« L’instabilité dans la région, sur les deux plus longues frontières de l’Afghanistan, compromet la stabilité du pays », a averti lundi la cheffe par intérim de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Georgette Gagnon, lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité.
Depuis plusieurs semaines, les tensions avec le Pakistan ont brusquement dégénéré. Islamabad accuse les talibans afghans d’héberger ou de tolérer les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe insurgé responsable d’attaques meurtrières sur le sol pakistanais. Les représailles ont pris la forme de frappes aériennes pakistanaises dans des villes afghanes proches de la frontière, tandis que les échanges de tirs et les fermetures de postes frontaliers se multiplient.
« Le conflit avec le Pakistan a eu des coûts humains et économiques sévères », a souligné Mme Gagnon, appelant les deux pays à « cesser immédiatement les hostilités » et à résoudre leurs différends par la voie diplomatique.
Pour un pays déjà exsangue, ces tensions frontalières ont des conséquences immédiates. La fermeture des routes commerciales avec le Pakistan, principal partenaire économique de l’Afghanistan, a paralysé les échanges et perturbé l’approvisionnement du pays.
Le choc de la guerre au Moyen-Orient
Comme si cette crise ne suffisait pas, un autre conflit vient compliquer l’équation.
Depuis l’offensive militaire lancée samedi 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran, l’autre corridor commercial encore fonctionnel pour l’Afghanistan est lui aussi menacé.
« Avec la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan fermée, l’Iran avait fourni une route commerciale alternative qui devient maintenant de plus en plus incertaine en raison du conflit en cours », a expliqué la responsable de l’ONU.
Sur les marchés afghans, les effets commencent déjà à se faire sentir. Les prix des denrées de base augmentent dans un pays où l’économie reste extrêmement fragile.
Un pays coupé du monde
Mais, pour les Nations Unies, la racine du problème est plus profonde encore.
« L’aliénation persistante de l’Afghanistan vis-à-vis du système international demeure la question centrale », a souligné Georgette Gagnon.
Depuis la chute du gouvernement soutenu par les États-Unis et le retour des talibans au pouvoir il y a bientôt cinq ans, le pays vit dans une situation diplomatique inédite. Les autorités de facto gouvernent, mais aucun État occidental ne les reconnaît officiellement. Les sanctions, la paralysie du système bancaire et la chute de l’aide internationale ont plongé l’économie dans une crise profonde.
Cet isolement entrave la coopération sécuritaire, le développement économique, la lutte contre le terrorisme et la gestion des cries humanitaire, suite notamment aux tremblements de terre qui ont secoué l’est et le nord du pays l’an dernier.
Quelques signaux contradictoires
Certaines évolutions récentes montrent toutefois un tableau plus complexe.
La culture du pavot – moteur historique de l’économie de l’opium – s’est effondrée depuis l’interdiction imposée par les talibans. Les surfaces cultivées sont tombées à 10 200 hectares en 2025, soit une fraction des niveaux observés avant l’interdiction.
Le pays a également absorbé 5,5 millions de retours d’Afghans depuis septembre 2023, souvent expulsés ou poussés à revenir depuis l’Iran et le Pakistan voisins.
Mais ces éléments ne suffisent pas à masquer la fracture la plus profonde du pays.
La guerre contre les femmes
Dimanche, la communauté internationale célébrait la Journée internationale des droits des femmes. En Afghanistan, cette date souligne surtout l’ampleur du recul.
« Les politiques imposées au peuple afghan, en particulier en matière d’éducation des filles et des femmes, épuisent le capital humain considérable du pays », a déploré la cheffe de la MANUA. « C’est un acte extraordinaire de préjudice non seulement contre les femmes et les filles afghanes, mais contre tout le peuple afghan ».
Depuis le retour des talibans, les adolescentes sont exclues de l’école secondaire et supérieure, et les femmes bannies de nombreux emplois publics. Les restrictions touchent désormais les employées afghanes travaillant pour les Nations Unies.
« L’absence de ces employées prive les Nations Unies de leurs compétences et réduit notre capacité à apporter une aide vitale aux femmes afghanes », a insisté Mme Gagnon.
Pour l’organisation, ces politiques rendent toute normalisation internationale presque impossible.
Une crise humanitaire sous-financée
Sur le terrain, la population s’enfonce dans une crise silencieuse.
Les villes doivent absorber des vagues de déplacés et de rapatriés, tandis que les familles peinent à survivre après plusieurs années de sécheresse, de séismes et d’effondrement économique.
En 2026, les agences humanitaires prévoient d’aider 17,5 millions d’Afghans, mais l’appel de fonds de 1,71 milliard de dollars n’est financé qu’à 10 % pour l’instant.
Une stabilité fragile
Les talibans mettent en avant une relative stabilité sécuritaire et certains projets d’infrastructures. Mais les inquiétudes persistent.
« La menace potentielle du terrorisme venant d’Afghanistan reste une question critique qui préoccupe et unit la communauté internationale », a rappelé la responsable de l’ONU.
Entre tensions frontalières avec le Pakistan, répercussions de la guerre au Moyen-Orient, isolement diplomatique et exclusion systématique des femmes, l’Afghanistan se retrouve aujourd’hui au croisement de plusieurs crises.
Et pour l’ONU, l’équation reste simple, mais encore lointaine : voir émerger un pays « en paix avec lui-même et avec ses voisins, réintégré dans la communauté internationale ».
Pour l’instant, cet horizon demeure incertain.
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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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