90 % des pays ont fixé des objectifs nationaux, les progrès restent insuffisants pour respecter les engagements mondiaux.

« Ce rapport montre qu’il existe un fossé entre l’ambition et l’action », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’une conférence de presse marquant le lancement du document à Erevan, en Arménie.

Adopté en décembre 2022, le Cadre mondial de Kunming-Montréal fixe 23 objectifs destinés à protéger les écosystèmes, à restaurer la nature et à s’attaquer aux causes de son déclin. Il vise notamment à protéger 30 % des terres et des mers de la planète d’ici à 2030.

Or, selon les engagements actuellement pris, seuls 26 % des écosystèmes terrestres et 12 % des écosystèmes marins seraient protégés à cette échéance, loin de l’objectif dit « 30×30 », convenu par les pays à Montréal.

« La guerre contre la nature n’est pas encore terminée », a averti António Guterres, rappelant que la crise de la biodiversité s’inscrit dans une triple crise planétaire, aux côtés du changement climatique et de la pollution.

Les Nations unies
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors du lancement du rapport mondial sur la biodiversité à Erevan, en Arménie.

Des progrès réels, mais insuffisants

Le rapport souligne néanmoins une mobilisation internationale importante depuis 2022. Près de 90 % des Parties à la Convention sur la diversité biologique ont défini des objectifs nationaux en matière de biodiversité. Plus de la moitié ont élaboré des feuilles de route pour leur mise en œuvre, tandis que plus de 70 % ont mesuré et communiqué des résultats.

Quelque 5 000 engagements ont également été pris par différents acteurs, notamment des peuples autochtones, des communautés locales, des collectivités territoriales, des organisations non gouvernementales et des entreprises.

Mais cette mobilisation ne se traduit pas encore par des avancées suffisantes sur le terrain. Aucun des 23 objectifs du Cadre mondial ne présente un bilan entièrement positif, selon le rapport. Les progrès restent inégaux et les mesures destinées à s’attaquer directement aux facteurs de perte de biodiversité accusent un retard particulièrement marqué.

Les lacunes concernent notamment la transformation des systèmes économiques, la suppression des incitations financières nuisibles à la nature et la mise en place de mécanismes favorisant les activités bénéfiques aux écosystèmes.

Le rapport pointe également des insuffisances dans les financements, le renforcement des capacités, la coopération scientifique et technique, le transfert de technologies et le partage des connaissances. Le manque de coordination entre les secteurs et les niveaux de gouvernement, ainsi que les lacunes dans les données disponibles, freinent aussi la mise en œuvre des engagements.

Ces obstacles pèsent particulièrement sur les pays en développement, confrontés à des contraintes financières et techniques qui limitent leur capacité à protéger et à restaurer leurs écosystèmes.

La secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique, Astrid Schomaker, salue l’engagement suscité par le Cadre de Kunming-Montréal mais estime que « le rythme et l’ampleur de la mise en œuvre doivent augmenter partout dans le monde et à tous les niveaux de la société » pour atteindre les objectifs de 2030.

30 dollars contre un dollar pour la nature

Pour Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le rapport doit servir de signal d’alarme à la veille de la conférence mondiale sur la biodiversité.

« Le Cadre mondial de la biodiversité est notre meilleure chance d’enrayer et d’inverser la perte de biodiversité », a-t-elle souligné, appelant les dirigeants et les négociateurs à intensifier leurs efforts et à respecter les objectifs qu’ils ont eux-mêmes adoptés.

La question du financement sera déterminante. Le Cadre prévoit de mobiliser 200 milliards de dollars par an, toutes sources confondues, pour la biodiversité. Pourtant, selon Inger Andersen, pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars continuent d’être consacrés à des activités qui la détruisent.

Il est donc essentiel, insiste-t-elle, de réorienter les subventions et les incitations qui nuisent aux écosystèmes vers des activités favorables à la nature.

António Guterres appelle, lui aussi, les États à honorer leurs engagements en matière d’aide publique au développement, à renforcer la protection sociale et à intégrer systématiquement la biodiversité dans les décisions budgétaires, les réglementations et les politiques économiques.

L’enjeu dépasse la seule conservation des espèces. La dégradation de la nature menace directement la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, la santé, l’énergie et les moyens de subsistance. Elle est également étroitement liée au réchauffement climatique.

Inger Andersen rappelle que le dépassement du seuil de 1,5 °C de réchauffement mondial accroît les risques pour les écosystèmes, notamment le dépérissement des forêts, les perturbations des cycles biologiques et le franchissement de seuils écologiques irréversibles.

L’Arménie veut transformer les engagements en résultats

La publication du rapport intervient à la veille de la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (COP17), qui s’ouvre le 19 octobre à Erevan et se tiendra jusqu’au 30 octobre.

Pour l’Arménie, qui accueille la COP17, l’enjeu est clair : transformer les engagements en résultats concrets. Dans un entretien accordé à ONU Info, le représentant permanent du pays auprès des Nations Unies, Paruyr Hovhannisyan, plaide pour une feuille de route assortie de mesures précises et mesurables. Objectif : faire de cette conférence un tournant dans la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité, en renforçant les engagements politiques, les financements et le suivi des progrès, plutôt que de chercher à désigner des responsables des retards.

Pour António Guterres, les conclusions du rapport offrent une feuille de route pour accélérer les efforts. « La nature ne prospérera pas grâce aux bonnes intentions », a-t-il prévenu.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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