Bientôt trois semaines après l’offensive lancée par les États-Unis et Israël contre des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes, suivie de frappes de représailles de Téhéran dans le Golfe et au-delà, le conflit ne cesse de s’étendre. Du Liban à Gaza, en passant par le détroit d’Ormuz, les effets se cumulent : déplacements massifs, effondrement des services essentiels, flambée des prix du pétrole – et désormais, une inquiétude sanitaire d’une autre nature.

« Le pire scénario est un incident nucléaire, et c’est ce qui nous inquiète le plus », a averti Hanan Balkhy, directrice de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la Méditerranée orientale, dans un entretien avec le média américain Politico. « Autant nous nous préparons, autant rien ne peut empêcher les dégâts qui surviendront […] dans la région – et à l’échelle mondiale si cela devait se produire – et les conséquences dureront des décennies ».

L’OMS se prépare, dit-elle, à un incident « au sens large », qu’il s’agisse d’une frappe sur une installation nucléaire ou de l’utilisation d’une arme. « Nous y réfléchissons, et nous espérons vraiment que cela n’arrivera pas ».

Un bâtiment lourdement endommagé par des frappes aériennes récentes à Beyrouth, au Liban.

Une guerre qui déborde de toutes parts

En Iran, les frappes aériennes ont déjà fait plus de 1 200 morts et des milliers de blessés, selon les autorités sanitaires locales, tandis que des millions de personnes ont fui les zones touchées. Les bombardements ont visé au moins vingt provinces, frappant habitations, écoles, raffineries et infrastructures vitales.

Des installations d’eau ont été endommagées, des pénuries sont signalées, et des risques environnementaux – fumées toxiques, contamination potentielle – inquiètent les autorités sanitaires. Dans certaines régions, l’approvisionnement en eau dépend désormais de livraisons d’urgence.

Au Liban, où le Hezbollah pro-iranien affronte Israël, plus d’une personne sur cinq a fui les combats. Elles s’entassent dans des écoles, des bâtiments publics ou chez des proches, voire même quittent le pays pour la Syrie voisine. Les femmes représentent 20 % des victimes, et des milliers d’entre elles sont enceintes, souvent privées d’accès aux soins.

Dans ces abris improvisés, les risques s’accumulent : violences sexuelles, absence de soins obstétricaux, infections liées aux conditions sanitaires. « Les femmes et les filles sont les plus durement touchées dans toute crise, et celle-ci ne fait pas exception », a souligné jeudi la représentante de l’agence des Nations Unies chargée des questions de santé sexuelle et reproductive (UNFPA) au Liban.

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres (à gauche), lors d’un point de presse conjoint avec António Costa, Président du Conseil européen, le jeudi 19 mars.

« Il est grand temps de mettre fin à cette guerre qui risque de devenir totalement incontrôlable, provoquant d’immenses souffrances pour les civils et une propagation dans l’économie mondiale vraiment dramatique, avec des conséquences potentiellement tragiques, en particulier pour les pays les moins avancés », a averti jeudi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, depuis Bruxelles.

S’adressant à Téhéran, il a également appelé à « cesser d’attaquer [ses] voisins ; ils n’ont jamais été parties au conflit ». Et le chef de l’ONU d’insister : « Il est temps que la force du droit prévale sur le droit de la force. Il est temps que la diplomatie l’emporte sur la guerre ».

La guerre contre les systèmes de santé

À mesure que le conflit s’étend, les hôpitaux deviennent eux-mêmes des cibles ou des dommages collatéraux. L’OMS a recensé des dizaines d’attaques contre des structures de santé en Iran et au Liban depuis le début des hostilités.

« Tragiques et inacceptables », a dénoncé Hanan Balkhy à Politico, rappelant que les soignants doivent être protégés « en toutes circonstances » par le droit international. En Iran, au moins 241 établissements de santé ont été endommagés, tandis que plusieurs hôpitaux ont dû être évacués.

