Multiplication des conflits, érosion du droit international, défiance croissante à l’égard des institutions intergouvernementales. Selon la présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, l’année commence dans un climat de crispation diplomatique inédit. « Le multilatéralisme n’est pas seulement sous pression », a-t-elle lancé mercredi à New York, lors de la reprise des travaux de l’Assemblée. « Il est attaqué ».
Arrivée à la tête de l’organe plénier en septembre, l’ancienne ministre allemande des affaires étrangères a décrit une organisation parvenue à un point de bascule. « Nous nous trouvons à un moment plus urgent encore qu’il y a quatre mois », a-t-elle insisté, évoquant un système qui ne s’effondre pas dans un fracas brutal, mais « se désagrège pièce par pièce ».
Annalena Baerbock, présidente de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, souligne ses priorités pour 2026.
Blocages politiques et paralysie
De Gaza à l’Afghanistan, du Soudan à l’Ukraine, l’ONU reste engagée sur de multiples théâtres de crise, mais dans un contexte de blocages politiques récurrents. Ceux-ci sont particulièrement visibles au Conseil de sécurité, chargé du maintien de la paix, où les cinq membres permanents font régulièrement usage de leur droit de veto pour défendre leurs intérêts nationaux, au détriment de réponses collectives aux crises internationales. « Mais en aucun cas le monde ne se porterait mieux sans les Nations unies », a néanmoins martelé Mme Baerbock, refusant toute tentation du renoncement.
À ses yeux, le symbole le plus frappant de la dérive actuelle est le retrait, en décembre, d’un texte traditionnellement adopté chaque année par les États membres sur la coordination de l’aide humanitaire – une première en plus de trente ans. « Combien de coups cette maison peut-elle encore encaisser ? », s’est-elle interrogée, dénonçant un multilatéralisme miné de l’intérieur, où des compromis finissent par « devenir des compromissions ».
Gouverner sans consensus et réformer
Face à ces impasses, la présidente de l’Assemblée générale préconise un changement de paradigme. Lorsque le consensus à 193 États devient hors de portée, prendre des décisions à une majorité claire ne doit plus être considéré comme un échec, mais comme « une affirmation du multilatéralisme ». Une manière, selon elle, de préserver la capacité d’action de l’Assemblée, plutôt que de laisser l’institution s’enliser dans la paralysie.
Mais la défense politique du système ne saurait suffire sans transformation structurelle. Annalena Baerbock a ainsi mis en avant l’initiative ONU80, destinée à moderniser l’organisation à l’approche de son 80ᵉ anniversaire. « Des décennies de processus parallèles et de prolifération de mandats ont produit des sous-organes, des rapports et des groupes de travail à foison », a-t-elle reconnu, appelant à une rationalisation prudente. « Élaguons avec des cisailles, pas avec une tronçonneuse », a-t-elle plaidé, consciente des résistances que suscite toute réforme.
Cette transformation apparaît d’autant plus urgente que la crise financière de l’ONU s’aggrave. Aucun chantier de réforme ne pourra aboutir, a averti Mme Baerbock, tant que certains États continueront de ne pas s’acquitter de leurs contributions « en temps voulu et intégralement ». « Sans cela, l’Organisation ne peut pas fonctionner », a-t-elle tranché.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres (à droite), en conversation avec le président du Brésil, Lula, lors d’une réunion sur la transition énergétique à Belém, au Brésil, trois jours avant le début de la COP30, le 7 novembre 2025.
Recentrer l’ONU sur le développement durable
Quelques heures plus tard, ce même diagnostic, élargi à l’échelle mondiale, a été repris par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, lors d’une réunion protocolaire, à New York. Dans un monde traversé, selon lui, par « des conflits déchaînés, des inégalités croissantes, des dettes écrasantes et une érosion de la confiance », le multilatéralisme reste plus que jamais « indispensable ».
À quatre ans de l’échéance de 2030, le chef de l’ONU a rappelé l’ampleur du retard pris sur les objectifs de développement durable, freinés par un système financier international « hérité de 1945 » et inadapté aux réalités contemporaines. « Nous avons besoin d’un système financier mondial qui reflète le monde d’aujourd’hui », a-t-il insisté, appelant à transformer en profondeur l’architecture de la dette, des financements et des institutions multilatérales.
Climat : l’épreuve décisive
Le climat constitue, à ses yeux, l’épreuve décisive. « Le monde se dirige vers un dépassement temporaire de 1,5 °C », a reconnu le secrétaire général, appelant à rendre ce dépassement « aussi faible, aussi bref et aussi sûr que possible ». Cela suppose des réductions immédiates des émissions, une sortie accélérée des énergies fossiles et un financement massif de l’adaptation, au nom de la justice climatique.
Un choix historique pour les États membres
Derrière les interventions des deux responsables se dessine un même fil conducteur : l’ONU reste irremplaçable, mais sa survie n’est plus acquise. « Vos citoyens ne viendront pas sauver le multilatéralisme », a lancé Annalena Baerbock aux diplomates. « Ils vous ont confié cette responsabilité. » L’histoire, a-t-elle conclu, ne retiendra pas la finesse des débats, mais le choix fait en ce moment charnière : laisser le système multilatéral s’éroder, ou décider collectivement de le défendre.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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