Cette aggravation de la crise alimentaire intervient dans un contexte de difficultés économiques persistantes, de baisse de l’aide humanitaire et de restrictions croissantes des libertés.

Selon un rapport publié jeudi par le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), 15,9 millions de personnes sont actuellement confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en Afghanistan.

Plus de 32 % de la population se trouve dans une situation de crise alimentaire ou pire. Parmi elle, 3,4 millions de personnes connaissent des conditions d’urgence, correspondant à la phase 4 sur les cinq niveaux de classification de l’IPC.

Cette dégradation s’explique notamment par les pressions économiques qui pèsent sur les ménages, les épidémies et les mauvaises conditions d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. La réduction de l’accès aux services de nutrition aggrave également la situation.

Un hiver qui s’annonce particulièrement difficile

La situation pourrait encore empirer pendant la période de soudure hivernale, entre novembre et avril. Près de 19,2 millions de personnes devraient alors être confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de phase 3 ou supérieure, dont cinq millions en situation d’urgence.

La malnutrition infantile constitue une autre source majeure d’inquiétude. Selon les projections du rapport, 4,04 millions d’enfants de moins de cinq ans auront besoin d’un traitement contre la malnutrition aiguë entre janvier et décembre 2027.

« Bien que l’amélioration des précipitations et de la production agricole ait favorisé la disponibilité alimentaire, la baisse de l’aide humanitaire réduit la capacité des ménages à faire face à la situation », souligne le rapport.

Face à ces besoins, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé jeudi un appel urgent à des financements supplémentaires. Ils réclament un renforcement de l’aide alimentaire, du soutien agricole d’urgence ainsi que des programmes de prévention et de traitement de la malnutrition.

« Nous disposons encore d’une fenêtre pour agir, mais elle se referme rapidement », a averti John Aylieff, directeur du PAM en Afghanistan. Une aide urgente, a-t-il souligné, peut permettre aux familles de traverser l’hiver dans la dignité. Sans elle, de nombreux parents risquent d’être contraints de faire des choix impossibles pour nourrir leurs enfants.

Pour Richard Trenchard, représentant de la FAO, les familles ont également besoin de moyens de subsistance stables afin de mieux résister aux prochains chocs, ainsi que d’un soutien immédiat pour passer l’hiver.

Femmes et filles en première ligne de la répression

Cette crise humanitaire intervient alors que les droits humains continuent de se dégrader. Dans un rapport couvrant la période de juillet à septembre, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) dénonce de nouvelles restrictions imposées par les autorités talibanes, qui touchent particulièrement les femmes et les filles.

Les filles restent exclues de l’enseignement formel au-delà de la sixième année. La mission a également recensé plus de 50 cas d’arrestations, de détentions ou d’avertissements liés au port du hijab, principalement à Hérat et à Kaboul. Dans un cas, une adolescente de 13 ans a été détenue pendant la nuit.

Les restrictions affectent aussi l’accès des femmes aux services essentiels. Certaines se sont vu interdire l’entrée dans des centres de santé ou des marchés en l’absence d’un tuteur masculin, appelé mahram.

La MANUA a par ailleurs documenté au moins 443 cas d’arrestations et de détentions arbitraires, ainsi que 97 incidents de mauvais traitements imputés aux inspecteurs chargés de la « promotion de la vertu et de la prévention du vice ». Les personnes visées auraient notamment été sanctionnées pour des infractions aux règles relatives au hijab, à la barbe, aux prières ou à l’écoute de musique.

Le rapport fait également état de châtiments corporels prononcés par les tribunaux de facto. Malgré l’arrêt, en avril, de la publication régulière de ces cas sur les canaux officiels de la Cour suprême de facto, la mission a recensé des flagellations publiques de 22 hommes et six femmes, notamment pour des faits de vol et d’adultère.

L’espace civique sous pression

Les restrictions s’étendent aux médias et aux libertés publiques. Plusieurs médias ont été suspendus sans justification claire ni procédure de recours, tandis qu’un journaliste arrêté en juillet 2025 demeure détenu sans avoir été condamné. Une nouvelle loi sur la police, publiée en août, interdit toute manifestation.

La MANUA signale également les conséquences des violences transfrontalières. Depuis octobre 2025, celles-ci ont fait 512 morts et 1 236 blessés parmi les civils. Au cours du dernier trimestre, 33 victimes supplémentaires ont été recensées, notamment des enfants tués lors de frappes aériennes pakistanaises visant des habitations dans les provinces de Kounar et de Helmand.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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