Les chiffres donnent la mesure de l’urgence sur le terrain. Dans un rapport publié lundi, l’agence des Nations Unies pour l’enfance estime que près d’un enfant afghan de moins de cinq ans sur deux souffre d’un retard de croissance et plus d’un sur 10 est atteint d’émaciation, la forme la plus sévère de la malnutrition. 

Et à chaque saison de disette, la situation se détériore davantage. Pendant la saison de soudure, la proportion d’enfants confrontés à une insécurité alimentaire modérée passe de 34 % à 38 %, tandis que les situations les plus graves progressent de 7 % à 9 %. Pour l’Unicef, ces premiers signes constituent autant de signaux d’alerte qui permettraient d’intervenir avant que les conséquences ne deviennent irréversibles.

« En Afghanistan, les jeunes enfants sont de plus en plus exposés à la malnutrition avant même que la saison de pic ne commence », a déclaré le représentant de l’agence dans le pays, Dr Tajudeen Oyewale, à l’occasion de la sortie du rapport.

© UNICEF/Sayed Bidel
Une fillette de 5 mois à l’hôpital régional de Paktia à Gardez, en Afghanistan, reçoit du lait thérapeutique pour traiter la malnutrition.

Les enfants de moins de deux ans, les plus touchés

L’originalité de cette étude réside dans sa méthode. Pour la première fois à l’échelle nationale, l’Unicef croise, auprès d’un même échantillon d’enfants répartis dans les 34 provinces afghanes, les indicateurs classiques de malnutrition avec l’expérience quotidienne de l’insécurité alimentaire : diminution de la diversité des aliments consommés, repas sautés, portions réduites ou épisodes de faim.

La publication du document intervient alors que ce pays d’Asie centrale entre dans la période de pic de la malnutrition aiguë, qui s’étend de juillet à septembre, comme le confirme les données récentes du Cluster Nutrition, qui indiquent une aggravation de la situation dans 26 des 34 provinces du pays par rapport à 2025. Cette détérioration laisse présager une crise précoce et de plus en plus grave.

Les enfants de moins de deux ans sont touchés de manière disproportionnée, puisqu’ils représentent 83 % des cas de malnutrition sévère et 77 % des cas de malnutrition aiguë modérée.

Le fardeau est systématiquement plus lourd chez les jeunes enfants âgés de 6 à 23 mois, chez lesquels l’insécurité alimentaire modérée atteint 39 % et l’insécurité alimentaire sévère 9 % pendant la saison de disette, contre respectivement 36 % et 7 % chez les enfants âgés de 24 à 59 mois.

Quand les repas se raréfient

Les filles sont légèrement plus touchées que les garçons au cours des deux saisons, en particulier en ce qui concerne l’insécurité alimentaire modérée (33 % contre 31 % après la récolte ; 38 % contre 35 % pendant la saison de disette).

« Il est alarmant de constater qu’environ 90 % des jeunes enfants vivent dans la pauvreté alimentaire, beaucoup d’entre eux ne consommant qu’un ou deux groupes d’aliments par jour, ce qui est bien en deçà des besoins nutritionnels nécessaires à une croissance saine », a détaillé l’Unicef. 

Cette nouvelle analyse révèle que les enfants issus de foyers en situation d’insécurité alimentaire sévère courent jusqu’à six fois plus de risques de souffrir d’émaciation pendant les périodes de pic de malnutrition.

« Lorsque les familles commencent à réduire le nombre de repas ou à limiter la consommation d’aliments nutritifs, ce n’est pas seulement le signe de difficultés économiques. C’est un avertissement indiquant qu’un enfant risque bientôt de souffrir dangereusement de malnutrition », a insisté le Dr Oyewale.

© UNICEF/Sayed Bidel
Des femmes reçoivent des rations alimentaires dans un centre de distribution à Herat, en Afghanistan.

Prévenir la malnutrition avant qu’il ne soit trop tard

Face à ces signaux d’alerte, l’Unicef estime qu’il est encore possible d’agir, mais que le temps presse. A l’approche du pic de la saison de détresse alimentaire, l’agence onusienne presse les bailleurs d’accroître leur soutien pour éviter une aggravation de la malnutrition infantile en Afghanistan. 

Elle appelle à financer sans délai des interventions préventives, notamment auprès des enfants de 6 à 23 mois, afin d’améliorer leur alimentation avant que la situation ne bascule.

Selon la dernière alerte du Cluster Nutrition, la crise dépasse largement le seul enjeu alimentaire. Aux régimes pauvres et à l’insécurité alimentaire s’ajoutent les épidémies, la faible couverture vaccinale, le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, ainsi que les pénuries de financements et d’approvisionnements. Face à cette accumulation de facteurs, l’Unicef plaide pour une réponse coordonnée associant nutrition, santé, eau et assainissement, éducation et protection sociale.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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