Cette pression s’étend à l’ensemble de la région. À Gaza, les restrictions sur l’acheminement de l’aide aggravent une crise sanitaire déjà extrême, avec des pénuries critiques de médicaments. Au Liban, un système de santé déjà fragilisé avant la guerre peine à absorber l’afflux de blessés et de déplacés.

« Vous parlez d’accès à une alimentation de qualité, à de l’eau propre, de l’interruption des soins médicaux — qu’il s’agisse des vaccinations infantiles, des traitements, des patients dialysés ou atteints de cancer — cela aura un coût énorme pour la population libanaise », a prévenu Mme Balkhy.

Des personnes traversent la frontière vers la Syrie à la suite de l’escalade des hostilités au Liban.

Le détroit d’Ormuz, nerf mondial de la guerre

Au-delà des zones de combat, la guerre redessine les équilibres économiques mondiaux. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un quart du pétrole mondial acheminé par voie maritime, est devenu un point de tension majeur. Les attaques de navires par l’armée iranienne, mais aussi les frappes israélo-américaines sur des installations gazières iraniennes ont entraîné une hausse brutale des prix de l’énergie.

Le prix du brut a dépassé les 118 dollars le baril jeudi matin, soit une hausse de près de 10 %, mais a depuis diminué. Le cours avait clôturé mercredi à plus de 107 dollars le baril, portant sa progression à près de 50 % depuis le début de la guerre.

En Asie, l’onde de choc se propage déjà. L’augmentation des prix du pétrole renchérit le transport, l’électricité et les denrées alimentaires dans des pays dépendants des importations comme le Pakistan ou le Bangladesh. Les prix des engrais et du blé — dont une partie transite par le Golfe — augmentent, alimentant les craintes pour la sécurité alimentaire.

« Il existe des signes précoces significatifs de perturbation des routes maritimes », observe Rupa Chanda, directrice de la division du commerce à la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie et le Pacifique (ESCAP). « De grandes compagnies maritimes ont suspendu leurs services vers le Moyen-Orient, entraînant des conteneurs bloqués et une congestion accrue dans les ports ».

Ces perturbations dépassent déjà le secteur énergétique. « Le conflit commence à provoquer une pénurie d’intrants essentiels à la production dans la région Asie-Pacifique », poursuit-elle, évoquant une crise quasi immédiate dans les semi-conducteurs et l’électronique avancée, liée notamment à la suspension des exportations de gaz spécialisés depuis le Golfe. « La combinaison des goulets d’étranglement logistiques, des pénuries de composants et de l’épuisement des stocks pourrait entraîner une contraction de la production manufacturière régionale si le conflit se prolonge ».

Même les pays enclavés, comme l’Afghanistan, subissent les contrecoups de chaînes d’approvisionnement perturbées. Déjà fragilisée, la région est poussée « d’une crise à une autre », selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, alors que des milliers d’Afghans déplacés reviennent dans un pays incapable de les accueillir.

© PAM/Maxime Le Lijour est publié en anglais.

Les habitants de Gaza continuent de vivre sous des tentes, au milieu des destructions.

Une guerre sans frontière

Les mouvements de population témoignent de cette extension. Plus de 125 000 personnes ont déjà franchi la frontière du Liban vers la Syrie. En Iran, entre 600 000 et un million de ménages auraient été déplacés en quelques semaines.

Ces flux s’ajoutent à des crises déjà anciennes : réfugiés afghans en Iran, déplacés syriens au Liban, populations sous blocus à Gaza. La guerre actuelle agit comme un multiplicateur de vulnérabilités.

Dans ce paysage fragmenté, les agences humanitaires tentent de suivre, de réparer, d’anticiper – tout en sachant que certaines conséquences, elles, échappent à toute réponse.

A ces dernières, s’ajoutent désormais le risque d’un accident nucléaire.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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